Rien ne va plus au casino de la life. Ce n'est pas moi qui le dis mais Orelsan, dont le dernier album, le bien-nommé Civilisation (lire la critique), égrène les maux de l'époque sur un papier peint musical anxiogène. Extraits, tirés du titre manifeste L'Odeur de l'essence: "Les jeux sont faits, tous nos leaders ont échoué/Ils seront détruits par la bête qu'ils ont créée." "Qu'est-ce qui nous gouverne? La peur et l'anxiété/On s'autodétruit, on cherche un ennemi." "Plus personne n'écoute, tout le monde s'exprime/Personne ne change d'avis, que des débats stériles." Un constat amer mais qui résume parfaitement le mauvais état d'esprit de l'époque. Et qui résonne du reste avec le moindre JT, ce petit catalogue quotidien des horreurs, ou le moindre échange virulent (un pléonasme) polluant les réseaux sociaux. Pour le professeur de rhétorique Clément Viktorovitch, invité de l'émission Dans quel monde on vit, une chanson du rappeur de Caen en dit plus long sur la situation socio-économique de la France que des heures de débat-pugilat politique.

Le fait qu'un chanteur populaire, qui jusque-là s'étalait surtout sur ses galères, ses rêves avortés et ses névroses, ressente subitement le besoin de prendre la parole sur l'état du monde, est en soi un indicateur d'une certaine urgence. C'est un peu comme si hier, Claude François s'était mis à entonner un couplet sur la guerre d'Algérie ou les événements de Mai 68. Difficile à imaginer. Orelsan n'est d'ailleurs pas le seul à prendre ce virage "engagé": en rendant hommage aux damnés de la terre sur un morceau, Santé, pétri de bonne conscience et de cumbia latino, son pote Stromae semble, lui aussi, tenté de sortir de sa zone de confort en commentant l'actualité.

Le fait qu'Orelsan ressente subitement le besoin de prendre la parole sur l'état du monde est en soi un indicateur d'une certaine urgence.

On en viendrait presque du coup à mettre les deux compères dans le même panier qu'un NTM ou qu'un Bernard Lavilliers, vieux routier de la chanson militante qui, sur son dernier tour de chant, entre deux ballades argentines suaves, n'oublie pas de tancer les "petits marquis jamais élus, toujours choisis" ou les "connards amnésiques" qui rêvent de dictature militaire. La critique sociale est décidément au menu de la variété ces jours-ci...

Un autre artiste qui est en colère, c'est Dave Chappelle. Quel rapport entre les saltimbanques du Vieux Continent et la star afro-américaine du stand-up? Réponse: tous entérinent à leur manière la faillite du capitalisme démocratique en en épinglant les méfaits: injustice, violence, racisme, individualisme, prédation, etc. À cette différence près que l'humoriste s'est pris récemment les pieds dans le tapis identitaire, ce qui pourrait bien lui coûter sa ceinture de champion du monde des punchlines. Rappel express des faits: dans son dernier spectacle, mis en ligne sur Netflix le 5 octobre et intitulé The Closer, le gagman de 48 ans, qui a fait sa fortune sur le dos de la bêtise qui érige des murs entre les communautés, et singulièrement entre Noirs et Blancs, s'en prend vigoureusement à la cancel culture en général, cette pratique qui consiste à boycotter toute personne suspecte d'avoir eu une attitude ou des propos offensants envers les minorités, et aux LGBTQI+ en particulier, dont la cause progresserait nettement plus vite que celle des Noirs, pourtant plus ancienne. Une manifestation de plus des "privilèges blancs" selon lui. Et de citer l'exemple de ce rappeur américain, DaBaby, davantage cloué au pilori pour ses propos homophobes que lorsqu'il a abattu un homme noir dans un supermarché. Un discours grinçant, réac et transphobe pour les uns, courageux pour d'autres comme l'essayiste afro-américain Thomas Chatterton Williams et tous ceux qui refusent que leur sort soit dilué dans la "convergence des luttes". Cette polémique met en évidence l'impasse d'une logique purement identitaire, où chacun se croit seul détenteur de la légitimité à représenter un groupe. Laquelle débouchera tôt ou tard sur une concurrence victimaire dont personne ne sortira gagnant. Sinon les conservateurs, qui se frotteront les mains en faisant remarquer que la censure et les anathèmes sont une drôle de manière de défendre la liberté d'expression et la tolérance...

Rien ne va plus au casino de la life. Ce n'est pas moi qui le dis mais Orelsan, dont le dernier album, le bien-nommé Civilisation (lire la critique), égrène les maux de l'époque sur un papier peint musical anxiogène. Extraits, tirés du titre manifeste L'Odeur de l'essence: "Les jeux sont faits, tous nos leaders ont échoué/Ils seront détruits par la bête qu'ils ont créée." "Qu'est-ce qui nous gouverne? La peur et l'anxiété/On s'autodétruit, on cherche un ennemi." "Plus personne n'écoute, tout le monde s'exprime/Personne ne change d'avis, que des débats stériles." Un constat amer mais qui résume parfaitement le mauvais état d'esprit de l'époque. Et qui résonne du reste avec le moindre JT, ce petit catalogue quotidien des horreurs, ou le moindre échange virulent (un pléonasme) polluant les réseaux sociaux. Pour le professeur de rhétorique Clément Viktorovitch, invité de l'émission Dans quel monde on vit, une chanson du rappeur de Caen en dit plus long sur la situation socio-économique de la France que des heures de débat-pugilat politique. Le fait qu'un chanteur populaire, qui jusque-là s'étalait surtout sur ses galères, ses rêves avortés et ses névroses, ressente subitement le besoin de prendre la parole sur l'état du monde, est en soi un indicateur d'une certaine urgence. C'est un peu comme si hier, Claude François s'était mis à entonner un couplet sur la guerre d'Algérie ou les événements de Mai 68. Difficile à imaginer. Orelsan n'est d'ailleurs pas le seul à prendre ce virage "engagé": en rendant hommage aux damnés de la terre sur un morceau, Santé, pétri de bonne conscience et de cumbia latino, son pote Stromae semble, lui aussi, tenté de sortir de sa zone de confort en commentant l'actualité. On en viendrait presque du coup à mettre les deux compères dans le même panier qu'un NTM ou qu'un Bernard Lavilliers, vieux routier de la chanson militante qui, sur son dernier tour de chant, entre deux ballades argentines suaves, n'oublie pas de tancer les "petits marquis jamais élus, toujours choisis" ou les "connards amnésiques" qui rêvent de dictature militaire. La critique sociale est décidément au menu de la variété ces jours-ci... Un autre artiste qui est en colère, c'est Dave Chappelle. Quel rapport entre les saltimbanques du Vieux Continent et la star afro-américaine du stand-up? Réponse: tous entérinent à leur manière la faillite du capitalisme démocratique en en épinglant les méfaits: injustice, violence, racisme, individualisme, prédation, etc. À cette différence près que l'humoriste s'est pris récemment les pieds dans le tapis identitaire, ce qui pourrait bien lui coûter sa ceinture de champion du monde des punchlines. Rappel express des faits: dans son dernier spectacle, mis en ligne sur Netflix le 5 octobre et intitulé The Closer, le gagman de 48 ans, qui a fait sa fortune sur le dos de la bêtise qui érige des murs entre les communautés, et singulièrement entre Noirs et Blancs, s'en prend vigoureusement à la cancel culture en général, cette pratique qui consiste à boycotter toute personne suspecte d'avoir eu une attitude ou des propos offensants envers les minorités, et aux LGBTQI+ en particulier, dont la cause progresserait nettement plus vite que celle des Noirs, pourtant plus ancienne. Une manifestation de plus des "privilèges blancs" selon lui. Et de citer l'exemple de ce rappeur américain, DaBaby, davantage cloué au pilori pour ses propos homophobes que lorsqu'il a abattu un homme noir dans un supermarché. Un discours grinçant, réac et transphobe pour les uns, courageux pour d'autres comme l'essayiste afro-américain Thomas Chatterton Williams et tous ceux qui refusent que leur sort soit dilué dans la "convergence des luttes". Cette polémique met en évidence l'impasse d'une logique purement identitaire, où chacun se croit seul détenteur de la légitimité à représenter un groupe. Laquelle débouchera tôt ou tard sur une concurrence victimaire dont personne ne sortira gagnant. Sinon les conservateurs, qui se frotteront les mains en faisant remarquer que la censure et les anathèmes sont une drôle de manière de défendre la liberté d'expression et la tolérance...