Il faudrait être sourd pour ne pas entendre toutes les tentatives de la musique classique pour scier les barreaux de sa cage (dorée). Depuis plusieurs années, les efforts se sont en effet multipliés pour flouter les lignes et élargir le public traditionnel. Basé à Bruxelles, Echo Collective en est une bonne illustration.
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Il faudrait être sourd pour ne pas entendre toutes les tentatives de la musique classique pour scier les barreaux de sa cage (dorée). Depuis plusieurs années, les efforts se sont en effet multipliés pour flouter les lignes et élargir le public traditionnel. Basé à Bruxelles, Echo Collective en est une bonne illustration. Jusqu'ici, son parcours s'est surtout nourri de collaborations -avec A Winged Victory for the Sullen ou le compositeur islandais Jóhann Jóhannsson, décédé en 2018. Mais aussi de relectures: celle de l'album World Beyond du groupe électropop Erasure, ou celle, plus fameuse encore, du Amnesiac de Radiohead. Cette dernière avait d'ailleurs valu au groupe de signer avec 7K!, subdivision du label allemand de musique... électronique,!K7. "Tout s'est enchaîné de manière très naturelle", raconte Margaret Hermant, moitié du duo qui compose le noyau d'Echo Collective. "La seule chose qui l'était moins, ajoute Neil Leiter, second élément du binôme, était que le contrat stipulait qu'après le projet autour de Radiohead, on sortirait un album avec nos propres compos. Alors qu'on n'avait jamais fait ça! (rires)" Le voici pourtant, The See Within, première sortie complètement autonome du groupe. Et la confirmation d'un son Echo Collective, "inspiré forcément par les gens qui nous ont amenés dans ce monde, mais qui nous est propre aussi". Matière musicale aussi éthérée que ses auteurs se montrent chaleureux, affables. À la base du projet, il y a donc la violoniste Margaret Hermant, Meg pour les intimes, et l'altiste américain Neil Leiter. La première apprend le violon dès l'âge de quatre ans, intégrant les Petits violons de Huy, première étape d'un apprentissage musical joyeux qui va se prolonger jusqu'au conservatoire, mais "sans jamais penser faire carrière". Car si la musique classique est partout, elle n'est pas tout. "J'ai toujours aimé ça, mais j'ai aussi écouté pas mal d'autres choses", de Portishead à Björk ou, déjà Radiohead. "D'ailleurs, en sortant du conservatoire, j'ai tout de suite lancé mes propres projets (le quatuor MP4, notamment, NDLR) ou passé des auditions pour le théâtre, etc." Tout l'inverse de son comparse Neil Leiter. "La blague récurrente est de souligner à quel point je n'ai aucune culture musicale en dehors du classique. (rires)" Depuis ses huit ans, il n'écoute et ne joue que ça. En 2003, âgé de 22 ans, il quitte la Caroline du Nord pour s'installer en Europe, atterrissant "un peu par hasard" à Bruxelles. Il enchaîne les remplacements dans tous les grands orchestres du coin, jusqu'au jour où, via Caroline Shaw (prix Pulitzer de musique 2013), il rentre en contact avec Adam Wiltzie, moitié de A Winged Victory for the Sullen. Celui-ci cherche des cordes à embarquer dans leur tournée européenne. "En écoutant leurs disques, j'ai trouvé la musique que je cherchais à faire depuis le début..." Connaissant le goût de Meg pour les itinéraires bis, Neil lui propose de le rejoindre. Les prémices d'Echo Collective sont posées. De quelle musique s'agit-il exactement? Certains parleront d'ambient. Plus souvent encore, on utilisera l'adjectif "post-classique". "C'est en tout cas une musique qui utilise des instruments acoustiques -souvent le piano, des cordes, plus rarement des cuivres-, et qui évite les structures refrain-couplet, précise Meg. C'est une musique d'écoute, que l'on expérimente assis, et qui tient plus de l'intuition et de l'émotion." Les conditions dans lesquelles elle s'exprime l'éloignent des formats classiques habituels. Neil: "Les concerts sont remplis par un public très jeune. Il y a un light show, on arrive habillé à peu près comme d'habitude. Si vous buvez une bière, il n'y a pas de problème. C'est aussi une musique accessible, que les gens ont souvent entendue dans des films ou des séries, et à laquelle ils peuvent accrocher facilement, sans se dire qu'ils n'ont pas les codes pour rentrer dedans." C'est aussi, point crucial, une musique amplifiée. " Ce qui permet d'élargir considérablement le spectre de couleurs des cordes." Car il n'est pas seulement question de sortir la bonne note au bon moment. Il s'agit aussi de l'"habiller" correctement. D'ailleurs, Echo Collective, "ce n'est pas juste Meg et moi. Il y a les autres musiciens, ainsi que notre ingénieur lumières et notre ingénieur du son". Tous participent à la même quête musicale. "Une vraie recherche sur le son, sa texture, sa direction, sa saturation, etc.", souligne Meg. Ce travail sur la "matière" se retrouve évidemment sur The See Within. Notamment dans l'utilisation de la technologie MRP (Magnetic Resonator Piano), qui permet de prolonger les notes du piano (joué par Gary De Cart), grâce à un système d'aimants. "On cherchait un moyen de soutenir la vibration que provoquent les marteaux sur les cordes. En fouillant sur le Net, on est tombé sur cette invention d'Andrew McPherson, un Américain basé à Londres, qui en avait fait sa thèse de doctorat. Jusqu'ici, le prototype avait surtout été exploité pour des oeuvres très XXe siècle, assez sérieuses, très intellectuelles. Quand on est tombé dessus, on a tout de suite vu ce qu'on allait pouvoir en tirer." À l'instar d'un morceau comme Glitch, plus très loin d'une songerie électronique. Ailleurs, Echo Collective creuse son identité acoustique avec des morceaux souvent courts qui aiment flotter lentement, minimalistes à leur manière, s'appuyant sur une ou deux idées, et les creusant jusqu'à les épuiser complètement. Seul le morceau Respire s'épanche sur plus de dix minutes. Neil: "On avait envie de transmettre les sensations que l'on peut expérimenter sur scène. En concert, on a souvent l'impression de sentir notre corps ralentir et se poser, presque comme une méditation. On voulait recréer cela avec Respire. Non seulement il dure plus longtemps, mais on l'a aussi conçu pour donner le sentiment qu'il s'étire imperceptiblement, de plus en plus. En espérant que cela amène une sorte d'apaisement..."