C'est un talent que de savoir s'entourer. Tout au long de sa carrière, Dr Dre a toujours eu le chic pour dégoter les talents et les inviter à sa table. De Snoop Dogg à Eminem en passant par 50 Cent, The Game ou même Kendrick Lamar... Quand, à l'été dernier, le rap imperator a sorti Compton, son premier album en seize ans, ils étaient d'ailleurs à peu près tous présents. Disque choral à multiples tiroirs, Compton permettait également de faire plus amplement connaissance avec Anderson. Paak. Présent sur pas moins de six morceaux, le bonhomme pouvait même passer pour l'une des voix centrales de l'album, choeur grec de la tragédie urbaine tissée par Compton. Le genre d'exposition qui peut rapporter gros.

Depuis lors, la cote d'Anderson. Paak n'a d'ailleurs cessé de grimper. Et avec elle, les attentes. Avait-on raison de s'emballer? Après Venice, premier album sorti officiellement en 2014, le nouveau Malibu répond par l'affirmative. Et de la plus éclatante des manières.On en sait aujourd'hui un peu plus sur celui qui s'est d'abord fait appeler Breezy Lovejoy. Brandon Paak Anderson est né il y a un peu moins d'une trentaine d'années, en Californie - du côté d'Oxnard, à une petite cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Los Angeles. Née en Corée du Sud, sa mère est adoptée aux Etats-Unis dans les années 50. Son père, lui, est américain, d'abord soldat dans l'Air Force, avant de se faire virer, puis de filer en prison alors que le fiston a à peine sept ans: il ne le reverra jamais. Sa mère aussi passera un moment derrière les barreaux, pour une histoire de fraude. A ce moment-là, Anderson sort alors à peine de l'adolescence. Déjà, la musique paraît une issue potentielle pour sortir du marasme. Même si les débuts sont compliqués: il raconte aujourd'hui les nuits passées à dormir dans sa voiture, avec sa femme et son nouveau-né...

Avec un tel passif, on aurait pu s'attendre à ce que la musique carbure à la rage et au ressentiment. Il n'y a pourtant rien de cela dans Malibu. A l'image de sa pochette, le disque est au contraire un concentré de soul chaleureuse et bienveillante. La voix d'Anderson. Paak y est pour beaucoup: mélange d'élan spiritual (il a longtemps joué de la batterie à l'église, au sein de sa congrégation baptiste) et de rugosité street, elle évoque à la fois le côté solaire de Chance the Rapper, et une version plus espiègle de Bilal. D'aucuns avancent également l'ombre tutélaire du grand Stevie Wonder, et on leur donnera difficilement tort, ne serait-ce que pour la (inner)vision grand angle engagée sur Malibu.

Versatile, le maître de cérémonie mélange grain hip hop (The Waters, Room in Here) et velours soul seventies (coucou Raphael Saadiq! hello D'Angelo!), glissant même l'une ou l'autre sucrerie funky à l'occasion (Am I Wrong, Lite Weight), le sample toujours judicieux (le Molasses de Hiatus Kaiyote sur Without You), les invités aussi nombreux que pertinents (de Madlib à Robert Glasper, de Schoolboy Q à Pino Palladino). Et de quoi tenir in fine l'un des albums les plus immédiatement séduisants de ce début d'année.

DISTRIBUÉ PAR STEEL WOOL.

EN CONCERT LE 11/02, AU BOTANIQUE, BRUXELLES.

C'est un talent que de savoir s'entourer. Tout au long de sa carrière, Dr Dre a toujours eu le chic pour dégoter les talents et les inviter à sa table. De Snoop Dogg à Eminem en passant par 50 Cent, The Game ou même Kendrick Lamar... Quand, à l'été dernier, le rap imperator a sorti Compton, son premier album en seize ans, ils étaient d'ailleurs à peu près tous présents. Disque choral à multiples tiroirs, Compton permettait également de faire plus amplement connaissance avec Anderson. Paak. Présent sur pas moins de six morceaux, le bonhomme pouvait même passer pour l'une des voix centrales de l'album, choeur grec de la tragédie urbaine tissée par Compton. Le genre d'exposition qui peut rapporter gros. Depuis lors, la cote d'Anderson. Paak n'a d'ailleurs cessé de grimper. Et avec elle, les attentes. Avait-on raison de s'emballer? Après Venice, premier album sorti officiellement en 2014, le nouveau Malibu répond par l'affirmative. Et de la plus éclatante des manières.On en sait aujourd'hui un peu plus sur celui qui s'est d'abord fait appeler Breezy Lovejoy. Brandon Paak Anderson est né il y a un peu moins d'une trentaine d'années, en Californie - du côté d'Oxnard, à une petite cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Los Angeles. Née en Corée du Sud, sa mère est adoptée aux Etats-Unis dans les années 50. Son père, lui, est américain, d'abord soldat dans l'Air Force, avant de se faire virer, puis de filer en prison alors que le fiston a à peine sept ans: il ne le reverra jamais. Sa mère aussi passera un moment derrière les barreaux, pour une histoire de fraude. A ce moment-là, Anderson sort alors à peine de l'adolescence. Déjà, la musique paraît une issue potentielle pour sortir du marasme. Même si les débuts sont compliqués: il raconte aujourd'hui les nuits passées à dormir dans sa voiture, avec sa femme et son nouveau-né... Avec un tel passif, on aurait pu s'attendre à ce que la musique carbure à la rage et au ressentiment. Il n'y a pourtant rien de cela dans Malibu. A l'image de sa pochette, le disque est au contraire un concentré de soul chaleureuse et bienveillante. La voix d'Anderson. Paak y est pour beaucoup: mélange d'élan spiritual (il a longtemps joué de la batterie à l'église, au sein de sa congrégation baptiste) et de rugosité street, elle évoque à la fois le côté solaire de Chance the Rapper, et une version plus espiègle de Bilal. D'aucuns avancent également l'ombre tutélaire du grand Stevie Wonder, et on leur donnera difficilement tort, ne serait-ce que pour la (inner)vision grand angle engagée sur Malibu. Versatile, le maître de cérémonie mélange grain hip hop (The Waters, Room in Here) et velours soul seventies (coucou Raphael Saadiq! hello D'Angelo!), glissant même l'une ou l'autre sucrerie funky à l'occasion (Am I Wrong, Lite Weight), le sample toujours judicieux (le Molasses de Hiatus Kaiyote sur Without You), les invités aussi nombreux que pertinents (de Madlib à Robert Glasper, de Schoolboy Q à Pino Palladino). Et de quoi tenir in fine l'un des albums les plus immédiatement séduisants de ce début d'année.