"Tower Records a été le seul endroit où j'aurais pu trouver un job, à cause de ma putain de coupe de cheveux." Et Dave Grohl de lâcher sa généreuse denture dans un grand rire chevalin. Le jobiste des futurs Foo Fighters parle de toute évidence de sa période pré-Nirvana, fauchée. "C'était comme des amis", précise Elton John, qui dans la première partie des seventies, superstar absolue aux États-Unis, multiplie ses shoppings dans les différents magasins qui occupent désormais des dizaines d'endroits aux USA. L'Anglais boulimique quitte rarement Tower sans plusieurs dizaines de vinyles, et filmé par une télé, ce que pratique à échelle plus modérée Bruce Springsteen. "La première chose que je faisais quand je débarquais dans une ville, c'était une visite au Tower local!", précise le déjà Boss. Ces témoignages font partie d'un documentaire d'1 heure 30 sorti en 2015, baptisé All Things Must Pass: The Rise and Fall of Tower Records. Faisant allusion au titre du disque fameux de George Harrison, le réalisateur du film, Colin Hanks -acteur, producteur et fils de Tom- témoigne d'une aventure à l'américaine: ces stéroïdes qui rendent la gloire aussi ample et dure que la chute, au final, ne le sera. Parce qu'au début, rien ne présage -vieux synopsis ricain- qu'un simple Jewish Boy de la côte Ouest, va lancer cette chaîne de disques d'origine californienne, devenue mondiale. Russell Solomon (1925-2018) fait partie de ces (relatifs) inconnus qui façonnent l'Histoire de la rondelle plastique à partir de débuts quasi artisanaux.
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"Tower Records a été le seul endroit où j'aurais pu trouver un job, à cause de ma putain de coupe de cheveux." Et Dave Grohl de lâcher sa généreuse denture dans un grand rire chevalin. Le jobiste des futurs Foo Fighters parle de toute évidence de sa période pré-Nirvana, fauchée. "C'était comme des amis", précise Elton John, qui dans la première partie des seventies, superstar absolue aux États-Unis, multiplie ses shoppings dans les différents magasins qui occupent désormais des dizaines d'endroits aux USA. L'Anglais boulimique quitte rarement Tower sans plusieurs dizaines de vinyles, et filmé par une télé, ce que pratique à échelle plus modérée Bruce Springsteen. "La première chose que je faisais quand je débarquais dans une ville, c'était une visite au Tower local!", précise le déjà Boss. Ces témoignages font partie d'un documentaire d'1 heure 30 sorti en 2015, baptisé All Things Must Pass: The Rise and Fall of Tower Records. Faisant allusion au titre du disque fameux de George Harrison, le réalisateur du film, Colin Hanks -acteur, producteur et fils de Tom- témoigne d'une aventure à l'américaine: ces stéroïdes qui rendent la gloire aussi ample et dure que la chute, au final, ne le sera. Parce qu'au début, rien ne présage -vieux synopsis ricain- qu'un simple Jewish Boy de la côte Ouest, va lancer cette chaîne de disques d'origine californienne, devenue mondiale. Russell Solomon (1925-2018) fait partie de ces (relatifs) inconnus qui façonnent l'Histoire de la rondelle plastique à partir de débuts quasi artisanaux. La vastitude du bazar Tower est impressionnante et puis aussi, les lieux, soigneusement choisis. On visite celui du Sunset Strip de Los Angeles, là où les maisons de disques ont pris l'habitude d'annoncer les nouveautés discographiques sur des billboards géants. Genre le Diamond Dogs de Bowie qui s'étale dans toute la flamboyante splendeur de son design signé Guy Peellaert. Une façon d'englober la nouveauté discographique dans un commerce qui, lové au coeur de la cité des péchés, fait plus de 3.000 mètres carrés. Dès la fin des années 80, on fréquente aussi sur l'autre côte américaine, le Tower Records principal de New York, à Greenwich Village. Quatre étages sur Broadway/4th Street, bourrés jusqu'à la gueule de LP, singles, CD et cassettes. Il s'agit autant d'un magasin que d'une immense discothèque mémorielle, d'un gros bout de continent rock/pop/jazz/blues et autres, ancré dans Manhattan. Une tranche d'héritage musical mondial. Avec même des raretés européennes comme les disques de Front 242 ou des machins alternatifs français introuvables à Bruxelles. Sur cette époque, sur Internet, on trouve des témoignages uniques de consommateurs, parlant de "rapports particuliers avec ces magasins de disques", dont celui d'un anonyme qui explique: "Pour moi, aller à Tower Records New York, c'était comme visiter le Metropolitan Museum ou assister à un match de NBA. Ça demandait un certain investissement. Être à l'intérieur du magasin était peut-être plus important que d'y faire des achats. Et peut-être en parcourant les allées de disques, il y avait le plaisir inouï de tomber sur un musicien qui allait faire une performance ce jour-là." La chaîne dépasse son rôle de diffuseur et devient donc un acteur, majeur de l'industrie américaine. Le seul concurrent sérieux de Tower s'incarne dans l'autre enseigne internationale que sont les Virgin (Mega)stores de Richard Branson. Avec comme navire amiral, un énormissime magasin planté depuis 1996 sur Times Square: d'interminables escalators, des espaces en sous-sol et la sensation d'une caverneuse station de métro de 5.574 mètres carrés. Vendant aussi de fabuleux assortiments de blues, soul et de jazz, en plus du tout venant Top 100. On peut franchement passer deux-trois heures dans la caverne d'Ali Records... Quand elle ferme en 2009 -comme les autres Megastores-, la franchise de Times Square est bien sûr victime de la dématérialisation de la musique, même si la société s'est partiellement reconvertie au digital, ventes d'iPods comprises. Sa mise à mort -parallèle à celle de Tower Records- est également signée par le prix de location des espaces commerciaux américains. Lorsque la société immobilière qui rachète Virgin Entertainment Group North America en 2007 découvre le prix de location du Méga au mètre carré -54 dollars- elle s'étrangle. Vu qu'à Times Square, ce serait plutôt...700! Exit le Virgin et ses 200 employés, virés au profit du magasin de vêtements Forever 21. Tower Records est donc le bébé de Russell Solomon, mort en 2018 à l'âge très rock'n'roll de 92 ans. Ce Californien à tête de hobo grandit pendant la Grande Dépression, délaissant assez vite l'école pour fréquenter le business tout-terrain dans le cadre du magasin paternel, le Tower Cut Rate Drug Store, un bazar entre pharmacie, labo photo et pourvoyeur d'hygiène buccale. Les disques arrivent dans les sixties lorsque Solomon ouvre sa première boutique à Sacramento, prémices d'un empire ancré en musique qui, au fil des décennies, s'élargit aux bouquins, au matériel sonore et vidéo. Si Tower Records grossit aussi fortement tout au long des années 70-80, c'est aussi par symbiose avec une industrie discographique qui atteint alors son climax commercial. Même si Solomon ne le sait pas encore, sky is not the limit. Alors que le management des dizaines de Tower aux États-Unis semble en roue libre -ça picole, ça jointe en bossant-, l'ambition industrielle de Solomon exige sans cesse des agrandissements et des investissements d'envergure. Dévorants. Ils passent notamment par le lancement en 1983 du magazine Tower Pulse! Initialement gratuit, sa mise en vente payante en 1992 n'empêche pas la balance des coûts de s'enfoncer dans le rouge. La chaîne s'installe donc dans la plupart des grandes villes US, y occupant de vastes et coûteux espaces en location.Grand seigneur, grand visionnaire, Solomon imagine ses stores comme le croisement de la frénésie consumériste du rock avec le yuppisme coké façon Wall Street. Période où les poilus Van Halen, Mötley Crüe, Guns N' Roses ou Bon Jovi en vendent des tonnes, bientôt suivis par le raz-de-marée hip-hop. L'argent, à force d'être emprunté par Tower Records à coups de dizaines de millions de dollars, finit par coûter bien trop cher. Y compris en nouant des accords de franchises avec pas moins de dix-sept pays -du Canada aux Philippines- embarqués dans une aventure qui prend l'eau peu à peu. En 2004, Tower Records, se met une première fois en banqueroute volontaire selon le procédé Chapter 11 qui permet une reprise et/ou une recapitalisation par autrui. Mais le piratage internet, un management décidément bancal et des discounts de masse provoquent un second Chapter 11 deux ans plus tard. La société Great American Group rachète les avoirs de Tower, estimés à 100 millions de dollars -l'équivalent de sa dette...- et liquide tous les magasins à l'automne 2006. Depuis lors, seul le Tower Records japonais, financièrement indépendant de la multinationale américaine depuis 2002, continue d'exister. Voire de prospérer via ses 80 magasins à travers l'archipel, dont le Tower Records de Shibuya -quartier tokyoïte majeur-, de 5.000 mètres carrés sur neuf niveaux. Personne n'attendait donc vraiment la renaissance d'un Tower Records 2.1, même en forme exclusivement virtuelle. Le site, opérationnel depuis novembre 2020, vend du disque mais aussi du merchandising, du matos de lecture son, des machins hip-hop. Le tout, avec quelques exclusivités ou raretés Tower Records, comme le Nite Versions de Soulwax en vinyle blanc et rose: 16,95 euros plus frais de port... S'y ajoutent le retour du magazine Pulse on line et les shows inédits sur Instagram. Avant un come-back en magasin physique?