Il fallait bien que ça lui tombe dessus un jour ou l'autre... Depuis 1999 (l'album Profools), Daan (Stuyven) trace sa route, assez unique dans le paysage belgo-belge, à un rythme soutenu. Entre ironie arty-pop et épaisseur rock, et avec quelque six albums studio au compteur (et au moins autant de digressions, entre live, acoustique et musiques de films), dont trois ont atteint le disque d'or, un quatrième terminant même platine (Simple)... Le succès finit cependant toujours par demander sa rançon. En 2013, au festival anversois Linkerwoofer, un Daan passablement éméché agaçait son groupe au point de le voir se barrer, laissant son patron se débrouiller tout seul sur scène. Malaise. L'an dernier, le coffret rétrospectif Total venait appuyer l'idée que le chanteur arrivait peut-être à un tournant. Ou à un point de saturation. En coulisses, il est le premier à s'en rendre compte. La plume s'est desséchée, l'envie a disparu. Le burn out n'est pas loin.
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Il fallait bien que ça lui tombe dessus un jour ou l'autre... Depuis 1999 (l'album Profools), Daan (Stuyven) trace sa route, assez unique dans le paysage belgo-belge, à un rythme soutenu. Entre ironie arty-pop et épaisseur rock, et avec quelque six albums studio au compteur (et au moins autant de digressions, entre live, acoustique et musiques de films), dont trois ont atteint le disque d'or, un quatrième terminant même platine (Simple)... Le succès finit cependant toujours par demander sa rançon. En 2013, au festival anversois Linkerwoofer, un Daan passablement éméché agaçait son groupe au point de le voir se barrer, laissant son patron se débrouiller tout seul sur scène. Malaise. L'an dernier, le coffret rétrospectif Total venait appuyer l'idée que le chanteur arrivait peut-être à un tournant. Ou à un point de saturation. En coulisses, il est le premier à s'en rendre compte. La plume s'est desséchée, l'envie a disparu. Le burn out n'est pas loin. C'est à ce moment-là qu'intervient le photographe Peter De Bruyne. Avec Daan, ils se connaissent bien, s'apprécient, ont même déjà collaboré ensemble. Une question d'affinités. "J'ai toujours été attiré par l'image (Daan a commencé comme graphiste, NDLR). C'est un peu comme ma femme, tandis que la musique est ma maîtresse. Même si ça fait 24 ans que ça dure" (rires). Ce qu'il apprécie en particulier dans les clichés de Peter De Bruyne? "Ses sujets ne sont jamais particulièrement spectaculaires ou démonstratifs. Ça peut être la façade d'une maison belge quelconque, par exemple. Mais il en donne une interprétation violente, souvent abstraite, toujours très poétique. Et puis, comme moi, il a travaillé dans la publicité. On lèche un peu les mêmes blessures (rires). Ce que l'on fait aujourd'hui, c'est un peu une revanche sur l'époque où l'on devait travailler pour quelqu'un d'autre, avec des exigences très strictes, un cadre très clair..."Tout ce dans quoi Daan a justement l'impression d'être finalement retombé. Peut-être pas dans le métro-boulot-dodo d'un 9-17 h, mais bien dans ce qui ressemble de plus en plus à une carrière, avec tout ce que cela peut impliquer d'obligations... Peter De Bruyne fait alors une proposition au musicien: pourquoi ne pas s'offrir une petite mise au vert? Il prendrait son appareil, Daan emporterait sa guitare, un micro et un ordinateur pour s'enregistrer. Sans ambition aucune, ni pression. Juste pour voir ce qui se passe... "L'idée était de retrouver mon lien privé avec la création, de façon naïve et très intime. Ce que j'avais fini par perdre ici, où tout ce que je produis est vite ramené dans le cadre d'un album. La démarche n'est plus aussi pure..." Accompagné d'une mini-équipe de la VRT (une caméraman-réalisatrice et un preneur de son, qui réaliseront un documentaire pour Canvas), le duo se barre donc en Espagne, pour une première grosse semaine, au fin fond de la Catalogne. "On avait pensé aux Etats-Unis. Mais c'était du déjà-vu. Pareil avec l'Islande. En Espagne, Peter avait déjà fait des repérages dans la région et confirmait qu'il n'y avait rien à y faire (rires). Quand on a vu que le Lonely Planet ne disait pas un mot sur le coin, cela nous a confortés dans notre choix."Sur place, Daan coupe l'auto-radio, éteint le poste de télé de l'hôtel. Dans le documentaire, on les voit, tels Don Quichotte et Sancho Panza, perdus dans un décor de western désertique. "Là-bas, le vide et le silence étaient notre luxe." Planté devant une dentelle de rochers couleur paille, le chanteur commence par exemple à gratter sa guitare et à faire sauter les cordes et les notes... Là, au milieu de rien, il s'amuse. "C'est assez étrange de voir ce qui se passe quand vous vous coupez d'un maximum de stimulations extérieures. Cela fait presque court-circuit. Votre esprit s'agite dans tous les sens, il a perdu tous ses repères. Vous pouvez vous retrouver en état de surexcitation devant un champ de blé, à fantasmer sur leur input, par exemple (sourire)... Après deux jours, j'avais retrouvé une certaine légèreté, une gaieté presque schtroumpf (sic). Je croisais plein de petits animaux, dont les bruits étaient dans des fréquences très hautes. Alors que je venais d'accords mineurs très lourds au piano, je me surprenais à jouer plein de 32e notes et de 16e notes très sautillantes." Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est donc encore la musique qui sauve Daan de... la musique. Sans qu'il soit question pourtant de penser à un nouveau disque. Même quand il rentre chez lui, il n'a aucune idée de ce qu'il va faire des musiques qu'il a stockées dans son ordinateur. "Et puis, par nostalgie, vous prenez du plaisir à vous replonger dedans. Comme je suis quand même chanteur, j'ai commencé à imaginer des paroles. Et, sans le vouloir, j'ai fini par me retrouver avec une quinzaine d'ébauches de morceaux. J'ai bien essayé de nier l'affaire. Mais à un moment donné, vous finissez quand même par vous dire que c'est dommage de ne pas aller jusqu'au bout." Le résultat s'appelle donc Nada. Soit le mot "rien" en espagnol, et l'anagramme de... Daan. Ce n'est probablement pas un hasard, tant l'album se veut personnel, sans filtre. Hormis l'italo-hispano-dance tongue-in-cheek de Bala Perdida, le reste de l'album semble abandonner l'ironie habituelle du chanteur. Aujourd'hui, Daan l'assure, il est même un "homme heureux". "Après, je développe quand même une certaine empathie. C'est difficile de ne pas être miné par ce qui peut se passer autour de moi. Mais fondamentalement, je ne suis pas quelqu'un de malheureux..." C'est la bonne nouvelle du jour. Même si tout n'est évidemment pas si simple. "The problem's my imagination", confesse-t-il par exemple sur Temptation. "Disons que le souci est surtout de la faire correspondre à un moment donné avec la réalité. Ou simplement qu'elle soit compatible avec la vie, avec les autres" (rire). On se disait bien...