On est rassuré: les rouflaquettes sont toujours là. Accrochés au visage de Gaz Coombes, les favoris en question sont un peu comme la dent cassée de Damon Albarn (Blur), ou la frange androgyne de Brett Anderson (Suede): l'un des éléments visuels incontournables de la Britpop, cette réponse anglaise au grunge américain des nineties. Il y a 20 ans maintenant, Coombes et ses camarades Mick Quinn et Danny Goffey sortaient le premier album de Supergrass, I Should Coco. Soit 40 minutes de power pop en mode commando, treize titres fendards, enchaînés pied au plancher. Cinq disques plus tard, le groupe a raccroché. Comme la plupart de ses contemporains d'ailleurs. D'Albarn à Jarvis Cocker (Pulp) en passant par les frères Gallagher (Oasis), tous sont passés par la case solo. Pour Gaz Coombes, elle n'est arrivée qu'en 2012, avec Here Come The Bombs. La piste est confirmée aujourd'hui par le nouveau Matador. Un disque où il ne cadre pas seulement mieux ses envies musicales, désormais libérées du carcan Supergrass, mais où il se laisse aussi aller à des confessions plus personnelles.
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On est rassuré: les rouflaquettes sont toujours là. Accrochés au visage de Gaz Coombes, les favoris en question sont un peu comme la dent cassée de Damon Albarn (Blur), ou la frange androgyne de Brett Anderson (Suede): l'un des éléments visuels incontournables de la Britpop, cette réponse anglaise au grunge américain des nineties. Il y a 20 ans maintenant, Coombes et ses camarades Mick Quinn et Danny Goffey sortaient le premier album de Supergrass, I Should Coco. Soit 40 minutes de power pop en mode commando, treize titres fendards, enchaînés pied au plancher. Cinq disques plus tard, le groupe a raccroché. Comme la plupart de ses contemporains d'ailleurs. D'Albarn à Jarvis Cocker (Pulp) en passant par les frères Gallagher (Oasis), tous sont passés par la case solo. Pour Gaz Coombes, elle n'est arrivée qu'en 2012, avec Here Come The Bombs. La piste est confirmée aujourd'hui par le nouveau Matador. Un disque où il ne cadre pas seulement mieux ses envies musicales, désormais libérées du carcan Supergrass, mais où il se laisse aussi aller à des confessions plus personnelles. Cela n'a l'air de rien, mais l'exercice n'était pas si évident pour le chanteur. "Tout cela est encore assez neuf. J'apprends encore comment faire." Sur le titre Matador, il chante d'ailleurs: "The hardest fight is the one you fight alone" ("Le combat le plus dur est celui que tu mènes seul"). Tout à coup, le personnage hirsute et débonnaire du clip d'Alright, le tube de 1995, semble très éloigné du musicien assis de l'autre côté de la table... A vrai dire, Coombes est une drôle de rock star (et on en est bien une quand on a vendu près de trois millions de disques). "Même au plus fort de notre succès, les filles ne nous couraient pas après. Je n'ai jamais eu non plus de paparazzi devant chez moi, par exemple." Un petit exploit quand on connaît la voracité de la presse people anglaise... Après un bref déménagement à Brighton, Coombes est ainsi retourné à Oxford, s'installant dans la maison de son enfance. "Tout ce monde du show-biz ne m'a jamais vraiment tenté. On s'est parfois amusé à flirter avec. Mais à chaque fois, on revenait chez nous, où tout le monde nous foutait la paix. Le fait est que mes potes sont plus intéressants que la plupart des célébrités que vous pouvez croiser dans les fins de soirée people." En interview, Coombes est le type même d'interlocuteur charmant, sympa, avenant. Tout autant qu'il semble vous filer en permanence entre les doigts, difficile à percer. A 1000 lieues en tout cas de l'image agitée de "wombat coincé dans une machine à laver", dixit le NME à l'époque d'I Should Coco. C'est peut-être une question d'expérience. Après tout, dès ses quinze ans, Coombes donnait des concerts un peu partout en Angleterre. Et quand il a obtenu son premier contrat avec une maison de disques, sa mère a dû contresigner: le jeune Gaz n'avait alors que 17 ans. Quelques mois plus tard, le premier single de Supergrass (Caught By The Fuzz) sortait... "Mon premier vrai choc musical, je l'ai eu à treize ans. J'étais dans ma chambre, j'avais mis le Pet Sounds des Beach Boys. A l'intérieur de la pochette de l'album, le livret revenait sur le parcours du groupe, la figure tragique de Dennis Wilson, l'éducation par un père abusif... Des larmes ont commencé à me monter aux yeux. Je n'ai plus arrêté de pleurer pendant tout le disque. Je n'avais jamais réalisé que la musique pouvait avoir également cet impact-là!"Aujourd'hui plus que jamais, c'est ce côté plus émotionnel des choses qu'a décidé d'explorer Coombes. "En prenant exemple sur des albums comme On The Beach de Neil Young ou The Man Who Sold The World de Bowie", avance-t-il avant de préciser, paniqué: "Non pas que je me mette à leur niveau!" Au moins, sur Matador, Coombes (39 ans au mois de mars) baisse un peu la garde. Comme quand il laisse voir une partie de ses démons les plus autodestructeurs. Dans Detroit, il menace par exemple: "I breathe in time to your beating heart/But there's a button I've got my finger on." Un doigt sur un bouton qui permettrait de tout faire péter? "Il y a en effet une partie de moi qui a parfois envie de tout envoyer valser, de me saborder, mentalement, physiquement. C'est encore quelque chose que je dois améliorer: comment traverser plus sereinement les coups durs? Spécialement quand vous avez des enfants, et que vous devez prendre un minimum soin de vous pour mieux vous occuper d'eux." En toute fin de discussion, il est encore question du morceau The Girl Who Fell To Earth, qui sans le vouloir ferait presque écho au Everyday Robots de Damon Albarn, sorti l'an dernier. "It's hard to see it's not enough/When you're blinded by computer love", chante ici Coombes. "Le morceau est inspiré par ma fille. Elle a onze ans. Elle est autiste, et je la retrouve souvent penchée sur son ordi. Ce n'est pas une critique, plutôt un constat. C'est sa manière de "dealer" avec certaines choses. Même si c'est parfois frustrant de ne pas réussir à entrer en contact. C'est ma belle petite extra-terrestre..."Exercice paradoxal, Matador réussit ainsi à être à la fois le disque le plus personnel de son auteur, tout en étant le plus éloigné de l'image qu'il a véhiculée jusqu'ici. Pourquoi alors avoir attendu aussi longtemps? "C'était moins évident avec Supergrass. D'abord parce qu'on partageait quasi toujours l'écriture des morceaux. Et puis il y a la question de la perception dans laquelle vous êtes enfermé: celle d'un groupe agité, absurde, gentiment dingo. Ce que je suis en partie! J'ai toujours le même sens de l'humour déplorable, je vous rassure. Mais musicalement, il y a peut-être davantage à creuser."