À l'heure où Bruxelles s'apprête à fêter en grandes pompes les 50 ans de la première victoire d'Eddy Merckx au Tour de France, osons la métaphore à deux roues: les Nuits Botanique, c'est un peu l'équivalent de Milan-San Remo dans la saison cycliste. C'est la Primavera, celle qui ouvre le bal des classiques, et signe le retour du printemps, livrant un avant-goût de la déferlante de juillet-août. À cet égard, les Nuits Bota ne sont pas le plus gros événement du genre. Mais elles restent bien l'un des rendez-vous les plus attachants du calendrier. Le genre de sortie incontournable, que l'on se réjouit de voir arriver -autant pour zigzaguer entre les salles que pour s'en boire une sur les marches des jardins, le soir tombant, en attendant le prochain concert. Du Grand Salon au chapiteau en passant par l'Orangerie ou la Rotonde, les dimensions varient. Mais l'approche de l'expérience concert reste la même, le Bota cultivant le goût de la proximité et la vision d'un festival à taille humaine. Pendant quinze jours, du 23 avril au 5 mai, le Bota va en effet à nouveau prôner l'éclectisme, l'audace et une certaine intimité musicale. Le pari n'est pas évident. Il l'est même de moins en moins. Ces dernières années, les Nuits ont pu ainsi donner par moments l'impression de flotter entre deux eaux. Dans un paysage festivalier qui bouge pas mal, que veut encore raconter l'événement bruxellois? Coincé entre les festivals mastodontes mettant la main sur les blockbusters, d'un côté, et une série de nouveaux événements aux dimensions plus modestes mais à la ligne plus affirmée, de l'autre, les Nuits Bota picorent, mais ne tranchent pas. Soit. Cela n'empêche pas une série de dates d'afficher déjà sold out (Bertrand Belin évidemment, Kate Tempest forcément, mais aussi Weyes Blood, Worakls Orchestra, etc.). Cela n'empêche pas non plus les Nuits de disposer d'assez d'atouts par ailleurs que pour inviter à un détour du côté de la rue Royale. La preuve...

Jeanne Added © JULIEN MIGNOT

New Pop

C'est peu dire que le paysage musical pop a muté ces dernières années. C'est particulièrement le cas du côté francophone. Tout à coup, une nouvelle génération a pris la main, proposant un langage qui, sans rejeter un certain héritage, se veut plus ouvert et décomplexé. L'an dernier, le Bota avait ainsi pu aligner quelques-unes des nouvelles têtes de gondole de la "variété" -Juliette Armanet, Eddy de Pretto, Angèle, etc. C'est encore ce créneau qui constitue le gros des troupes. À côté d'une tête d'affiche plus "folk" comme Lou Doillon, on peut pointer par exemple Jeanne Added, grande gagnante des dernières Victoires de la musique, le chouchou Flavien Berger, l'attachant Voyou ou l'éclectique Aloïse Sauvage. Sans oublier, dans un registre plus frontalement pop, la Suisse Vendredi sur Mer, la Belge parisienne Claire Laffut, en passant par Atome, Hervé ou le Québécois Hubert Lenoir.

Lou Doillon © CRAIG MCDEAN

Rock Resistance

Qui a dit que le rock avait perdu des plumes? Certes, il ne constitue plus forcément l'idiome musical dominant tel qu'il a pu l'être jusque récemment. Mais une série de nouveaux groupes se chargent actuellement de lui redonner des couleurs. Problème: la plupart sont passés (Shame, Idles) ou passeront plus tard au Bota (on pense à la Fat White Family, programmée en juin à l'Orangerie). Malgré cela, les Nuits conservent des couleurs plus indie. Par exemple en programmant Panda Bear, en ouverture du festival, les "anciens" de Lambchop, les Belges hybrides de Run Sofa ou encore le duo furieux Ho99o9. Le jeudi 25, en particulier, les Nuits feront chauffer les amplis avec une programmation intégralement rock, de Blood Red Shoes à Annabel Lee en passant par Lysistrata ou Raketkanon.

Josman © MARIUS GONZALEZ

Rap Attacks

Puisque le hip-hop a la cote, les rappeurs sont devenus logiquement les nouvelles stars. Au point d'être de plus en plus demandés. Et donc compliqués à booker. Les Nuits ont quand même réussi à mettre la main sur Jok'Air ou Georgio, qui viendra présenter son récent XX5. On est également curieux de voir comment la révélation Josman occupe la scène. Côté belge, Venlo et Kobo seront notamment de la partie, ainsi que Martha Da'Ro.

Yves Tumor © JORDAN HEMINGWAY

Électro ma non troppo

L'une des principales attractions de cette édition 2019 des Nuits Bota sera sans nul doute Yves Tumor. Connu pour ses concerts littéralement terrifiants, le musicien électronique propose une musique aussi déstabilisante qu'obsédante. Côté sono mondiale, l'Angolaise Pongo et le collectif ougando-britannique Nihiloxica, signé sur le label Nyege Nyege, devraient également attirer les oreilles les plus curieuses, avides de sensations fortes. De son côté, le Français Vitalic dévoilera son nouveau projet, Kompromat, en duo avec Rebeka Warrior, frontwoman de Sexy Sushi. Quelque part entre "Einstürzende Neubauten et Crash Course in Science", annonce-t-on. (Électro)punk is not dead.

Nuits inédites

C'est encore et toujours la principale marque de fabrique des Nuits. Malgré une conjoncture toujours plus compliquée, le festival réussit à garder de la place pour des premières (le retour de Great Mountain Fire), des concerts inédits (Howe Gelb & The Colorist Orchestra), des excursions vers le classique ou encore de vraies créations maison. Comme par exemple la relecture acoustique de Mustii, le set exclusif de la multi-instrumentiste Esinam, ou encore les concerts Bota kids qui verront Atome et David Numwami (Le Colisée) adapter leur univers pour le jeune public. Quant à la Grande Clameur, organisée le 5 mai, elle promet de "rassembler 500 chanteurs amateurs accompagnés par 50 accordéons"!