Le rock dur est partout. Autrefois cantonné à un public de niche, il infiltre désormais les colonnes des médias généralistes et les salles de concert, là où on ne l'attend pas. Récemment, le prestigieux Bozar invitait ainsi Constantine Skourlis, bricoleur sonore inspiré par le death metal. Europalia 2019 embarquait ensuite les Indonésiens de Karinding Attack. Sans oublier l'Ancienne Belgique (Deafheaven, Amenra...). Loin d'être un bleu dans ce domaine, Dour coiffait ce samedi 13 juillet d'une scène "avant-garde métal". Si elle reste soumise à débat, cette appellation avait le mérite d'aligner sept formations furieusement passionnantes.

T-shirts noirs, lettrines démentes, vestes à patch... Pas de doute, le paysage vestimentaire de Dour a radicalement mué, depuis la surenchère de survêtements street la veille. Point de tresses reggae dans la Salle Polyvalente totalement dédiée au dub la veille. Menu du jour? Des découvertes métal mémorables en début d'après-midi et des légendes en soirée. Signé sur le label US Deathwish (Deafheaven, Fucked Up, Wovenhand...), Birds in Row déballe une fureur presque adolescente sur le coup de 16h. Amaury Sauvé, leur chanteur, hurle avec émotion. Soit du screamo et post hardcore au bord de la rupture qui revenait brillamment aux affaires après six ans de silence.

Birds in Row © Michi-Hiro Tamaï

Dour a toujours eu le chic de confronter les genres musicaux et les âges. Les deux grands-mères de 80 ans postées à l'avant-scène de Wiegedood illustraient à merveille cette tradition de clash. Dignes représentants de la nouvelle génération post black metal, ce trio flamand alignait les morceaux atmosphériques et infiltrait des mélodies dans des murs du son titanesque. De leur nom (traduisible par "mort subite du nourrisson") à celui de leurs albums ("les morts se portent bien"), le trio qui caste notamment un membre d'Amenra cultive une tristesse morbide absolue. Sublime. Mais son agenda est bien vivant puisqu'il aligne les tournées en Europe et dans le monde.

Wiegedood © Michi-Hiro Tamaï

Après le passage en demi-teinte de Yob dont le doom guttural ne déchaînait pas les passions, Electric Wizard ouvrait grand les portes de la soirée "avant-garde métal". Les Britanniques qui ont réécrit l'histoire du doom à coups de volume dans le rouge, distorsions et riff stellaires sur Come My Fanatics (il y a plus de vingt ans) alignait des versets stoner hypnotiques à souhait. Le tout dans une salle archicomble et conquise.

Neurosis © Michi-Hiro Tamaï

Clou (dans le cercueil) de la soirée, Neurosis emmenait enfin la Salle Polyvalente dans une incroyable balade nocturne, en forêt. Des moments de doute. Des frousses intenses. Puis toujours, un combat titanesque contre une créature terrifiante. Leurs morceaux se vivaient comme des aventures vénéneuses doom et industrielles. Le légendaire groupe au phrasé ralenti (après des débuts punk hardcore) est selon la BBC "la réponse définitive du métal au 21e siècle". Emmené par les voix lyriques (jamais exagérées) de Steve Von Till et Scott Kelly, leur cathédrale sonore bouclait la messe par le spectaculaire avec At The Well. Epique, exactement à l'image de cette journée métal à Dour.