Fin juin, The Guardian publie la rencontre de Grant avec son idole majeure: Elton John... Hormis le fait d'être tous les deux gays revendiqués, a priori, on ne voit pas bien la connexion entre la mégastar aux 300 millions de disques vendus et le prince du sarcasme indie contemporain. Même si Elton constitue l'une des figures révérées par Grant depuis son enfance, c'est l'aîné qui fait les premiers pas vers son cadet, lorsque celui publie en 2010 Queen of Denmark. Parce que l'auteur de Your Song et d'une manne de tubes inoxydables est tombé sous le charme de Gr...

Fin juin, The Guardian publie la rencontre de Grant avec son idole majeure: Elton John... Hormis le fait d'être tous les deux gays revendiqués, a priori, on ne voit pas bien la connexion entre la mégastar aux 300 millions de disques vendus et le prince du sarcasme indie contemporain. Même si Elton constitue l'une des figures révérées par Grant depuis son enfance, c'est l'aîné qui fait les premiers pas vers son cadet, lorsque celui publie en 2010 Queen of Denmark. Parce que l'auteur de Your Song et d'une manne de tubes inoxydables est tombé sous le charme de Grant, de ses textes pointus et de son utilisation des synthés. À l'écoute de The Boy from Michigan, pas d'évidente filiation sauf que, mélodiquement, Grant réalise là un disque éminent. Ne fût-ce que dans l'irrésistible Billy final, qui possède l'effronterie des morceaux nés pour le succès. Avec des accords de piano mineurs rappelant Elton mais une voix languissante qui côtoie plutôt le larynx camp de Rufus Wainwright. Même si le disque rappelle à deux-trois reprises le timbre de ce dernier, comme dans le splendide The Cruise Room, John Grant avance un album aussi perso que singulier. Musicalement, c'est le grand large. Grand vent même au niveau des synthés qui forment volontiers l'intro des titres et noyautent les passes instrumentales. D'ailleurs, à une autre époque, le début pouic-pouic d'un Mike and Julie aurait été considéré comme un crime contre l'humanité musicale. Que ce soit dans The Rusty Bull ou Just So You Know -et sa voix vocodérisée-, Grant ne fait aucune différence entre une forme de prog-rock baroque et un songwriting solidement sentimental. C'est précisément dans ce curieux paradoxe esthétique, dans le sax de Dandy Star, les claviers-baleines de The Only Baby ou la clarinette de The Cruise Room, que Grant pond son ovni, poussé par la productrice Cate Le Bon, Galloise ayant collaboré notamment avec St. Vincent et Perfume Genius. Famille névrotique à laquelle Grant, de toute évidence, appartient pleinement. La patte de The Boy from Michigan tient aussi dans la longueur et langueur des chansons et le destin biographique ici posé. À 52 ans, malgré des enjeux difficiles -il a déclaré sa séropositivité en 2012-, Grant transforme sa jeunesse en vaudeville aux veines ouvertes, désormais acceptées. Racontant dans les trois premiers titres sa vie au Michigan, d'avant le déménagement à Denver, Colorado. Suivent des impressions de bohême continue, lorsque le chanteur s'installe à New York, en Allemagne puis en Islande, avec son boyfriend. Il offre dans ses trips successifs un regard blessé sur l'Amérique des valeurs supposées éternelles, comme dans l'alambiqué Your Portfolio et ce superbe The Only Baby, que n'aurait pas renié l'autre John susnommé.