Sortir un disque est devenu pour beaucoup un exercice d'effeuillage. Dans l'incessant bombardement culturel et le flot continu de nouvelles musiques, il s'agit aujourd'hui plus que jamais de faire parler de soi, d'attirer l'attention, d'occuper l'espace médiatique pour ne pas laisser son travail, son oeuvre, son art glisser dans les méandres de l'oubli aussi discrètement qu'il est sorti de l'anonymat. Avant que leurs albums débarquent dans les bacs des disquaires ou (ce qui arrive de plus en plus tôt) soient disponibles sur les plateformes digitales,...

Sortir un disque est devenu pour beaucoup un exercice d'effeuillage. Dans l'incessant bombardement culturel et le flot continu de nouvelles musiques, il s'agit aujourd'hui plus que jamais de faire parler de soi, d'attirer l'attention, d'occuper l'espace médiatique pour ne pas laisser son travail, son oeuvre, son art glisser dans les méandres de l'oubli aussi discrètement qu'il est sorti de l'anonymat. Avant que leurs albums débarquent dans les bacs des disquaires ou (ce qui arrive de plus en plus tôt) soient disponibles sur les plateformes digitales, les artistes en dévoilent au compte-gouttes de plus en plus d'extraits. Semant les singles plus ou moins accrocheurs. La singer-songwriter Marianne Parrish ne s'est pas fait prier pour mettre l'eau à la bouche et lever quelques coins de voile sur son premier album solo. Depuis le mois de novembre, l'Anglaise a égrainé six titres de The Keeper et proposé les clips qui allaient avec. Des petits films bucoliques, pour la plupart en noir et blanc, se promenant au milieu des rivières, des arbres et des montagnes. Marianne s'y balade à pieds nus sur des galets, danse avec des bottes dans les prés, de temps en temps caresse un cheval ou joue de la guitare dans une brouette. Douces respirations qui collent tout en légèreté à ses délicates chansons... Chanteuse pendant une bonne quinzaine d'années du groupe de folk Low Chimes et de ses différentes incarnations, Marianne Parrish vit à Stroud. Une petite ville aux rues escarpées du Gloucestershire où la fabrique de pianos anglais Bentley a installé son usine en 1970. C'est cependant la guitare et les cordes en nylon qui sont les stars de son premier album sous le nom de Maja Lena. Parrish y flotte, céleste, portée par cette voix typée, singulière qui renvoie aux fées freak du folk: l'éternelle Vashti Bunyan, la Néo-Zélandaise Aldous Harding ou la trop rare harpiste californienne Joanna Newsom, qui soit dit en passant n'a plus rien sorti depuis six ans. Il y a quelque chose d'enfantin, de surnaturel dans le timbre de cette jeune trentenaire. Puis aussi une dimension merveilleuse, onirique dans ces chansons en suspension. Appréciée par Guy Garvey d'Elbow, qui la programmait récemment dans son émission sur BBC 6, Parrish ne se fait pas accompagner que de sa guitare. Elle a habillé les dix pépites de son album avec celui qui l'a produit (Rob Pemberton). On retrouve même des choeurs, de la clarinette et de la mini trompette à côté des synthés, du piano et du xylophone... Le dépouillé Old Friend Night termine comme une caresse cet album qui parle de grandir et de vieillir. De trouver le réconfort dans les choses simples et le mondain. D'être pote avec soi-même et d'accepter ce qui est. Amen.