Début de ce mois, les Halles de Schaerbeek inauguraient l'exposition Great Black Music. Un parcours qui, pour peu qu'on accepte qu'une rétrospective musicale soit d'abord un récit audiovisuel plutôt qu'un alignement de reliques, propose une plongée tourbillonnante dans les musiques "noires". Sans évidemment jamais tout à fait résoudre la question de départ: comment regrouper des genres parfois très différents sous le prisme de la "race", alors qu'ils n'ont précisément jamais cessé de souffrir du racisme? Même en intégrant Elvis Presley au parcours, le paradoxe semble insoluble. Au fond, c'est p...

Début de ce mois, les Halles de Schaerbeek inauguraient l'exposition Great Black Music. Un parcours qui, pour peu qu'on accepte qu'une rétrospective musicale soit d'abord un récit audiovisuel plutôt qu'un alignement de reliques, propose une plongée tourbillonnante dans les musiques "noires". Sans évidemment jamais tout à fait résoudre la question de départ: comment regrouper des genres parfois très différents sous le prisme de la "race", alors qu'ils n'ont précisément jamais cessé de souffrir du racisme? Même en intégrant Elvis Presley au parcours, le paradoxe semble insoluble. Au fond, c'est peut-être même bien ce qui constitue précisément cette great black music: cette tension permanente entre fierté, identité et refus d'être ramené dans une case. De ce mouvement complexe, Theo Parrish en a fait sa philosophie. Celle d'une musique célébrant la culture afro-américaine, cherchant en permanence à célébrer sa diversité et sa complexité. Au départ, c'est des sons électroniques qu'il tombe amoureux. Pour cause. Né en 1972 à Washington DC, il a grandi à Chicago, où il tombe dans la marmite house, via les classiques Farley Jackmaster Funk, Lil' Louis... Plus tard, il étudie la peinture et la sculpture au Kansas City Art Institute. Mais c'est bien dans la musique qu'il retombe. Quand il s'installe à Détroit, il est ainsi rapidement associé à la "troisième vague" techno. Celle qui commence à mixer les bases funk électroniques et futuristes avec des éléments piochés dans les autres musiques "black" américaines: la house, la disco, la soul, ou carrément le jazz. De ce dernier, il en est d'ailleurs beaucoup question dans Wuddaji. Six ans après American Intelligence, ce nouvel album approfondit le son reconnaissable entre mille du producteur, en le rapprochant toujours un peu plus de la liberté et des impros du jazz. C'est un piano Rhodes qui lance par exemple les débats, ouvrant la boucle house dans laquelle vient se lover Hambone Cappuccino. On retrouve le clavier un peu partout, déterminant sur le morceau-titre, faisant le lien entre les différents motifs rythmiques qui se superposent derrière. Déjà paru il y a quelques mois, This Is for You n'a rien perdu de son pouvoir addictif, long groove mélancolique d'une dizaine de minutes sur lequel Maurissa Rose décline le titre-mantra, entre la célébration et la plainte. Plus loin, un morceau comme Angry Purple Birds est peut-être celui qui, avec All Your Boys Are Biters, se rapproche le plus d'une rumination techno. Mais même là, un piano déboule en toute fin, ponctuant par vagues la trame électronique. Au début de l'été, Parrish sortait la mixtape We Are All Georgeous Monsterss. Elle était directement branchée sur l'actualité, glissant des extraits d'actu et de vidéos YouTube, autour du mouvement BLM et des violences policières. À sa manière, moins frontale, Wuddaji est aussi militante, démontrant à la fois la profondeur et la diversité des musiques noires.