Bizarrerie. Scinder l'unique journée supposée événementielle du Record Store Day (RSD) -lancé en 2008 en Amérique du Nord- où, partout dans le monde, les magasins de disques indépendants délivrent des centaines de vinyles exclusifs, pressages en couleur, pochettes spéciales, en trois dates: 29 août, 26 septembre et 24 octobre. L'info n'est pas forcément passée auprés du public, d'autant que la date initiale de l'événement -18 avril- a d'abord été repoussée au 20 juin, puis à la fin août. "L'année dernière, à l'ouverture du Record Store Day, on devait avoir 75 personnes qui faisaient la file à la première heure devant le magasin. Cette fois-ci, lors du premier des trois jours, fin août, il ne devait probablement pas y avoir plus de quinze clients... Les gens étaient en vacances, ou ne connaissaient pas la date. Ou n'étaient simplement pas attirés par les sorties proposées." Dédé, sexagénaire ultra-documenté et pilier historique de Caroline Music, opère depuis le magasin bruxellois situé juste en face de l'Ancienne Belgique. Et il atteste que le dispositif 2020 d'un RSD réparti en trois jours n'est pas une sinécure. Après une double annulation de l'événement, le RSD souffre visiblement d'une ambiance où le corona s'ajoute à une confusion temporelle et, fait peut-être plus important, à des sorties vinyles apparemment moins événementielles que ces dernières années. Julien, cogérant du Pêle-Mêle de Waterloo, témoigne: "Vu les conditions d'accueil du public, la séparation de l'entrée et de la sortie, lavage des mains, la nécessité de prendre un panier, on s'est dit qu'il n'y avait pas une véritable possibilité de recevoir les gens dans de bonnes conditions. Au-delà de l'aspect structurel, il y a aussi le fait que la scission du RSD perturbe les amateurs, d'autant que les sorties proposées cette année -genre des 45 tours Bowie hors de prix- ne semblent pas forcément pertinentes ou attractives." Nous avons contacté une demi-douzaine de disquaires bruxellois, pourtant renseignés comme participants 2020 sur le site belge de Record Store Day: ils disent qu'ils n'en seront pas cette année. Bizarre donc.
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Bizarrerie. Scinder l'unique journée supposée événementielle du Record Store Day (RSD) -lancé en 2008 en Amérique du Nord- où, partout dans le monde, les magasins de disques indépendants délivrent des centaines de vinyles exclusifs, pressages en couleur, pochettes spéciales, en trois dates: 29 août, 26 septembre et 24 octobre. L'info n'est pas forcément passée auprés du public, d'autant que la date initiale de l'événement -18 avril- a d'abord été repoussée au 20 juin, puis à la fin août. "L'année dernière, à l'ouverture du Record Store Day, on devait avoir 75 personnes qui faisaient la file à la première heure devant le magasin. Cette fois-ci, lors du premier des trois jours, fin août, il ne devait probablement pas y avoir plus de quinze clients... Les gens étaient en vacances, ou ne connaissaient pas la date. Ou n'étaient simplement pas attirés par les sorties proposées." Dédé, sexagénaire ultra-documenté et pilier historique de Caroline Music, opère depuis le magasin bruxellois situé juste en face de l'Ancienne Belgique. Et il atteste que le dispositif 2020 d'un RSD réparti en trois jours n'est pas une sinécure. Après une double annulation de l'événement, le RSD souffre visiblement d'une ambiance où le corona s'ajoute à une confusion temporelle et, fait peut-être plus important, à des sorties vinyles apparemment moins événementielles que ces dernières années. Julien, cogérant du Pêle-Mêle de Waterloo, témoigne: "Vu les conditions d'accueil du public, la séparation de l'entrée et de la sortie, lavage des mains, la nécessité de prendre un panier, on s'est dit qu'il n'y avait pas une véritable possibilité de recevoir les gens dans de bonnes conditions. Au-delà de l'aspect structurel, il y a aussi le fait que la scission du RSD perturbe les amateurs, d'autant que les sorties proposées cette année -genre des 45 tours Bowie hors de prix- ne semblent pas forcément pertinentes ou attractives." Nous avons contacté une demi-douzaine de disquaires bruxellois, pourtant renseignés comme participants 2020 sur le site belge de Record Store Day: ils disent qu'ils n'en seront pas cette année. Bizarre donc. "Mon père achetait un album par semaine, entre 1967 et 1982, un rituel. J'avais toujours plein de disques à la maison, du jazz, de la soul, du prog, du jazz-rock. Et quand j'ai commencé à en acheter, vers 1997, c'est le hip-hop et la musique club-électro qui étaient là, surtout par le maxi. J'ai commencé à acheter de nouveaux disques uniquement sur ce format-là, notamment du rap bruxellois..." Deux décennies plus tard, ce quasi-quadra, ingé commercial de formation, travaille à temps partiel à l'Atelier 210 et puis, aussi, comme DJ sous le nom de Funky Bompa. D'où une collection d'une dizaine de milliers de plaques glanées en grande partie sur des brocantes: "C'était la boîte de Pandore où, pour 10 euros, tu ramenais 20 pièces, ce qui n'est plus vraiment possible aujourd'hui. Je n'avais pas vraiment la collectionnite mais j'avais du mal à me séparer des disques. Puis, comme je vivais dans un 70 mètres carrés, j'ai eu des problèmes de place. La boulimie de nouveautés des débuts s'est estompée. Même si aujourd'hui, je cherche toujours l'objet, l'âme et l'originalité. Oui, il m'est arrivé de mettre un cachet de DJ du Nouvel An sur un disque, par exemple le N°4 de Gainsbourg." Et puis, il y a l'épisode de la République dominicaine, où Xavier va vivre pendant une année en échange étudiant. Il y découvre toute la musique d'Amérique latine, y retourne chaque année pour visiter sa famille d'accueil et en "ramène des centaines de disques". C'est toujours dans son ADN, y compris lors de son émission sur Bruzz le dimanche soir. "Certains thésaurisent le vinyle, d'autres prennent l'objet comme but de voyage, d'autres encore le collectionnent, voire le spéculent. Je connais un mec qui a revendu 5 000 disques de soul et qui a pu s'acheter un appart..." "Pour moi, le vinyle est aussi une histoire de transmission: quand mes enfants de quatre et six ans rentrent de l'école, pas question de les caler devant la télévision ou Internet. Par contre, ils sont libres de regarder les vinyles, de les ouvrir et de poser des questions (sourire). Mon fils Gabriel est fan de David Bowie parce qu'il est aussi intéressé par le personnage découvert sur les pochettes." Déléguée médicale et bénévole pour l'ASBL Silly Concerts, Coralie commence son histoire d'amour avec le vinyle il y a environ cinq ans, replongeant dans l'enfance familiale: "J'ai un rapport très émotionnel avec l'objet, que je trouve fantastique pour plein de raisons. La pochette évidemment, racheter des vinyles qui ont déjà vécu, voir un nom ou un prénom sur la pochette, tu te dis: "Waouh! C'est qui cette Corinne?" Le mystère derrière l'objet. Et il y a aussi le rituel de sortir le LP du papier un peu jauni. Plus le fait d'écouter toute une face de A à Z et d'aller faire signer l'objet auprès des artistes de passage." Installée dans le Brabant flamand, Coralie visite volontiers Pêle-Mêle ou Troc, cette dernière chaîne où la trentenaire découvre "hallucinée" un Yello au royal prix de 1 euro. Même topo pour les voyages où il n'est pas question d'oublier de visiter les magasins spécialisés: fan hard de Metallica, Coralie est plutôt fière d'un Tour de France vintage de Kraftwerk dégotté pour 10 livres chez un disquaire londonien. "J'ai environ 3.000 vinyles, viens voir..." Artiste plasticien, auteur de pochettes de disques mais aussi de visuels pour la danse ou la musique, ce quinqua habite un loft molenbeekois où il est difficile de rater la grande armoire à rangement vinylique. On y trouve du mélangé: depuis un LP vintage de Ten Years After à une série de remue-popotins dominée par la galaxie funky-soul de George Clinton, Rose Royce et Bootsy C. En passant par ce qui tourne à ce moment-là sur la platine -Porsche avec cellule équivalent Jaguar- les pas franchement connus Meridian Brothers. "C'est un groupe de Bogota, précise Lucas acheté en janvier 2020 en précommande, reçu en vinyle rouge tiré à 100 exemplaires. Ce qui leur a permis de presser la série des vinyles ordinaires. Par Bandcamp, ça m'a coûté 40 euros." Un long moment DJ au Bulex et sur Radio Campus, Lucas est d'abord admirateur de l'objet, du son, du carton qui se déplie en visuel ridiculisant évidemment le mini me du vinyle CD. "Pour moi, au final, c'est le son qui compte, surtout sur ma Technics SL 1300. D'où mon intérêt pour la qualité des pressages américains. J'ai passé ma vie chez les disquaires et c'est la matrice qui compte! Ceci dit, mon premier LP était Exodus de Marley, celui avec la pochette dorée: je l'ai tellement aimée celle-là que je l'ai accrochée au mur de ma chambre!" "En Jamaïque, je suis tombé sur un magasin fermé, où se trouvaient des montagnes de 45 tours, la plupart sans pochette et poussiéreux. J'ai fouillé et il y avait des perles introuvables en Europe ou alors à des prix impossibles. J'ai fini par quitter le pays avec une centaine de 7 inches, c'était plus facile à mettre dans mon sac à dos que des maxis ou des LP." Quatre ans après le trip d'un mois dans l'île de Bob, Pierre reste évidemment fidèle au vinyle reggae-dub qui constitue "90 % de sa discothèque". Celle-ci, dans une cave aménagée d'Uccle, compte entre "1.000 et 2.000 pièces, dont 75% de maxis qui reste une particularité dub-reggae, même si en Jamaïque, bizarrement, le vinyle a pratiquement disparu". Quand on aime, c'est bien connu, on ne compte pas. Rejeton d'un père "dans la hi-fi depuis toujours", Pierre grandit avec des modèles de sonos et de platines au-delà du commun, commençant à glaner des vinyles autour de ses quatorze ans. Aujourd'hui chef de salle à l'Atelier 210, il a intégré The Roots Corner Soundsystem, remarqué à Couleur Café en 2018 et 2019. Pierre avoue être investisseur -à raison d'une vingtaine de vinyles par mois quand même- et à part le magasin Arlequin qui fait du reggae, c'est Internet qui supporte ses fantasmes plastiques. Notamment Bandcamp, qui "permet d'acheter en direct chez les groupes". Pierre souligne que le marché du vinyle d'occase ne cesse de grimper, avec une accélération ces derniers temps: "Il est difficile de faire des affaires, dans le sens où Discogs fait grimper les cotes. Pour un vieux Lee Perry chez Black Ark, tu peux dépenser 300 euros. Certaines raretés valent une fortune."