Il existerait, en l'état des choses, quatre versions de A Love Supreme, sans doute la composition la plus structurée sinon la plus ambitieuse du répertoire du saxophoniste américain John Coltrane à avoir été enregistrée à ce jour -ce qui n'en constitue pas, pour autant, le sommet musical de sa carrière. Désormais disponible en LP et CD, A Love Supreme - Live in Seattle est chronologiquement la troisième version de cette oeuvre en quatre parties (Acknowledgement, Resolution, Pursua...

Il existerait, en l'état des choses, quatre versions de A Love Supreme, sans doute la composition la plus structurée sinon la plus ambitieuse du répertoire du saxophoniste américain John Coltrane à avoir été enregistrée à ce jour -ce qui n'en constitue pas, pour autant, le sommet musical de sa carrière. Désormais disponible en LP et CD, A Love Supreme - Live in Seattle est chronologiquement la troisième version de cette oeuvre en quatre parties (Acknowledgement, Resolution, Pursuance, Psalm) à avoir récemment vu le jour. Si, bien sûr, l'enregistrement studio reste la matrice des versions qui suivront, celle-ci en diffère quelque peu. En premier lieu parce qu'elle n'est pas interprétée par le seul quartette mais aussi par des invités, et pas des moindres puisque figurent, aux côtés de Trane et de ses musiciens (Jimmy Garrison, McCoy Tyner et Elvin Jones), l'altiste Carlos Ward, le bassiste Donald Garrettt et, surtout, le saxophoniste ténor (à l'occasion également percussionniste) Pharoah Sanders. Car la trajectoire musicale de Coltrane aura été tout sauf uniforme et A Love Supreme d'évoluer au gré d'une époque en train d'enfanter, dans le fracas, ce qui va devenir le free jazz, un mouvement musical né sous l'égide d'Ornette Coleman (mais que le saxophoniste n'avait imaginé qu'à son seul usage), avant que cette révolution musicale ne rebondisse en Europe et finisse par envahir la planète jazz tout entière, qui vit de jeunes freluquets applaudir à tout rompre cette cacophonie avant d'en venir aux mains avec de vieux cons qui la huaient à gorge déployée. Ceci posé, qu'en est-il de la qualité sonore d'un enregistrement voulu par le saxophoniste et effectué avec le matériel le plus minimaliste possible? Qu'elle est légèrement déséquilibrée et dominée par la batterie d'Elvin Jones? Oui, mais Coltrane, bien qu'en léger retrait, y reste parfaitement audible. Et, lorsque qu'il se retire un temps pour laisser ses partenaires s'exprimer à leur tour comme Ward ou Garrett, ce sont surtout McCoy Tyner, dont le solo de piano n'est rien de moins que sublime, ou le mésestimé Jimmy Garrison, qui démontre qu'il était l'un des bassistes majeurs de sa génération, qui s'imposent. C'est, de fait, rien d'autre qu'à une redécouverte de ces musiciens aux carrières inégales que ce disque nous invite aussi. Bref, osez Coltrane!