On passe devant 77, groupe de Laeken et fier de l'être sur la Blue Stage. Le "nouveau phénomène du rap bruxellois" paraît davantage comme le syndrome d'un large sillon Damso/Romeo qui embarque aussi des suiveurs moins talentueux : un peu comme en (19)77 justement où il y avait Clash et puis aussi les UK Subs. On n'a pas grand-chose à dire de Stikstof, collectif bruxellois exprimant en ménapien son sens du hip hop collectif si ce n'est que comme Niveau 4 le samedi, une bonne partie des spectateurs flamands est précisément là pour çà : les lois de sélection naturelle feront aimablement le tri d'ici deux-trois ans. D'ici là, qu'adviendra-t-il de Masego, né en Jamaïque il y a 25 ans, avec des racines sud-africaines, vivant aux Etats-Unis. Sans doute le seul endroit où son TrapHouseJazz peut pareillement circuler dans l'essoreuse des musiques urbaines. Accompagné d'une DJette, la grande tige en ceinture Vuitton et socquettes blanches en sandales ouvertes (...), ...

On passe devant 77, groupe de Laeken et fier de l'être sur la Blue Stage. Le "nouveau phénomène du rap bruxellois" paraît davantage comme le syndrome d'un large sillon Damso/Romeo qui embarque aussi des suiveurs moins talentueux : un peu comme en (19)77 justement où il y avait Clash et puis aussi les UK Subs. On n'a pas grand-chose à dire de Stikstof, collectif bruxellois exprimant en ménapien son sens du hip hop collectif si ce n'est que comme Niveau 4 le samedi, une bonne partie des spectateurs flamands est précisément là pour çà : les lois de sélection naturelle feront aimablement le tri d'ici deux-trois ans. D'ici là, qu'adviendra-t-il de Masego, né en Jamaïque il y a 25 ans, avec des racines sud-africaines, vivant aux Etats-Unis. Sans doute le seul endroit où son TrapHouseJazz peut pareillement circuler dans l'essoreuse des musiques urbaines. Accompagné d'une DJette, la grande tige en ceinture Vuitton et socquettes blanches en sandales ouvertes (...), balance des morceaux qui n'ont jamais l'air ni de vraiment débuter ni de trouver d'happy end. Teinté de jazz, ce répertoire brouillon renvoie à une analyse discographique, histoire de piocher des pistes.Marlou malingre 137 millions de vue pour With That et la barre des 200, franchie pour Best Friend : Young Thug -né en 1991 à Atlanta- est une boulette chaude du moment. Du genre gouape et gouaille bizarre, comme dans la vidéo de With That où les têtes des protagonistes, la sienne comprise, gonflent ou diminuent à volonté. Comme sa prolifique collection de mixtapes, hémorragie d'improbables collages de mots qui fuient toute narration évidente. Le tatouage-piercing banalisé et un casier judiciaire plus chargé que l'haleine de (feu) Michel Daerden un jour de communion solennelle : le marlou malingre est l'une des baleines de CC 2018. Reste à savoir comment flotte le flow. D'abord via une intro interminable où le DJ enfile une demi-douzaine d'extraits de titres de XXXTentacion, rapper US controversé -pléonasme- tué en Floride le 18 juin. Quand le Jeune Voyou paraît enfin, dressé en cascade de perles (...), c'est l'hystérie instantanée, les infrabasses monstrueuses draguant des lyrics de toute façon peu compréhensibles. Mais le jeune public des 15-20 ans s'en fout, ce qui en dit long sur la fascination actuelle pour le rap, y compris au sein de ceux qui sont loin d'être du produit de ghetto. Ce n'est pas nouveau -NTM en joue depuis vingt ans au moins- mais la tendance s'accélère : pourquoi au fond ?Les fesses de MamyLa venue de Calypso Rose à CC en fin d'après-midi au Théâtre de Verdure, pousse une question sur l'avenir des musiques du monde : en-dehors de Fatoumata Diawara et des franco-cubaines d'Ibeyi, la relève, en tout cas à l'événement bruxellois, semble plutôt évanescente. D'autant que le buzz 2018 accompagne une chanteuse de 78 ans, Calypso Rose, improbable curiosité de Trinité-et-Tobago qui le serait restée si Manu Chao ne lui avait produit en 2016 un album pour le label parisien Because Music (Chao, Christine & The Queens, Charlotte Gainsbourg). Rien de génial mais le plan soudain d'une exotique mamy entrainante, provoque un disque d'or en France : la fameuse bonne humeur rythmée propice à nettoyer l'époque anxiogène. Sur scène, le scénario est moins enthousiasmant : la dame débarque appuyée sur une béquille humaine, et lance un calypso dont la vitalité tient surtout aux six musiciens et aux deux choristes. Mamy tortille des fesses et raconte des histoires interminables, sur Trump ou sur les madams. Cela sent un peu le thé dansant brumeux du quatrième âge et, du coup, on comprend mieux pourquoi elle interdit les photographes. Moralité : toutes les vieilles femmes des îles ne sont pas Cesaria Evora. Reproduction autoriséeSi le reggae semble conserver un large public à CC, on ne peut pas dire que le headliner Ziggy Marley, habitué du festival, crée la surprise. Trente ans après l'avoir filmé et interviewé lors d'un premier concert belge à Anvers -aujourd'hui, il a interdit les photos- le fils aîné de Bob perpétue benoitement l'héritage du pater. S'il en possède les caractéristiques physiques et quelques accointances vocales, la filiation s'arrête là : les chansons de Ziggy n'approchent jamais le niveau christique planétaire de Bob. La trace paternelle est plus performante au rayon reproduction, avec six enfants au compteur, Bob étant là aussi, toujours en tête. Ceci dit, maintenant que CC semble avoir retrouvé public et équilibre financier, reste la question quasi-ontologique: comment ne pas se laisser totalement vampiriser par l'urbain, ricain, belge ou autre, sous peine de perdre les plus de trente ans, peu intéressés par le rap et ses sous-genres générationnels ? Les enfants, qui crapahutent aux arbres de la canopée, blondeurs dans les feuillages du Parc d'Osseghem, s'en foutent. Pour l'instant en tout cas.