Post-drum'n'bass, pre-grime... Depuis le début de sa carrière, Roots Manuva a été à la fois de tous les courants et d'aucun. Dès son premier album (Brand New Second Hand, 1999), Rodney Smith de son vrai nom a en effet réussi à imposer une personnalité, sans jamais qu'il soit facile de l'enfermer complètement dans un genre ou un autre. Entre rap et échappées dub, essais pop (Let the Spirit) et séquences reggae/dancehall rigolard (Again & Again), il a réussi à se faufiler partout. Le plus simple, pour présenter le gaillard, consiste alors à rappeler simplement la manière avec laquelle il a su incarner une musique urbaine made in UK qui n'aurait pas grand-chose à envier au rap américain, inspirant en cela la jeune génération -Wiley, Dizzee Rascal ou Ghostpoet peuvent encore lui dire merci...

Vol de nuit

Cette "britattitude", on la retrouve évidemment tout le long de ce nouveau Bleeds -un 6e album déboulant quatre ans après 4everevolution. Il n'y a toujours pas grand-chose ici pour ramener Roots Manuva vers la scène rap américaine. Personne ne s'en plaindra vraiment. Est-ce le grain de la voix, la manière dont elle rumine les rimes? Dès les premières secondes, Bleeds renvoie au trottoir londonien, s'enfonçant dans le fog, la mélancolie baignant dans la lager. Lançant l'album, Hard Bastards donne une bonne idée de l'humeur du jour: plutôt sombre, voire franchement plombée, avec ses cordes dramatiques. Roots Manuva s'est souvent amusé à dégoupiller ses ambiances les plus sérieuses avec une série de morceaux plus cartoonesques (Buff Nuff). Ici, le décor général est plutôt brumeux, balade urbaine nocturne qui file un mauvais coton. L'inquiétant Crying, par exemple, est ce qui se rapproche le plus d'un morceau trap, mais dans une version grésillante et parano. A l'inverse, Cargo tient presque de la ballade, sentimentale et bienveillante, tandis qu'I Know Your Face tourne quasi à la plainte soul. Sur Don't Breathe Out, le soleil passe une tête, samplant Barry White (Honey Please, Can't Ya See) et glissant un refrain à la Bon Iver (un certain Sylas dans le rôle de Justin Vernon).

Malgré ses nombreuses collaborations (de Gorillaz à Salif Keita en passant par Coldcut), Roots Manuva a pu parfois donner l'impression d'avancer en homme seul. Sur Bleeds pourtant, il a convoqué quelques noms prestigieux. A côté du maître dub Adrian Sherwood, Switch (ex-Major Lazer) a produit par exemple Crying. Kieran Hebden, alias Four Tet, s'est lui penché sur le titre Facety 2: 11, un exercice de house cubique qui aurait le hoquet.

En général, Roots Manuva semble largement imperméable aux dernières modes. A 43 ans, Rodney Smith aurait d'ailleurs tort de jouer les jeunes premiers. Pour autant, contrairement à d'autres dans son cas, il semble incapable de se glisser dans des rails par trop classiques, devenant à la fois plus accessible, mais aussi toujours plus personnel.

DISTRIBUÉ PAR BIG DADA/PIAS.

Post-drum'n'bass, pre-grime... Depuis le début de sa carrière, Roots Manuva a été à la fois de tous les courants et d'aucun. Dès son premier album (Brand New Second Hand, 1999), Rodney Smith de son vrai nom a en effet réussi à imposer une personnalité, sans jamais qu'il soit facile de l'enfermer complètement dans un genre ou un autre. Entre rap et échappées dub, essais pop (Let the Spirit) et séquences reggae/dancehall rigolard (Again & Again), il a réussi à se faufiler partout. Le plus simple, pour présenter le gaillard, consiste alors à rappeler simplement la manière avec laquelle il a su incarner une musique urbaine made in UK qui n'aurait pas grand-chose à envier au rap américain, inspirant en cela la jeune génération -Wiley, Dizzee Rascal ou Ghostpoet peuvent encore lui dire merci... Cette "britattitude", on la retrouve évidemment tout le long de ce nouveau Bleeds -un 6e album déboulant quatre ans après 4everevolution. Il n'y a toujours pas grand-chose ici pour ramener Roots Manuva vers la scène rap américaine. Personne ne s'en plaindra vraiment. Est-ce le grain de la voix, la manière dont elle rumine les rimes? Dès les premières secondes, Bleeds renvoie au trottoir londonien, s'enfonçant dans le fog, la mélancolie baignant dans la lager. Lançant l'album, Hard Bastards donne une bonne idée de l'humeur du jour: plutôt sombre, voire franchement plombée, avec ses cordes dramatiques. Roots Manuva s'est souvent amusé à dégoupiller ses ambiances les plus sérieuses avec une série de morceaux plus cartoonesques (Buff Nuff). Ici, le décor général est plutôt brumeux, balade urbaine nocturne qui file un mauvais coton. L'inquiétant Crying, par exemple, est ce qui se rapproche le plus d'un morceau trap, mais dans une version grésillante et parano. A l'inverse, Cargo tient presque de la ballade, sentimentale et bienveillante, tandis qu'I Know Your Face tourne quasi à la plainte soul. Sur Don't Breathe Out, le soleil passe une tête, samplant Barry White (Honey Please, Can't Ya See) et glissant un refrain à la Bon Iver (un certain Sylas dans le rôle de Justin Vernon).Malgré ses nombreuses collaborations (de Gorillaz à Salif Keita en passant par Coldcut), Roots Manuva a pu parfois donner l'impression d'avancer en homme seul. Sur Bleeds pourtant, il a convoqué quelques noms prestigieux. A côté du maître dub Adrian Sherwood, Switch (ex-Major Lazer) a produit par exemple Crying. Kieran Hebden, alias Four Tet, s'est lui penché sur le titre Facety 2: 11, un exercice de house cubique qui aurait le hoquet. En général, Roots Manuva semble largement imperméable aux dernières modes. A 43 ans, Rodney Smith aurait d'ailleurs tort de jouer les jeunes premiers. Pour autant, contrairement à d'autres dans son cas, il semble incapable de se glisser dans des rails par trop classiques, devenant à la fois plus accessible, mais aussi toujours plus personnel.