Le Liverpuldien Bill Ryder-Jones, évadé de The Coral, le Danois Jacob Bellens de Murder (focus cette année sur le pays des vikings) et les Suisses de Peter Kernel... Mountain Bike, The K, Roscoe, Dans Dans et tant qu'on y est le formidable Lyenn... Du 10 au 12 décembre, du Handelsbeurs au Trefpunt, de l'eau bénite de la St-Jacobskerk au houblon du Charlatan, le Glimps proposera à Gand une grosse soixantaine de groupes et un petit aperçu de ce qui se fait d'intéressant et pourtant d'encore méconnu en musique aujourd'hui sur le vieux continent et ses îles.
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Le Liverpuldien Bill Ryder-Jones, évadé de The Coral, le Danois Jacob Bellens de Murder (focus cette année sur le pays des vikings) et les Suisses de Peter Kernel... Mountain Bike, The K, Roscoe, Dans Dans et tant qu'on y est le formidable Lyenn... Du 10 au 12 décembre, du Handelsbeurs au Trefpunt, de l'eau bénite de la St-Jacobskerk au houblon du Charlatan, le Glimps proposera à Gand une grosse soixantaine de groupes et un petit aperçu de ce qui se fait d'intéressant et pourtant d'encore méconnu en musique aujourd'hui sur le vieux continent et ses îles. Festival de découvertes et de professionnels, le Glimps est né en 2011 dans la trépidante, festive et universitaire ville de Gand. "Il y a six ou sept ans, les gens du métier fréquentaient déjà beaucoup les festivals étrangers mêlant showcases, conférences et music business, se souvient son directeur général Jeroen Vereecke. On s'est demandé pourquoi ce genre d'événement n'existait pas en Belgique. Les Pays-Bas avaient Eurosonic. L'Allemagne le Reeperbahn et le Danemark son Spot... On s'est dit que chez nous, un tel rendez-vous était taillé pour Gand, assez similaire finalement à Groningen."Le Glimps a une capacité de 2500 places. A attiré 2000 visiteurs l'an dernier parmi lesquels quelque 250 pros. Tourneurs, représentants de labels, programmateurs de salles et de festivals... On y croise beaucoup de Belges, de Hollandais et d'Allemands. Mais aussi pas mal de Scandinaves et une délégation de plus en plus étoffée en provenance des pays de l'Est. "Pour l'instant, nous en sommes à une dizaine de scènes et une septantaine d'artistes. Si nous arrivons à douze-treize spots et cent noms, ce sera très bien comme ça. Nous sommes, selon moi, la version belge d'Eurosonic mais nous ne voulons pas devenir aussi grand que lui. Il est là. Il est bien organisé. Ces festivals européens, je nous vois en fait un peu comme leur petit frère." Outre sa volonté clairement affichée de défendre la scène nationale, le but avoué du Glimps est aussi de créer un moment pour que les pros belges puissent se retrouver. "On avait déjà des récompenses, l'un ou l'autre award, mais finalement on croisait surtout tout le monde au VIP de Werchter." Ou pour les francophones sur les marches et sous les coupoles du Botanique pendant les Nuits. "On n'est pas très grand. Tout le monde n'est pas là. Mais ça se passe dans une chouette ville et une atmosphère cool qui permet le temps de la rencontre." "A Eurosonic, il y a tellement de pros que ça se limite à du "Bonjour, ça va? Passe voir mon groupe!", note Jean-François Jaspers de Jaune Orange, non sans avouer que le festival néerlandais est un accélérateur de carrière et a joué un rôle important dans la constitution de son réseau. L'Experimental Tropic Blues Band y a trouvé un tourneur pour la France et l'Espagne, assis sa réputation aux Pays-Bas. Piano Club y a été booké pour Montreux. Le Glimps (où JO a cette année droit à sa soirée, comme Nada Booking avant lui) nous offre déjà, lui, une belle occasion de présenter nos groupes sur la Flandre. Ce qui n'est pas toujours simple."Le BIME à Bilbao, le MaMa à Paris, la Tallinn Music Week, à cheval sur la Scandinavie et les Balkans, ou encore le Dong Dong en Chine... Les festivals pros, ces accélérateurs de carrière, ont poussé comme des champignons ces dernières années. "La situation est évidemment difficile pour la musique et ses structures. Mais le live a vraiment grandi et pris de plus en plus d'importance, reprend Jeroen Vereecke. Beaucoup plus d'artistes qu'avant cherchent des possibilités de tourner et de donner des concerts. Très jeunes, les musiciens comprennent que ça n'a pas de sens de rester dans leur pays. Que s'ils veulent gagner un peu d'argent et devenir pros, il faut que ça marche pour eux sur deux ou trois territoires.""Il faut préparer, cibler, fournir préalablement un travail substantiel pour s'adresser aux bonnes personnes et mettre ces événements à profit, explique JF Jaspers. J'ai parfois l'impression de lancer plein de bouteilles à la mer mais ça reste moins vaste que l'océan dans lequel on se trouve dans le monde de la musique aujourd'hui." Les festivals pros, il commence toutefois un peu à en revenir. "Le principe est super. Surtout pour des gens comme nous avec de multiples casquettes (label, tourneur, organisateur de concerts). Ça permet de voir plein de groupes, de rencontrer un tas de gens. Mais ces festivals sont tellement nombreux que ça commence à saturer." Cette année par exemple, il a décidé de ne pas se rendre aux Transmusicales de Rennes. L'événement "surinfluent" (en France essentiellement) emmené par Jean-Louis Brossard. "Les Trans, c'est le choix éditorial d'un mec écouté, avec une grosse aura, qui va jusqu'au bout pour aider les projets en lesquels il croit. Il les propose à des tourneurs, des maisons de disques. Mais le festival a pris une telle ampleur que tu y vois parfois des groupes trop jeunes pour les scènes sur lesquelles ils jouent." Comment, justement, se constituent les affiches de ces rendez-vous par des pros pour des pros mais généralement ouverts au public? Qui a la chance de s'en aller jouer devant le business avec les enjeux que ce genre d'événement comporte? "Depuis le début, on sollicite des gatekeepers, des opinion leaders afin qu'ils nous envoient des présélections, détaille Jeroen pour le Glimps. En gros, on leur demande les groupes qui vont le faire chez eux l'année suivante. On s'adresse à deux ou trois personnes par pays. Des programmateurs, des gens de la radio, des journalistes qui nous font parvenir des listes de cinq, dix, vingt, voire trente artistes parfois... Ensuite, le comité de programmation intervient. " Ils sont quatre à en faire partie et basent leur décision sur trois grandes questions. Est-ce que la qualité artistique est présente? Est-ce que cette musique peut s'écrire une histoire internationale? Et enfin, est-ce que le groupe possède un entourage qui lui permette de commencer un parcours? "Sans booker, manager ou label, juste avec de la musique, on préfère s'abstenir.""Les modes de sélection varient. Mais la plupart de ces festivals fonctionnent sur inscription, explique Julien Fournier du bureau d'export Wallonie-Bruxelles Musique. Pour Eurosonic, je demande des listes à quatre personnes: Paul-Henri Wauters (Botanique), Alex Stevens (Dour), Jean-Yves Reumont (Ardentes) et du côté de chez Pure FM. J'établis un classement de ces groupes et je défends ces projets auprès du programmateur. Lui me questionne sur les autres inscrits belges qu'il a écoutés. Même genre de fonctionnement au Great Escape, à Brighton. Là où le Reeperbahn semble davantage jouer sur ses réseaux." Si le Glimps est autant ouvert au rock qu'à la pop ou au jazz, il met l'accent sur une scène relativement alternative. Là où Eurosonic semble souvent dirigé par des considérations plus commerciales, orienté pour faire le buzz et axé sur des groupes susceptibles de parler au grand public. Des groupes qui vont vendre des disques ou l'espèrent... "Eurosonic a un peu la mainmise sur les gros nouveaux talents, remarque JF Jaspers. C'est là que les Anglais par exemple ont l'habitude de lancer leurs nouveaux projets. Des groupes qui ont déjà pris une solide ampleur, souvent après six mois. Mais le Glimps a sa légitimité. La découverte est présente. Le contact plus facile. Puis il remet le rock belge sur la carte." Du belge, il n'y a que ça au We Are Open programmé comme chaque année au Trix en février. "Un temps, à Bruxelles, la Boutik Rock avait le mérite d'exister. Mais si on ne veut faire que du belge, voire que du wallon/bruxellois, il faut trouver une vingtaine de nouveautés par an. Et puis intéresser des gens déjà fort sollicités. Ce que fait Wallonie-Bruxelles Musique sur Dour, y inviter des professionnels, n'est pas bête. Cela mêle la découverte locale à un festival installé." "C'est l'idée, commente Julien Fournier de WBM. Il n'y a aucun endroit dans le monde où autant de Belges jouent sur le même week-end. On essaie donc de recréer cette ambiance pro au sein d'un rendez-vous international doté d'une forte identité." Quitte à mettre en place des navettes entre l'hôtel des professionnels et le site du festival, pour qu'ils soient au bon endroit au bon moment... "Des gens comme Alex Stevens (Dour) et Paul-Henri Wauters (Bota) jouent des rôles importants de par leurs réseaux. Nous, dont c'est le boulot de vendre du belge, avec notre tronche institutionnelle, on a un peu le profil du représentant de commerce. On a des groupes à vendre. Paul-Henri et Alex, eux, ont des conseils à donner." Si les prix d'entrée des showcase festivals varient fortement (en mode pro: une cinquantaine d'euros pour le Glimps, 300 euros pour Eurosonic, environ 750 dollars pour SXSW), les rémunérations des artistes aussi. "A South By Southwest et Eurosonic, les groupes ne sont pas payés, conclut Jeroen. Chez nous, tout le monde a droit à un forfait de 300 euros. Ce n'est pas beaucoup, j'en conviens. Mais c'est déjà ça. On gère par ailleurs l'hôtel et on fournit le backline éventuel, ainsi que des amplis et des instruments qui permettent parfois d'épargner quelques frais de transport. C'est une discussion assez délicate. Les grands ont commencé quand il y avait encore beaucoup d'argent dans l'industrie du disque. C'était normal que les labels paient. Aujourd'hui, les choses ont changé: le statut de musicien s'est précarisé, et il gagne sa vie avec les concerts. Ce serait un peu hypocrite de prétendre vouloir aider les artistes mais de ne pas les payer quand on les fait jouer."