On quittait Great Mountain Fire il y a déjà quatre ans dans leur lieu de répétition, au Théâtre Américain du Heysel. L'un des très rares bâtiments rescapés de l'Expo 58. Longtemps géré par la télé publique flamande, l'espace -qui va ensuite servir de backstage aux éditions laekenoises de Couleur Café- est semi-abandonné. En tout cas, son architecture intérieure témoigne du temps qui passe. Great Mountain Fire y installe ses pénates entre 2013 et 2016, dans une partie des coulisses, qui ressemblent à un appartement plutôt décati, mais ambianceur. Comme quoi le ramage et le plumage sont bien de deux espèces différentes. À savoir que le contexte de création d'une musique -cette construction vintage de l'ancienne Belgique à papa- sert de QG à un groupe bruxellois qui tente de joindre passé, présent et, pourquoi pas, futur assumé. "Bien sûr, on était conscients de l'Histoire du lieu, qui a une aura particulière. Avec une signification culturelle forte puisque la BRT/VRT y est restée pendant des années. On avait la chance d'avoir à notre disposition quelques milliers de mètres carrés de béton, ce qui nous a permis d'exploiter les espaces. En fait, on occupait le studio météo de la télévision flamande, en dessous d'une vieille régie qui dominait la grande salle de spectacle. Donc, sur l'album précédent, Sundogs, on a pu travailler comme dans un studio classique, en construisant un studio portable avec vitre, etc. Faisant un disque old school comme on pouvait encore en faire dans les années 80: se donner 20 jours d'enregistrement et puis, c'est terminé."
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On quittait Great Mountain Fire il y a déjà quatre ans dans leur lieu de répétition, au Théâtre Américain du Heysel. L'un des très rares bâtiments rescapés de l'Expo 58. Longtemps géré par la télé publique flamande, l'espace -qui va ensuite servir de backstage aux éditions laekenoises de Couleur Café- est semi-abandonné. En tout cas, son architecture intérieure témoigne du temps qui passe. Great Mountain Fire y installe ses pénates entre 2013 et 2016, dans une partie des coulisses, qui ressemblent à un appartement plutôt décati, mais ambianceur. Comme quoi le ramage et le plumage sont bien de deux espèces différentes. À savoir que le contexte de création d'une musique -cette construction vintage de l'ancienne Belgique à papa- sert de QG à un groupe bruxellois qui tente de joindre passé, présent et, pourquoi pas, futur assumé. "Bien sûr, on était conscients de l'Histoire du lieu, qui a une aura particulière. Avec une signification culturelle forte puisque la BRT/VRT y est restée pendant des années. On avait la chance d'avoir à notre disposition quelques milliers de mètres carrés de béton, ce qui nous a permis d'exploiter les espaces. En fait, on occupait le studio météo de la télévision flamande, en dessous d'une vieille régie qui dominait la grande salle de spectacle. Donc, sur l'album précédent, Sundogs, on a pu travailler comme dans un studio classique, en construisant un studio portable avec vitre, etc. Faisant un disque old school comme on pouvait encore en faire dans les années 80: se donner 20 jours d'enregistrement et puis, c'est terminé." Au téléphone -pas de Zoom ni de Skype en cette fin novembre-, les voix de Thomas de Hemptinne (chant, guitare) et Antoine Bonan (chant, clavier) se confondent. Indice d'une possible gémellité, d'action musicale fusionnelle, celle qui donne de la force à GMF, formation bruxelloise complétée par Alexis Den Doncker (chant, basse), Tommy Onraedt (claviers) et Morgan Vigilante (percus). Ceci étant dit, le groupe semble en curieuse position orbitale.Lancé et reconnu en notre malingre Fédération Wallonie-Bruxelles, GMF a du mal à valoriser son talent au-delà de nos frontières limitrophes. Alors que leur son vaillant, mélodique, riche et multicouche groovy, sur Movements, vaudrait bien un succès à la Phoenix, réussite spectaculaire des deux côtés de l'Atlantique. Aujourd'hui, le groupe vient de signer sur le label Capitane Records de Nicolas Michaux et va développer son projet avec le Liégeois, empruntant forcément les voies Bandcamp et autres. "On a pas mal de bonnes réactions en Allemagne, en Amérique latine. On reste dans la sphère Internet et des music lovers, ceux qui peuvent aujourd'hui diffuser. Avec la possibilité de voir combien il y a d'airplay en Suède ou au Portugal: il ne faut pas oublier qu'aujourd'hui, un disque est toujours une remise à zéro. Faut surtout pas trop s'attarder sur les algorithmes. Et puis quand même, on n'est pas que musiciens... Même si on ne peut plus travailler dans les bars (Rires)." Après le départ du Théâtre Américain, la confection de Movements s'est faite en phase itinérante, GMF proposant des morceaux nouveaux au fil des concerts: "Après ce luxe de trois années au Théâtre Américain, où l'album Sundogs a été conçu de manière autonome -on pouvait enregistrer une nuit et boucler des vocaux au petit matin-, Movements a été construit de manière totalement différente. Même si nos trois disques ont des sonorités bien distinctes, sur celui-ci, on a davantage fonctionné en jouant ensemble, à la recherche d'une étincelle. Le côté plus charnel vient du rapport à la mélodie, et de là, on essaie des choses en concert, avec au final des créations polarisées. Voir comment l'audience répond à ces titres et ce plaisir de jouer live en concert. Notre rapport au funk vient du rapport basse/batterie et de la cohésion de groupe." Étonnamment, les deux GMF interviewés citent... Can comme formation essentielle dans le façonnage de leur démarche musicale. Mais quel rapport entre les krautrockers seventies allemands influencés par l'expérimental électronique et Stockhausen et le quintet bruxellois du présent millénaire? GMF: "Peut-être parce qu'ils incarnent le gap entre le rock et un certain funk, de manière frondeuse. Qui comblent le vide entre James Brown et AC/DC via d'autres sonorités. Aujourd'hui, un groupe comme Daft Punk a bâti une musique identitaire entre ce qui pouvait paraître comme des extrêmes." Citation French Touch mais avec l'idée de laisser la direction aller vers ce qui a été tenté en live ou en répétition.