"Je suis tombé de la scène vers le public et j'ai entraîné mon ampli dans la chute. Mon guitariste est aussi tombé vers l'avant, dans le même style. Depuis lors, on s'est un peu calmé au rayon alcool." Le rire est par contre toujours aussi tourbé qu'un malt ancien. Sans parler d'une trogne qui peut aussi servir de cartographie à une vie bien remplie depuis la naissance à Boom, province d'Anvers, le 7 juin 1944. L'anecdote se ramasse lors d'une de ces troisièmes mi-temps alcoolisées au début des années 90, lorsqu'on croise Roland au sein de Charles et les Lulus. Un side project live animé avec son pote Arno et deux autres musiciens -l'organiste Adriano Cominotto et le batteur Piet Jorens- le temps d'un album éponyme composé de reprises blues venues du fond de la gorge. Forcément éraillée, comme les prestations scéniques nonformatées du quatuor: sur la scène gantoise du Vooruit, Roland se fait raser la barbe en live. Pour le plaisir de redevenir une illusion jeune, en geste surréaliste. Roland a alors 46 ans. Pas loin de là et de trois décennies plus tard, on retrouve l'Anversois dans sa tanière gantoise, dans le sous-toit d'un ancien bâtiment industriel. Il nous sert un champagne artisanal -il est quand même quinze heures...- en provenance d'un bled est-français où le Roland a dégoté un logement rustique où il va faire ce qu'il préfère: l'homme des cavernes musical. Il y a aussi des guitares par dizaines, de toutes sortes, des merveilles acoustiques ou pas, dressées comme autant de signes boisés de décennies dingues où jouer reste comme une permanente et incertaine carte de poker. Des stocks de vinyles sont déposés au sol d'une large et bordélique piaule où -juste un exemple- le frigo sert de bibliothèque. On en revient aux Lulus: "Le rasage était un geste symbolique parce que c'était le dernier concert avec les Lulus. Arno dit que c'est la meilleure chose qu'il ait jamais faite... Je l'ai rencontré à la fin des années 60, peut-être bien à La Chèvre Folle d'Ostende, quand je faisais mon service à la Farce Navale (sic) . Et moi, j'étais sur le l...