C'est pour la bonne cause évidemment, et personne ne conteste -hormis les frères Pétard Trump et Bolsonaro- la nécessité de limiter les rassemblements tant qu'on n'a pas mis hors d'état de nuire ce fichu virus, mais la pilule n'en reste pas moins difficile à avaler. Même si on pourra se consoler avec les BD et les romans qui devraient refleurir sur le tas de ruines fumantes, l'été n'aura pas la même saveur, privé de ses célébrations en plein air. On pense surtout à cette jeunesse qui n'est pas programmée pour la patience et la sagesse, et pour laquelle une année d'expériences émotionnelles fortes de perdue c'est comme une amputation, un rendez-vous manqué avec sa propre histoire. Une perte irrécupérable.

Autre motif d'inquiétude, et non des moindres, qui découle directement de ce gel des activités: le risque que beaucoup d'acteurs du secteur ne s'en relèvent tout simplement pas. Les dommages rien que pour le secteur musical est estimé à plus d'un milliard d'euros. Un risque encore à évaluer pour les opérateurs (festivals mais aussi théâtres, cinémas ou salles de concert), et qui dépendra des aides publiques (même si on doute que la culture soit la première servie quand il faudra partager un gâteau de subsides forcément trop petit pour répondre à toutes les demandes), des assurances, des éventuelles possibilités de reports, voire de la générosité du public. Mais un risque déjà réel pour les intermittents du spectacle qui vivaient déjà chichement avant la crise, et qui se retrouvent aujourd'hui au pied du mur des factures à payer. Avec en plus la crainte de perdre après le confinement leur fragile statut d'artiste car, comme l'explique le metteur en scène et chorégraphe Clément Thirion dans une carte blanche, quand la vie retrouvera son cours normal, l'activité dans le secteur culturel ne reprendra pas du jour au lendemain comme si elle avait été simplement mise sur pause, notamment parce qu'une pièce, un concert ou un tournage nécessitent souvent des mois de préparation, et qu'une fois que la fenêtre de tir est passée, il faut tout recommencer. Une bombe à retardement sociale autant qu'artistique, donc. "Nous reconstruire prendra un certain temps, écrit-il, pendant lequel les artistes se retrouveront au chômage -dans le "meilleur" des cas- sans compensation pour le manque à gagner que représentent les reports et annulations de contrats, pendant et aussi après le confinement."

Les intermittents du spectacle vivaient déjà chichement avant la crise, et se retrouvent aujourd'hui au pied du mur des factures à payer.

Le politique, et avec lui une large partie de la population, a toujours du mal à voir le travailleur derrière l'artiste. Dans l'inconscient collectif demeure l'idée qu'un artiste est heureux quand il peut monter sur scène, peu importe qu'il crève la faim ou qu'il roule sur l'or. Ce dont les créateurs souffrent pourtant le plus aujourd'hui, comme le rappelle Clément Thirion, c'est moins d'une "frustration narcissique" que de "ne plus pouvoir payer leur loyer ou d'aller faire des courses". Voilà sans doute pourquoi, en plus des effets délétères de l'incertitude générale, tant d'écrivains, de compositeurs ou de plasticiens ont du mal à trouver l'inspiration en ce moment alors qu'ils n'ont jamais eu autant de temps libre -mais vicié- à disposition.

Pas étonnant si, dans ce contexte, plombé les tentatives pour entretenir la flamme artistique (concerts improvisés aux fenêtres ou festivals en live streaming) ou assurer un semblant de normalité (sorties d'albums au compte-gouttes ou distribution de nouveaux films en VOD Premium) mettent un peu de baume au coeur mais ne suffisent pas à dissiper les nuages ni à garantir une résilience heureuse et florissante une fois que la crise sera passée. L'ennui, spirituel et matériel, n'est pas toujours synonyme de potentiel à développer qui nous rendra meilleurs, plus forts, plus vertueux, plus créatifs, c'est parfois juste du désarroi pur. Même si on espère bien sûr que l'avenir nous donnera tort.

C'est pour la bonne cause évidemment, et personne ne conteste -hormis les frères Pétard Trump et Bolsonaro- la nécessité de limiter les rassemblements tant qu'on n'a pas mis hors d'état de nuire ce fichu virus, mais la pilule n'en reste pas moins difficile à avaler. Même si on pourra se consoler avec les BD et les romans qui devraient refleurir sur le tas de ruines fumantes, l'été n'aura pas la même saveur, privé de ses célébrations en plein air. On pense surtout à cette jeunesse qui n'est pas programmée pour la patience et la sagesse, et pour laquelle une année d'expériences émotionnelles fortes de perdue c'est comme une amputation, un rendez-vous manqué avec sa propre histoire. Une perte irrécupérable. Autre motif d'inquiétude, et non des moindres, qui découle directement de ce gel des activités: le risque que beaucoup d'acteurs du secteur ne s'en relèvent tout simplement pas. Les dommages rien que pour le secteur musical est estimé à plus d'un milliard d'euros. Un risque encore à évaluer pour les opérateurs (festivals mais aussi théâtres, cinémas ou salles de concert), et qui dépendra des aides publiques (même si on doute que la culture soit la première servie quand il faudra partager un gâteau de subsides forcément trop petit pour répondre à toutes les demandes), des assurances, des éventuelles possibilités de reports, voire de la générosité du public. Mais un risque déjà réel pour les intermittents du spectacle qui vivaient déjà chichement avant la crise, et qui se retrouvent aujourd'hui au pied du mur des factures à payer. Avec en plus la crainte de perdre après le confinement leur fragile statut d'artiste car, comme l'explique le metteur en scène et chorégraphe Clément Thirion dans une carte blanche, quand la vie retrouvera son cours normal, l'activité dans le secteur culturel ne reprendra pas du jour au lendemain comme si elle avait été simplement mise sur pause, notamment parce qu'une pièce, un concert ou un tournage nécessitent souvent des mois de préparation, et qu'une fois que la fenêtre de tir est passée, il faut tout recommencer. Une bombe à retardement sociale autant qu'artistique, donc. "Nous reconstruire prendra un certain temps, écrit-il, pendant lequel les artistes se retrouveront au chômage -dans le "meilleur" des cas- sans compensation pour le manque à gagner que représentent les reports et annulations de contrats, pendant et aussi après le confinement." Le politique, et avec lui une large partie de la population, a toujours du mal à voir le travailleur derrière l'artiste. Dans l'inconscient collectif demeure l'idée qu'un artiste est heureux quand il peut monter sur scène, peu importe qu'il crève la faim ou qu'il roule sur l'or. Ce dont les créateurs souffrent pourtant le plus aujourd'hui, comme le rappelle Clément Thirion, c'est moins d'une "frustration narcissique" que de "ne plus pouvoir payer leur loyer ou d'aller faire des courses". Voilà sans doute pourquoi, en plus des effets délétères de l'incertitude générale, tant d'écrivains, de compositeurs ou de plasticiens ont du mal à trouver l'inspiration en ce moment alors qu'ils n'ont jamais eu autant de temps libre -mais vicié- à disposition. Pas étonnant si, dans ce contexte, plombé les tentatives pour entretenir la flamme artistique (concerts improvisés aux fenêtres ou festivals en live streaming) ou assurer un semblant de normalité (sorties d'albums au compte-gouttes ou distribution de nouveaux films en VOD Premium) mettent un peu de baume au coeur mais ne suffisent pas à dissiper les nuages ni à garantir une résilience heureuse et florissante une fois que la crise sera passée. L'ennui, spirituel et matériel, n'est pas toujours synonyme de potentiel à développer qui nous rendra meilleurs, plus forts, plus vertueux, plus créatifs, c'est parfois juste du désarroi pur. Même si on espère bien sûr que l'avenir nous donnera tort.