Tinariwen, Tamikrest, Terakaft, Bombino, Mdou Moctar ou encore plus près de chez nous Anana Harouna, alias Kel Assouf... Du concert d'ouverture à la Coupe du monde de football (c'était en Afrique du Sud) aux premières parties des Red Hot Chili Peppers (notamment au Stade de France), la musique touareg a beaucoup voyagé depuis une vingtaine d'années à l'image de ce peuple nomade. De ces habitants berbères du Sahara central et de ses bordures, de ces remarquables ambassadeurs que sont les hommes bleus. On ne parle pas que de musique, de rock du désert, de blues des sables et d...

Tinariwen, Tamikrest, Terakaft, Bombino, Mdou Moctar ou encore plus près de chez nous Anana Harouna, alias Kel Assouf... Du concert d'ouverture à la Coupe du monde de football (c'était en Afrique du Sud) aux premières parties des Red Hot Chili Peppers (notamment au Stade de France), la musique touareg a beaucoup voyagé depuis une vingtaine d'années à l'image de ce peuple nomade. De ces habitants berbères du Sahara central et de ses bordures, de ces remarquables ambassadeurs que sont les hommes bleus. On ne parle pas que de musique, de rock du désert, de blues des sables et de groove envoûtant du Sahel. On parle de mouvement culturel, de plateforme militante... De défendre la cause, de perpétuer une culture. Comme l'indique le nom du groupe, Fatou Seidi Ghali, Alamnou Akrouni et Mariama Sallah Assouan viennent d'Illighadad, un petit village au sud-ouest du Niger. Accompagnées par le cousin de Fatou, le guitariste Ahmoudou Madassane (que vous avez peut-être déjà croisé aux côtés de Mdou Moctar), Les Filles ont tapé il y a quelques années dans l'oreille de Christopher Kirkley. Le patron du label Sahel Sound était parti aux nouvelles après avoir vu sur Facebook une photo de Fatou guitare à la main. Fait relativement rare en Afrique et dans le monde touareg, où ce privilège est généralement réservé aux hommes. Les Filles de Illighadad, qui mélangent le blues, le folk et les musiques traditionnelles, s'inspirent du takamba ou encore du tendé. Un art de poésie et un tambour principalement joué par la gent féminine. Dans leurs chansons ensorcelantes et ensorcelées, elles se soutiennent face aux épreuves du quotidien, aux complications de la guerre, de l'amour et de la vie... Après deux albums classiques, Les Filles de Illighadad et Eghass Malan, respectivement sortis en 2016 et 2017, c'est un live que propose aujourd'hui le label spécialisé dans les musiques traditionnelles et modernes d'Afrique de l'Ouest. Il a été enregistré en 2019 lors de leur première tournée américaine et été capté lors de deux soirées sold-out au Pioneer Works, centre culturel à tête chercheuse planté dans un ancien bâtiment industriel de Brooklyn. Cela s'entend. Le groupe, alors sur les routes depuis deux ans, est on ne peut mieux rodé. L'ambiance est telle que les chaises disparaissent et que les concerts assis deviennent des invitations à la danse. Guitares électriques et acoustiques, tambour à peau de chèvre, chant en tamasheq... At Pioneer Works est un disque répétitif et hypnotique, porté par des voix incantatoires. Une longue prière qui élève les consciences, nourrit, célèbre et guérit. Si vous n'avez jamais écouté Les Filles de Illighadad, précipitez-vous sur cet album. Et si leur musique vous est déjà familière aussi. Six chansons tout en longueur et en boucles pour 46 minutes de transe en danse...