Green Montana est enfoncé dans le canapé. Il porte une grosse doudoune noire clinquante, la tête enfouie dans une large capuche, de laquelle s'échappent quelques locks blondes. Derrière les sourires, les mots sont comptés, l'accent traînant. On peut y voir la scène classique du rappeur un peu crâneur, un peu blasé. Ou y détecter davantage encore un premier indice du caractère réservé de l'intéressé. Sans que l'un n'empêche l'autre, d'ailleurs. Chez Green Montana, métisse belgo-congolais, les contraires ne s'opposent pas forcément. Comme sur la pochette d' Alaska, son premier album sorti récemment: le visage partagé en deux, mi-vivant mi-squelette, à la fois planqué dans le montage et directement reconnaissable.
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Green Montana est enfoncé dans le canapé. Il porte une grosse doudoune noire clinquante, la tête enfouie dans une large capuche, de laquelle s'échappent quelques locks blondes. Derrière les sourires, les mots sont comptés, l'accent traînant. On peut y voir la scène classique du rappeur un peu crâneur, un peu blasé. Ou y détecter davantage encore un premier indice du caractère réservé de l'intéressé. Sans que l'un n'empêche l'autre, d'ailleurs. Chez Green Montana, métisse belgo-congolais, les contraires ne s'opposent pas forcément. Comme sur la pochette d' Alaska, son premier album sorti récemment: le visage partagé en deux, mi-vivant mi-squelette, à la fois planqué dans le montage et directement reconnaissable. Cela fait un moment que le projet était annoncé, titillant les amateurs. D'autant plus depuis que Green Montana a officialisé sa signature sur 92i, le label de Booba. À cet égard, ceux qui pensaient que la vague rap belge allait rapidement s'écraser, doivent déchanter. Le ressac n'est pas pour tout de suite. Troisième signature belge sur le label du DUC, après Damso et Shay, aujourd'hui partis voir ailleurs, Green Montana montre avec d'autres, comme Frenetik, Gutti, Lous, Bakari, etc. - que la scène d'ici a encore des arguments à faire valoir. Dans son cas précis, ceux d'un rap aussi mélodieux que brumeux, à la fois accessible et un peu "chelou". Une fois n'est pas coutume, il vient de... Verviers, l'ancienne cité lainière qui, avouons-le, a davantage fait les titres de l'actualité ces dernières années pour ses péripéties politiques locales et sa réputation de "foyer islamiste" que pour sa scène rap. Non pas qu'elle n'existe pas (Tar One, pour ne citer que lui, dans le rôle du grand frère). " Mais c'est clair que quand tu viens de là, c'est chaud pour se faire connaître." Green Montana y est né (en 1993), y a grandi. " J'y suis toujours, c'est là que j'ai tous mes repères. C'est une petite ville condensée, tout le monde se connaît. C'est un bon délire, franchement." C'est là qu'il commence à rapper, notamment avec son cousin Chico et Avery, déjà actifs sous le nom de la Zone. À trois, ils forment Montana Squad et publient des sons sur SoundCloud. Comme la mixtape Supernova, diffusée en 2016 via le site Haute Culture, et sur laquelle Green fait l'une de ses premières apparitions. "À quoi cela ressemblait? Ce n'était pas très différent de maintenant, en fait. J'étais déjà dans le délire d'une trap mélodieuse, venue de l'espace." À l'époque, la mixtape tape dans l'oreille d'Isha. "Y a Green Montana dans la gova", rappe ainsi le Bruxellois dans le deuxième volume de sa trilogie La vie augmente (avant d'inviter son protégé en featuring sur l'épisode suivant). Aujourd'hui, l'un et l'autre partagent le même manager, Stanley Zotres. "Je dis toujours que tout le monde devrait avoir un Stan dans sa vie. Dès qu'il a décidé de me produire, il y a cru, même plus que moi." Début 2017, un premier clip est diffusé, Le Mort. Fait marquant: Green Montana n'y fait qu'un rapide caméo. "À la base, je ne voulais pas apparaître du tout. J'avais envie d'un peu me protéger, de mettre de la distance entre la musique et ma vie privée. On avait donc trouvé ce concept où les deux rôles principaux étaient joués par des meufs, ce qui permettait aussi de ne pas savoir qui chantait vraiment. Mais on a vite sauté l'idée. Dès les vidéos suivantes, on voit ma tête. De toute façon, tôt ou tard, j'allais bien devoir me dévoiler, je n'allais pas rester un rappeur caché."N'empêche, l'anecdote est assez révélatrice de la personnalité de Green Montana. Cas à part, il passe pour relativement solitaire et isolé sur une scène belge qu'il avoue sincèrement ne jamais avoir beaucoup écouté, davantage obsédé par les rappeurs ricains, "qui n'ont pas de limites et essaient plein de choses différentes". Un rappeur de peu de mots - ses morceaux dépassent rarement les trois minutes-, qui compense sa discrétion par des clips toujours très travaillés -"sur les réseaux surtout, l'image est devenue quasi plus importante que la musique"-, et un look marqué. "Ce sont des choses que je fais instinctivement. C'est ma manière de me différencier, d'être le plus identifiable possible. Que cela passe par les tatouages, les locks, les habits ou... le mode de vie." Mais encore? Il sourit, comme pris la main dans le sac. Pas besoin de creuser très loin pour comprendre que la fumette y tient une place importante, depuis le premier joint, piqué dans la réserve cachée du paternel musicien - "j'étais éclaté, vraiment pas bien"- jusqu'au " rapport amoureux" qu'il avoue avoir aujourd'hui avec le pétard. À vrai dire, il explique en grande partie l'atmosphère "enfumée" -sans mauvais jeu de mot- de la plupart de ses morceaux. À cela, il faut ajouter encore l'argent et le sexe, complétant la trilogie classique d'un certain entertainment rap. Un cocktail assumé, assuré de se voir apposer le sticker "Explicit lyrics". À la différence de certains, Green Montana réussit à glisser sous son faciès impassible un sourire sarcastique, qui empêche de prendre tout cela trop au sérieux (le très cru Sale tchoin). De toute façon, il le dit lui-même: "Le texte n'a pas trop d'importance. Cela changera peut-être dans le futur. Mais aujourd'hui, je veux juste me contenter de déposer des choses, des visions, souvent même impersonnelles. Je ne me prends pas trop la tête avec ça." De fait, Alaska ne raconte rien. Mais il le raconte bien. Ou en tout cas comme personne, avec une aisance assez folle, frappant dans sa façon de mélanger le chaud et le froid, d'allier lignes mélodiques métalliques et "trachée" à la fois grailleuse et ouatée, ne glissant qu'un seul featuring (obligatoire avec le patron, Booba, sur Tout gâcher). Avec son premier album, Green Montana réussit ainsi à ne rien dire de lui, sinon en le planquant derrière les volutes d'un lexique trap générique, mais bien à poser une identité. Ce qui est déjà remarquable en soi.