Alors qu'on commémore ce 5 avril les 25 ans de la mort de Kurt Cobain, on exhume ici une archive particulièrement pleine de sens et représentative de l'état d'esprit du fer de lance du mouvement grunge.

Si je n'étais pas en première ligne pour vivre la déferlante Nirvana (j'avais dix ans quand Kurt Cobain s'est suicidé), j'ai toujours voué un culte au groupe d'Aberdeen. Alors, adolescent, pour tenter rattraper mon retard et pour appuyer mon admiration, j'ai dévoré une quantité impressionnante de bouquins et docus sur le sujet. Mais surtout, j'ai collectionné les bootlegs à n'en plus finir, pour tenter de vivre l'expérience live que j'avais manquée. Et dans toute la masse sonore que j'ai engloutie, il y a cette version toute particulière de Come As You Are, enregistrée au Paradiso d'Amsterdam.

Qu'a-t-elle de si spécial? Un peu de contexte: ce 25 novembre 1991, soit deux mois après la sortie de Nevermind, Kurt Cobain n'a peut-être pas choisi sa meilleure guitare, ou peut-être l'a-t-il un peu trop tabassée la veille. Durant tout le concert, il lutte sans cesse pour l'accorder, et alors qu'arrive Come As You Are sur la setlist, il en a visiblement un peu marre et bâcle la tâche. Il entame le morceau avec une Fender Jaguar insolemment fausse. Ce qui n'a pas l'air de le perturber outre mesure: plutôt que de se fondre en excuses ou d'exécuter une version à moitié ratée, il décide de massacrer complètement la chanson. Punk style. Comme Dave Grohl et Krist Novoselic tiennent la baraque, imperturbables, Kurt peut se permettre de poursuivre en totale roue libre. Et ses paroles beuglées ("Come as you are, as you were/As I want you to be/As a friend, as a friend/As a known enemy") de prendre une tout autre dimension, représentative de l'esprit je-m'en-foutiste du grunge. Bingo.