Un sentiment d'effroi et de désolation qui vous coupe le souffle. L'impression que le sol se dérobe sous vos pieds. La colonne d'air qui relie vos poumons à votre larynx se rétracte comme un ver de terre et plus un son ne sort de votre bouche pendant quelques secondes. Une sidération tétanisante qui réveille automatiquement des peurs enfouies, rameute le spectre du néant, du vide, de l'oubli. Les larmes embuent déjà votre regard, avant d'être ravalées in extremis.

Sur l'écran, les images défilent, indifférentes à l'onde d'angoisse qui se propage: des feux follets bleus et rouges dansant sur le béton d'une façade, des panaches de fumée se mêlant au brouillard hivernal comme dans un tableau de Monet, des pompiers miniatures progressant dans un dédale de tôles et de zinc vers un buisson de flammes. Lundi 12 janvier, fin de journée. Breaking news. Le Palais des beaux-arts est en feu. Et notre coeur saigne.

On apprendra dans les jours suivants que les dégâts, certes importants, sont limités. On a évité le pire. Les oeuvres des récentes expositions ont été épargnées et la solide structure du bâtiment dessiné par Victor Horta n'a pas souffert. Rien d'irréparable selon les experts. Même l'orgue, lessivé à grandes eaux et récemment restauré, devrait être sauvé. Pour autant qu'on trouve l'argent. Un appel aux dons a déjà été lancé. Par contre, le majestueux instrument à vent sera probablement inutilisable pendant de longs mois. Comme la salle Henry Le Boeuf et une partie des espaces côté rue Royale. La réouverture partielle de l'édifice pourrait être envisagée ce jeudi. Même après cet AVC, le coeur bat toujours. Au vu du scénario Notre-Dame qui se profilait lundi soir, c'est donc presque le soulagement qui domine.

Lundi 12 janvier, fin de journée. Breaking news. Le Palais des beaux-arts est en feu. Et notre coeur saigne.

Sur le moment pourtant, on a bien cru à l'apocalypse, à la crémation du joyau art déco. Ou à un remake de l'Innovation. Après la destruction de sinistre mémoire de la Maison du peuple à Bruxelles, on s'imaginait déjà la ville amputée de cet autre diamant architectural. Non de la main de promoteurs immobiliers aveugles cette fois mais de celle, invisible et implacable, de la malchance. Le résultat aurait été le même. Le visage déjà disgracieux de la capitale s'en serait retrouvé défiguré.

Ce flot d'émotions peut sembler déplacé à l'heure où le monde n'en finit plus d'enterrer ses morts. Tant d'effusion pour un "tas de pierre". Mais pas n'importe quel tas de pierres! Il y a bien sûr d'abord les souvenirs personnels qui flottent dans ses coursives et qui imprègnent le tissu pourpre de ses fauteuils. Expos, films, concerts, Bozar a été le vibrant théâtre, laboratoire même, de la vie culturelle bruxelloise de ces 20 dernières années. De jour comme de nuit, ce palais dépoussiéré a brassé les genres et les publics. On y croise des b-boys comme des rombières. Comment oublier cette rencontre du troisième type avec Michael Cimino? Ou ce vernissage très Upper East Side de l'expo It's not only Rock 'n' Roll, baby!? Ou les beats hypnotiques de Moderat ravalant le parquet en marbre du grand hall? Tout ça au même endroit, sous le même toit inflammable.

Il y a aussi le contexte à fleur de peau du Covid. Alors que la culture est largement réduite au silence, l'incendie de ce symbole aurait eu des airs de bûcher, de coup de grâce. Au contraire, son sauvetage peut être perçu comme un signe positif, un message d'encouragement à résister et à tenir bon.

Enfin, plus largement, il y a l'aura quasi mystique des lieux culturels. Parce qu'ils nous élèvent, nous questionnent, nous chamboulent, les bibliothèques, les musées ou les cinémas relèvent du sacré. Ce sont des maisons sans dieux mais pas sans transcendance. Leur destruction frappe du coup l'imaginaire avec une force particulière. En même temps que les murs, c'est le génie humain qui part en fumée. Il y avait un peu de tout ça dans le bouillon de tristesse qu'on a avalé en découvrant les images du sinistre.

Un sentiment d'effroi et de désolation qui vous coupe le souffle. L'impression que le sol se dérobe sous vos pieds. La colonne d'air qui relie vos poumons à votre larynx se rétracte comme un ver de terre et plus un son ne sort de votre bouche pendant quelques secondes. Une sidération tétanisante qui réveille automatiquement des peurs enfouies, rameute le spectre du néant, du vide, de l'oubli. Les larmes embuent déjà votre regard, avant d'être ravalées in extremis. Sur l'écran, les images défilent, indifférentes à l'onde d'angoisse qui se propage: des feux follets bleus et rouges dansant sur le béton d'une façade, des panaches de fumée se mêlant au brouillard hivernal comme dans un tableau de Monet, des pompiers miniatures progressant dans un dédale de tôles et de zinc vers un buisson de flammes. Lundi 12 janvier, fin de journée. Breaking news. Le Palais des beaux-arts est en feu. Et notre coeur saigne. On apprendra dans les jours suivants que les dégâts, certes importants, sont limités. On a évité le pire. Les oeuvres des récentes expositions ont été épargnées et la solide structure du bâtiment dessiné par Victor Horta n'a pas souffert. Rien d'irréparable selon les experts. Même l'orgue, lessivé à grandes eaux et récemment restauré, devrait être sauvé. Pour autant qu'on trouve l'argent. Un appel aux dons a déjà été lancé. Par contre, le majestueux instrument à vent sera probablement inutilisable pendant de longs mois. Comme la salle Henry Le Boeuf et une partie des espaces côté rue Royale. La réouverture partielle de l'édifice pourrait être envisagée ce jeudi. Même après cet AVC, le coeur bat toujours. Au vu du scénario Notre-Dame qui se profilait lundi soir, c'est donc presque le soulagement qui domine. Sur le moment pourtant, on a bien cru à l'apocalypse, à la crémation du joyau art déco. Ou à un remake de l'Innovation. Après la destruction de sinistre mémoire de la Maison du peuple à Bruxelles, on s'imaginait déjà la ville amputée de cet autre diamant architectural. Non de la main de promoteurs immobiliers aveugles cette fois mais de celle, invisible et implacable, de la malchance. Le résultat aurait été le même. Le visage déjà disgracieux de la capitale s'en serait retrouvé défiguré. Ce flot d'émotions peut sembler déplacé à l'heure où le monde n'en finit plus d'enterrer ses morts. Tant d'effusion pour un "tas de pierre". Mais pas n'importe quel tas de pierres! Il y a bien sûr d'abord les souvenirs personnels qui flottent dans ses coursives et qui imprègnent le tissu pourpre de ses fauteuils. Expos, films, concerts, Bozar a été le vibrant théâtre, laboratoire même, de la vie culturelle bruxelloise de ces 20 dernières années. De jour comme de nuit, ce palais dépoussiéré a brassé les genres et les publics. On y croise des b-boys comme des rombières. Comment oublier cette rencontre du troisième type avec Michael Cimino? Ou ce vernissage très Upper East Side de l'expo It's not only Rock 'n' Roll, baby!? Ou les beats hypnotiques de Moderat ravalant le parquet en marbre du grand hall? Tout ça au même endroit, sous le même toit inflammable. Il y a aussi le contexte à fleur de peau du Covid. Alors que la culture est largement réduite au silence, l'incendie de ce symbole aurait eu des airs de bûcher, de coup de grâce. Au contraire, son sauvetage peut être perçu comme un signe positif, un message d'encouragement à résister et à tenir bon. Enfin, plus largement, il y a l'aura quasi mystique des lieux culturels. Parce qu'ils nous élèvent, nous questionnent, nous chamboulent, les bibliothèques, les musées ou les cinémas relèvent du sacré. Ce sont des maisons sans dieux mais pas sans transcendance. Leur destruction frappe du coup l'imaginaire avec une force particulière. En même temps que les murs, c'est le génie humain qui part en fumée. Il y avait un peu de tout ça dans le bouillon de tristesse qu'on a avalé en découvrant les images du sinistre.