Leurs chansons questionnent le genre, parlent de sexe et de masturbation. Leur nouvel album a été produit par Steve Albini. Et leurs concerts ne dépassent jamais la demi-heure. Emmenés par Aurélie Poppins, bien plus trash et destroy que sa lointaine cousine Mary, les Liégeois de Cocaine Piss sont ce qui est arrivé de plus brutal, radical et vindicatif au rock wallon depuis un bail. Sauvage et définitivement pas sage, Cocaine Piss est un Perfect Pussy qui se serait perdu entre Sclessin et La Zone. Un groupe de mecs qui fait du bruit emmené par une nana déchaînée qui s'égosille. Symptôme belge d'une nouvelle génération de rockeuses déterminées qui ont des choses à hurler à la face un peu trop masculine du monde.
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Leurs chansons questionnent le genre, parlent de sexe et de masturbation. Leur nouvel album a été produit par Steve Albini. Et leurs concerts ne dépassent jamais la demi-heure. Emmenés par Aurélie Poppins, bien plus trash et destroy que sa lointaine cousine Mary, les Liégeois de Cocaine Piss sont ce qui est arrivé de plus brutal, radical et vindicatif au rock wallon depuis un bail. Sauvage et définitivement pas sage, Cocaine Piss est un Perfect Pussy qui se serait perdu entre Sclessin et La Zone. Un groupe de mecs qui fait du bruit emmené par une nana déchaînée qui s'égosille. Symptôme belge d'une nouvelle génération de rockeuses déterminées qui ont des choses à hurler à la face un peu trop masculine du monde. Aurélie est née en 1985 à Rocourt et a grandi dans le sud du Luxembourg. Elle est tombée dans les Bérus et le punk français à l'adolescence. "J'avais quatorze ans et j'ai ressenti des émotions de malade. Ça m'a vraiment transformée, ça m'a montré qu'il y avait de la place pour d'autres idées. Tout le monde n'avait pas Internet à la maison comme aujourd'hui. Je traînais dans un café avec plein de punks: Les Cigales à Arlon. Un bar en face de la gare comme tous les bars en face des gares. On pouvait glisser nos CD dans le juke-box, même si on devait payer après pour les écouter. On se retrouvait aux concerts aussi, on se donnait rendez-vous aux Nuits de l'Entrepôt. C'était l'époque des Sales Majestés, celle du punk messin." À la terrasse du Reflektor sous un soleil surprenant pour un début octobre, Aurélie se marre, se boit une bière et se roule une clope. Elle explique avoir arpenté, curieuse, l'histoire du punk et s'être tournée vers des groupes plus hardcore. "À un moment, j'ai découvert qu'il y avait des nanas aussi et j'ai flashé sur The Distillers. Leur chanteuse (Brody Dalle) restait un peu girly et il y avait déjà Courtney Love dans un genre plus mainstream mais la bassiste était vraiment bad ass. J'avais plein de photos d'elles dans ma chambre. Pour une petite adolescente qui est pas bien dans sa peau, qui est pas bien dans son corps, qui sait pas vraiment comment elle s'appelle, voir ces gonzesses qui s'assumaient complètement, ouvraient leur gueule et n'en avaient rien à foutre, c'était vraiment la grosse claque." Peaches et la scène Queer de Berlin lui en mettent une autre. "J'ai aussi entretenu une fascination, si pas pour la musique de Placebo, pour le personnage de Brian Molko."Fille de psychologues, Aurélie a, comme sa soeur, suivi les traces parentales. Elle a étudié la psycho à l'ULB et a prolongé avec un doctorat. À Bruxelles, elle découvre les Bikini Kill, L7 et toutes les Riot Grrrls. "Ce que j'aime le plus, c'est leur côté empowering. Vas-y. Fonce. D'autres l'ont fait avant toi. Ça a quelque chose de très rassurant. Parfois, ce n'est pas évident d'être une nana sur scène. Ce que les gens crient, je m'en branle. Un connard ne va pas m'empêcher de dormir. Reste qu'à un moment, tu te prends la petite blessure vite fait dans la tronche."Traîner avec des punks, entendre d'autres histoires de vie, se retrouver dans des cafés avec des mecs qui se boivent des bières à sept heures du mat'... la chanteuse de Cocaine Piss, qui a décroché du secteur académique mais écrit actuellement avec une copine d'Harvard, a été à bonne et rock'n'roll école. "On vit dans un monde terriblement injuste. Ne pas être en colère n'est pas une option. Il y a deux positions au final: se la jouer fâché, continuer d'être écoeuré par ce qui est écoeurant, ou une attitude passive de résignation. Ce n'est pas le genre de comportement que je peux adopter." Aurélie se souvient de son premier "mouv politique" avec un sourire aux lèvres. C'était après le 11-Septembre et les frappes punitives en Afghanistan. "J'avais réussi à faire sauter une heure de cours pour une manif dans la cour de récré. La télé locale était venue. C'était ridicule mais j'étais contente." Créé il y a trois ans à Liège avec quelques-uns de ses vieux potes "luxembourgeois"("c'était un peu pour déconner et on avait besoin d'une première partie"), Cocaine Piss a enregistré son deuxième album, l'expéditif et décapant The Dancer, à Chicago avec Steve Albini (Nirvana, Pixies...). "Steve gère les aspects techniques avec un savoir-faire incroyable mais ne livre jamais la moindre opinion artistique. Quand il dit: "It's great", je pense qu'il kiffe le truc. Il chantonnait même les chansons quand il allait pisser." Des déflagrations punks, noisy et furieuses qui dépassent rarement la minute 30..."Quand tu es dans un groupe, tu es bien au courant que tu es une fille. On te le rappelle souvent. Je suis vachement consciente de posséder des ovaires et tout l'équipement qui va avec. Du coup, ça amène sans doute un contenu différent sur les paroles."La question des genres n'est pas nouvelle. Elle passionne Aurélie depuis l'adolescence."De par mon parcours personnel. Être une fille, avoir un corps de fille. Nier le fait de l'être au point qu'on t'appelle monsieur. À un moment, je m'habillais avec des futes larges, de gros sweats et j'avais les cheveux plus ou moins rasés. Du coup les gens m'appelaient "jeune homme". Je me disais: "Merde, je suis pas un mec". Mais si, en fait. Pas loin. Il y a un parcours personnel donc. Le fait d'être une fille ou de ne pas vouloir en être une. De papoter avec des drag-queens et d'avoir des discussions qui m'ont vachement éclairée. Je me sens vraiment bien dans ma peau de nana grâce à ce genre de conversations. Et en même temps, en parallèle, il y a un militantisme par rapport au queer dû au fait de voir des gens qui ont une vie de merde parce que leur corps ne colle pas avec la manière dont ils se sentent. Qui a décidé qu'on naissait hétéro?"Emmené par Veronica Torres, une Texane de 30 ans née à San Antonio et exilée à New York, Pill n'a pas non plus sa langue en poche. La jeune femme hurle moins que miss Poppins mais mène ses combats (harcèlement, avortement, questions de genre, capitalisme sauvage) sur des sonorités post-punk, noise, no wave et free jazz débridées. "Je pourrais prétendre que j'avais des posters des Slits et de L7 dans ma chambre, mais j'ai peur de n'avoir jamais été aussi cool que ça. Le rock m'a changée mais grâce à ceux et celles avec qui j'ai traîné. Trois groupes répétaient dans le sous-sol qui me servait de chambre. Impossible d'y échapper." Torres a fréquenté assidûment le Market Hotel, une salle Do it yourself de Brooklyn."Les filles que je côtoyais étaient toutes musiciennes. Madison (Farmer) par exemple, qui m'a donné mes premiers cours de basse, joue dans Nots et a tourné avec Chain and The Gang. Je vois encore Ian Svenonius répéter dans ma piaule." Pill est son premier groupe. Il y a peu, Veronica ne jouait encore d'aucun instrument. Elle a étudié la photographie et a travaillé pour Ryan McGinley."Plein de gens autour de moi utilisaient chacun à leur manière leur liberté d'expression. L'idée était de faire de la musique ensemble sans idée préconçue. Au début, je hurlais juste à tue-tête." Torres pèse ses mots, fait très attention à ne pas être cataloguée, emprisonnée dans les références."J'ai été comparée à un tas de femmes incroyables. Mais ce n'est pas possible. Je ne peux pas ressembler à la fois à Patti Smith, Lydia Lunch et PJ Harvey. Même si j'aimerais beaucoup. C'est juste que je suis une fille qui gueule. Je regrette qu'on ne me fasse pas davantage remarquer mes influences masculines. " Amateur d'une musique puissante, physique, intense comme celle d'un Swans, d'un Sun O))) ou d'un Lightning Bolt, Pill a le poing levé et le combat dans les veines. "Le concept d'angry woman est bizarre à mes yeux. D'hommes, on dirait qu'ils sont passionnés. Qu'ils ont une vision déterminée qu'ils essaient de communiquer avec force. Moi, j'ai juste le droit à "en colère".""Angry est pour nous un terme de jardin d'enfants, acquiesce Jon Campolo, son guitariste. Un bête mot pour évoquer ce qui peut être lié à des émotions aussi complexes que la passion ou la frustration..." Veronica écrit les paroles de Pill mais en parle toujours avec les garçons. Surtout quand il s'agit de sujets sensibles. "Est-ce du matraquage? Trop référencé ou explicite? La plupart de nos chansons viennent d'expériences personnelles. 90 % des filles que je connais ont été victimes d'attouchement déplacés. Et donc quand tu te lances sur des trucs pareils, tu dois vraiment faire très attention si tu ne veux pas mettre les gens mal à l'aise et les replonger dans ces situations merdiques. Ce sont donc des zones où on navigue en tant que groupe."Un groupe qui semble tout aussi politisé et engagé qu'elle. "C'est vraiment important d'avoir cet exutoire, clame Jon... Il y a beaucoup de raisons de se sentir paralysé par les news, d'avoir l'impression que l'inaction est la seule éventualité parce que tu n'as aucun moyen de délivrer et partager ton message. L'apathie a été très populaire dans la musique ces quinze dernières années. Cette attitude whatever avait la cote depuis trop de temps. J'ose penser que c'est en train de changer. La politique occupe l'esprit de plus en plus de monde. C'est peut-être davantage une question d'âge que d'époque. L'idée c'est vraiment: ressens quelque chose. Que tu nous aimes ou nous détestes, réagis au moins à notre putain de musique." Quand on s'étonne qu'un candidat à la présidence des États-Unis ait pu parler des femmes comme se l'est permis Trump, Torres termine sur des considérations plus terre à terre. "C'est un exemple extrême. Pense à la vie de tous les jours. À toutes ces filles qui n'arrivent pas à obtenir une promotion, qui souffrent de commentaires sur leurs tenues. On doit regarder en face notre propre culture pour le comprendre. Une culture qui a peur du changement, des différences en matière de race, de religion, de sexe. Vous ne vous rendez pas compte du pouvoir que vous avez en tant qu'hommes. Ne serait-ce que celui de marcher tout seul dans la rue la nuit."