La semaine écoulée a notamment été marquée par la maousse polémique dans laquelle patauge Rihanna depuis qu'elle a utilisé dans un défilé de sa ligne vestimentaire Savage X la chanson Doom de Coucou Chloe. Aux yeux de certains, celle-ci tiendrait en effet du blasphème, vu qu'on y triture un hadith, un extrait du Coran. La Parole du Prophète, donc: sacrée, intouchable et à ne certainement pas associer à de la dance music, à de l'autotune et encore moins à un défilé de mode d'une collection comportant pas mal de lingerie. Les réactions à ce que Rihanna estime "une erreur négligente" sont bien entendu massives et assez régulièrement délirantes. Ainsi, chez Cyril Hanouna, la nouvelle chroniqueuse Meriem Debbagh n'a rien trouvé de mieux à balancer qu'un bien net "ben moi, j'ai envie de la tuer" en pleine heure de pointe de l'Audimat. "Vous ne pouvez pas dire ça", lui a répondu Baba, plus amusé qu'offusqué. Pas parce que c'est irresponsable et carrément illégal mais parce que selon lui, Rihanna, dont la carrière serait un peu dans la semoule, croit-il savoir, a tout simplement voulu faire le buzz. Et on ne tue pas les gens qui tapent le buzz. De la haute voltige éthique et intellec...

La semaine écoulée a notamment été marquée par la maousse polémique dans laquelle patauge Rihanna depuis qu'elle a utilisé dans un défilé de sa ligne vestimentaire Savage X la chanson Doom de Coucou Chloe. Aux yeux de certains, celle-ci tiendrait en effet du blasphème, vu qu'on y triture un hadith, un extrait du Coran. La Parole du Prophète, donc: sacrée, intouchable et à ne certainement pas associer à de la dance music, à de l'autotune et encore moins à un défilé de mode d'une collection comportant pas mal de lingerie. Les réactions à ce que Rihanna estime "une erreur négligente" sont bien entendu massives et assez régulièrement délirantes. Ainsi, chez Cyril Hanouna, la nouvelle chroniqueuse Meriem Debbagh n'a rien trouvé de mieux à balancer qu'un bien net "ben moi, j'ai envie de la tuer" en pleine heure de pointe de l'Audimat. "Vous ne pouvez pas dire ça", lui a répondu Baba, plus amusé qu'offusqué. Pas parce que c'est irresponsable et carrément illégal mais parce que selon lui, Rihanna, dont la carrière serait un peu dans la semoule, croit-il savoir, a tout simplement voulu faire le buzz. Et on ne tue pas les gens qui tapent le buzz. De la haute voltige éthique et intellectuelle donc, que Salman Rushdie et les survivants de Charlie Hebdo apprécieront à sa juste valeur. Il semblerait pourtant que Rihanna (dont la fortune reste estimée à 525 millions d'euros, soit dit en passant...) s'avère en fait de bonne foi quand elle parle de "négligence". C'est du moins ce qui ressort des excuses caressant elles aussi les sommets de la pensée humaine la plus transcendante de Coucou Chloé. Celle-ci, qui manoeuvre en ce moment même pour faire disparaître son morceau Doom de tous les sites de streaming possibles et imaginables (où il a pourtant vécu pépouze depuis sa création, en 2016...), prétend en effet avoir jusqu'ici ignoré qu'elle avait en fait samplé un hadith. Dans ses excuses publiques, elle avance même que Doom "a été créée sur base de samples de Baile Funk trouvés en ligne". Autrement dit, voilà quelqu'un qui nous confondrait langue arabe et portugaise, mélopées coraniques et boum boum des favelas. Ce qui me fait personnellement beaucoup rire. Les effets pervers de la sono mondiale? Confondre funk brésilien et muezzins. Gilles de Binche et samba. Jazz de la Nouvelle Orléans et orgues limbourgeoises. Encore qu'il est vrai que dès que malaxé à l'autotune, tout cela ressort quand même en compote! Compote, confiture, culture. En 1981, Brian Eno et David Byrne sortaient leur formidable album My Life in the Bush of Ghosts. Ils y samplaient un exorciste texan, une star de la musique égyptienne, ainsi qu'un... extrait récité du Coran. Celui-ci était tiré d'un album de field recording sorti en 1976, sur le label Tangent Records. Eno et Byrne en avaient extrait un court échantillon vocal qu'ils ont fait tourner sur de l'ambient-funk pour un peu moins de 4 minutes. Intitulé Qu'ran, le morceau ne se trouve que sur les premières éditions de l'album. En 1982, après la réception d'une lettre courroucée envoyée au siège de leur label par une organisation islamique, Eno et Byrne décidaient en effet de retirer la chanson de toutes les éditions ultérieures de My Life in the Bush of Ghosts. Sans commentaire. Ce n'est qu'en 1989, en pleine affaire Rushdie, que David Byrne commence à s'expliquer au sujet de cette autocensure. No big deal, selon lui. C'est qu'au moment de fabriquer My Life in the Bush of Ghosts, le duo était bien conscient qu'on allait lui reprocher tout un tas de choses, réelles ou supposées: de l'appropriation culturelle, de l'exotisme de pacotille, du vol de voix sans tenir compte de leurs droits, le mépris envers le matériel sonore détourné, etc. Aussi ont-ils tenu à se montrer le plus respectueux possible envers leurs sources. Ce qui impliquait aussi de tenir compte du fait qu'aux oreilles de certains religieux, mélanger un extrait du Coran à du funk de science-fiction tenait du blasphème. Cocasserie: depuis, David Byrne a en réalité été bien davantage critiqué pour avoir fait quasi disparaître Qu'ran de son catalogue que pour l'avoir un jour enregistré. Depuis 2006 et l'affaire des caricatures danoises, son cas sert même souvent d'illustration de rétropédalage devant la bigoterie. Ce qui est aller un peu vite en besogne. Déjà, il faut rappeler qu'au début des années 2000, David Byrne a aussi décidé de ne plus jamais chanter sur scène Listening Wind, pourtant l'une des meilleures chansons de son groupe Talking Heads. Le motif: ça raconte un attentat anti-américain du point de vue du kamikaze islamiste. "L'autocensure, ce n'est pas forcément une mauvaise chose, a toujours soutenu Byrne. C'est juste comme ça que fonctionnent les interactions humaines. À moins de chercher la bagarre, vous ne voulez pas provoquer les gens sans nécessité..." T'entends ça, Cyril? Certes, c'est aussi un poil naïf. D'autant que la réponse à ce que la bigoterie estime tenir du blasphème est souvent de plus en plus complètement disproportionnée. Là en octobre 2020, nous avons donc une passionnée d'autotune qui confond hadiths et funk brésilien et c'est Rihanna que l'on menace de mort, y compris à la télévision française. Dans le même genre de dossier, on peut aussi rappeler les mésaventures de Dax J, un DJ techno qui en 2017, lors d'un festival en Tunisie, a mixé à ses beats un appel à la prière. Avec pour principaux résultats non seulement des menaces de mort mais aussi une condamnation par un tribunal tunisien à un an de prison ferme. Ce qui fait que l'Anglais n'osait un moment plus sortir de Berlin, où il réside, annulant même sa présence sur un festival français par crainte d'être chopé à l'aéroport et extradé vers la Tunisie. Il ne faisait pourtant pas l'objet d'un mandat d'arrêt international, d'autant que les motifs de sa condamnation ne sont pas recevables en Europe. Mais pour combien de temps, se demandent certains. Qui, au fond, ne sont pas les plus extrémistes, pour le coup...