Qu'est-ce qu'il reste à faire avec le rock? Peut-on encore compter sur lui pour bouger les foules? Certes, le questionnement n'est pas neuf. Seule différence: cette fois, la discussion ne semble plus intéresser grand-monde. Bassiste de BRNS, Antoine Meersseman expliquait récemment dans les colonnes du Soir: "Aller voir un concert de rock, aujourd'hui, c'est comme aller au cinéma. Tout est hyper cadré, on vient, on repart tout de suite après et rien ne s'est passé. Or, quand tu vois CabaJass ou Roméo Elvis, l'expérience de concert est super. Et les gens écoutent aussi pour ça." Parole à la défense: au même moment, Tom Barman expliquait au micro de Studio Brussel, juste après le concert que dEUS venait de donner à... Werchter Classic: "J'aime la musique par ordinateurs, les beats, le groove, les musiques électroniques, etc. Mais il y a dans le rock ce truc un peu sauvage, simple. Et très honnête aussi, comme vous avez pu le voir aujourd'hui avec les problèmes techniques qu'on a eus. Ce genre de couacs, les kids n'y sont plus habitués. Un groupe qui rame, c'est pénible à voir. Mais si tu réussis à passer au-dessus de ça, les gens le voient, ça crée un lien spécial."
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Qu'est-ce qu'il reste à faire avec le rock? Peut-on encore compter sur lui pour bouger les foules? Certes, le questionnement n'est pas neuf. Seule différence: cette fois, la discussion ne semble plus intéresser grand-monde. Bassiste de BRNS, Antoine Meersseman expliquait récemment dans les colonnes du Soir: "Aller voir un concert de rock, aujourd'hui, c'est comme aller au cinéma. Tout est hyper cadré, on vient, on repart tout de suite après et rien ne s'est passé. Or, quand tu vois CabaJass ou Roméo Elvis, l'expérience de concert est super. Et les gens écoutent aussi pour ça." Parole à la défense: au même moment, Tom Barman expliquait au micro de Studio Brussel, juste après le concert que dEUS venait de donner à... Werchter Classic: "J'aime la musique par ordinateurs, les beats, le groove, les musiques électroniques, etc. Mais il y a dans le rock ce truc un peu sauvage, simple. Et très honnête aussi, comme vous avez pu le voir aujourd'hui avec les problèmes techniques qu'on a eus. Ce genre de couacs, les kids n'y sont plus habitués. Un groupe qui rame, c'est pénible à voir. Mais si tu réussis à passer au-dessus de ça, les gens le voient, ça crée un lien spécial." Quand on les rencontre dans les coulisses de Dour, les Run SOFA n'évacuent pas le débat. On a même l'impression qu'Antoine Romeo (voix) et Julien Tassin (guitare) s'en nourrissent. Le premier: "La semaine dernière, on a joué aux Ardentes, devant un public qui, clairement, s'en foutait de voir des instruments sur scène." Le second confirme: "Ils entendent une guitare, ils trouvent ça ringard (rires)." Différence de générations? Antoine: "C'est sûr. Je suis de 1990. Peut-être la dernière génération à avoir été touché par Nirvana." Pour certains, il convient donc aujourd'hui de choisir son camp. Pas pour Run SOFA. Entre la déferlante hip-hop, emmenée par les kids, et "un public rock qui se fait en effet un peu chier sur une scène qui ne propose plus grand-chose d'audacieux", le duo carolo a décidé de botter en touche. Pour être clair, "on se définit comme un groupe de rock, mais qui a les oreilles ouvertes sur tout ce qui se fait aujourd'hui. Pour nous, c'est logique. On a envie d'être dans ce flow, cette énergie qui sont incarnés aujourd'hui, notamment, par le rap."Cousins, Antoine Roméo et Julien Tassin se connaissent depuis à peu près toujours. Dès 2014, ils ont lancé un premier groupe, baptisé Zero Tolerance For Silence. Oui, comme l'album du guitariste jazz Pat Metheny, sorti en 1994, dont les expérimentations noisy laissèrent pas mal de monde à quai. Le clin d'oeil donne aussi un premier indice sur les envies du binôme de brouiller les lignes entre les genres. Comment d'ailleurs faire autrement? Si tous les deux sont fans de rock, l'un a étudié le jazz (Julien), tandis que l'autre a tourné un moment aux côtés du collectif rap Exodarap de Jeanjass (Antoine). "C'est ce qui nous plaît dans un festival comme Dour, glisse Antoine . Je me souviens de la première fois où je suis venu: j'ai pu voir DJ Premier, puis courir à la Caverne pour Gojira (groupe de metal français, NDLR) ."Après un premier EP sous le nom de Run SOFA, le groupe a sorti l'album Say., en début d'année. À la fois cohérent et éclectique, il résume bien la démarche: prendre le rock par les cornes, et le bousculer un peu, en le frottant aux courants porteurs du moment. "Avec la guitare, par exemple, explique Julien , le défi est de l'utiliser comme un instrument d'aujourd'hui, en testant de nouvelles manières de jouer, en ne se fixant pas de limites." Antoine continue: "À la limite, on reconnaîtra le timbre, mais on pensera entendre un sample, ou un synthé. Un peu comme on le faisait dans les années 90, par exemple." De fait, on peut retrouver un peu des croisements/fusions, célébrés dans les nineties, de Beck à un groupe comme Soul Coughing (auquel fait par exemple penser un morceau comme Dissin'). L'une des conclusions de Say. est donc que le rock ne (se) suffit plus. "On adore toujours des projets comme Suuns, Connan Mockasin, etc. Mais c'est vrai qu'à part des groupes comme ça, on s'ennuie pas mal sur cette scène-là, en particulier en Wallonie-Bruxelles. On se nourrit d'ailleurs davantage de ce qui se passe en Flandre, avec des guitares plus saturées, des groupes comme Onmens, etc. Même si on ne fait pas la même musique, on a l'impression de comprendre leur démarche." Ce n'est sans doute pas un hasard si ce sont deux Flamands (Wolfgang Vanwymeersch des The Van Jets, et Stijn Vanmarsenille de Future Old People Are) qui ont produit Say. "Ils nous ont poussés à choisir, à être entiers. Aujourd'hui, on pense avoir trouvé notre son."Un terrain de jeu où le hip-hop est forcément invité à venir mettre son grain de sel. Dans la playlist de Run SOFA, on trouve donc aussi bien des francs-tireurs -comme Brockhampton, Princess Nokia, Mykki Blanco ou Shabazz Palaces- que des têtes de gondole comme Tyler, the Creator ou Kendrick Lamar. "Ces artistes prennent des risques, n'ont pas peur de casser les codes, oser des structures complexes. Ils ne surfent pas sur une vague, ils créent une vague." Pas question de parler de mimétisme, encore moins d'appropriation. Sur Oscar Told Me, Antoine glisse: "I'll never rap like Kendrick." Cela n'était de toute façon pas le but. Par contre, si l'attitude du rappeur de Compton peut inspirer, y compris dans la manière de dire les choses, frontalement... Julien: "On a toujours voulu exprimer des choses vraies et profondes dans notre musique. Or, c'est là aussi, dans le hip-hop, que des artistes, pas tous évidemment, délivrent encore un véritable message." La question des racines, du genre, de l'oppression économique, etc. On peut deviner tout ça entre les lignes de Say. Antoine: "Aujourd'hui, on a parfois l'impression que les gens n'osent pas prendre la parole. OK, c'est parfois un peu délicat pour certaines questions. Mais si tu es bien renseigné, que cela te mobilise vraiment, il doit être possible d'aborder les choses. Sur certains sujets, en tout cas, il est plus que temps d'élever la voix..."