L'actu Dylan? La vente récente de son catalogue à 300 millions de dollars et l'annonce de l'ouverture en octobre 2022 d'un musée lui étant consacré à Tulsa, Oklahoma, promettant 100.000 artefacts. Rayon chiffres, il y aurait donc environ 600 repreneurs internationaux du répertoire de Bob pour 2.000 versions en cours. Casting inouï. Pas seulement en termes mathématiques, mais aussi par la réputation des coveristes: Beatles, Stones, Presley et des centaines d'autres, inspirés par un unique catalogue folk, rock, reggae, gospel, blues, country, born again et autre. Si Dylan était un extraterrestre -ce qui est probable-, il viendrait d'une exoplanète encore à découvrir. Mais au-delà de la personnalité fracturée, misanthrope et labyrinthique, de l'auteur-compositeur unique, sa capacité à séduire des tribus et des secteurs a priori peu perméables l'un à l'autre, impressionne. Chanter Dylan, c'est aussi arpenter les questionnements poétiques de la dernière partie du XXe siècle et de la première de celui-ci.
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L'actu Dylan? La vente récente de son catalogue à 300 millions de dollars et l'annonce de l'ouverture en octobre 2022 d'un musée lui étant consacré à Tulsa, Oklahoma, promettant 100.000 artefacts. Rayon chiffres, il y aurait donc environ 600 repreneurs internationaux du répertoire de Bob pour 2.000 versions en cours. Casting inouï. Pas seulement en termes mathématiques, mais aussi par la réputation des coveristes: Beatles, Stones, Presley et des centaines d'autres, inspirés par un unique catalogue folk, rock, reggae, gospel, blues, country, born again et autre. Si Dylan était un extraterrestre -ce qui est probable-, il viendrait d'une exoplanète encore à découvrir. Mais au-delà de la personnalité fracturée, misanthrope et labyrinthique, de l'auteur-compositeur unique, sa capacité à séduire des tribus et des secteurs a priori peu perméables l'un à l'autre, impressionne. Chanter Dylan, c'est aussi arpenter les questionnements poétiques de la dernière partie du XXe siècle et de la première de celui-ci. Le chanteur batave né en 1944 dans ce qui est encore l'Indonésie néerlandaise, balance l'une des bornes de Bob -The Times They Are a Changin'- dans les années 60 militantes. Dans la langue d'Alexander De Croo, très acoustique. Et cela le fait drôlement bien. A priori, ce groupe berlinois électronico-féminin, formé en 1981 et associé au mouvement Neue Deutsche Welle, est à l'intégral opposé de l'esthétique et de la morale bobbistes. Mais cette version des bobettes germaniques trouve une douceur qui surprend. Comme si la légende US calmait naturellement le propos: cataplasme Dylan? Jawohl! Avec -au moins- 24 interprétations du répertoire dylanien, le nonagénaire (1929) a été le premier musicien français à explorer dans la langue hexagonale des titres aussi fameux que Blowin' in the Wind (Dans le souffle du vent) ou Knockin' On Heaven's Door (Knock Knock ouvre-toi porte du ciel...). Et ce, dès le début des années 60, amenant au public francophone les textes américains, plutôt opaques dans leur version originale. Un petit plus pour l'album d'une autre grenouille, Francis Cabrel, qui en 2012, avec Vise le ciel, fait uniquement de reprises dylanesques, réussit le pari toujours complexe, d'amener l'idiome anglophone dans le sud-ouest et au-delà, avé l'accent.Pour la BO du culotté film de 2007 de Todd Haynes I'm Not There, une demi-douzaine d'acteurs -dont une femme- incarnent le personnage de Zimmerman à l'écran. Le groupe du pré-divorcé Thurston Moore chante avec passion, mais quand même comme une savate savonneuse emplie de bonnes intentions, le titre originellement bouclé en 1967, par le grand homme à Woodstock avec The Band.Toujours pour la BO du long métrage I'm Not There, l'apôtre americana s'attaque à un superbe titre de 1989, produit par Daniel Lanois. Essentiellement acoustique et dépouillé par Bob, accompagné à l'orgue et au piano. Stevens le pousse dans d'autres humeurs musicales, notamment via des cuivres nerveux qui défoncent les certitudes. Sacrée relecture d'un texte évoquant le sacré, passant ici de l'original vegan à la couverture carnivore. Les fans sixties du Bob folk-rock se retourneront dans leur tombe ou feront, pour les survivants, un procès mental à cette chositude d'un titre de 1969, issu de l'album bien-nommé Nashville Skyline. Groupe américain de métal-indus, Ministry jette en 1996 la chanson originale dans le grand chaudron subjectif de la cover: mur sonique vorace, vocaux de-chez-sépulcre, épices de psychédélisme maladif, beuglements et tremblements. Un genre en soi. Sur leur album Big City (2007), Stef Kamil Carlens & Co reprennent un titre sorti en 1991, originellement enregistré pour l'album Oh Mercy, produit par Daniel Lanois deux ans auparavant. Et laissé un bout de temps au frigo. Pour le coup, Zita Swoon ne parvient pas vraiment à transcender l'original, certainement l'un des plus beaux moments dylaniens post-sixties. Dommage.Avant le succès mondial du film Grease, sorti en 1978, où elle joue le rôle d'une lycéenne -alors qu'elle a déjà 29 ans lors du tournage- l'Anglo-Australienne Newton-John taquine avec gourmandise la chanson country. D'où cette version d'If Not for You, paru en 1970 sur leNew Morning de Bob. L'actrice-chanteuse ne s'éloigne pas vraiment de l'esprit campagnard de cette belle ballade amoureuse, à écouter également sur le légendaire All Things Must Pass de George Harrison (1970) et sur le Dylanesque de Bryan Ferry (2007).Le plus doué des (ex-)scientologues s'empare en 2009, sur le charity album War Child Presents Heroes, d'un des moments les plus charismatiques du dylanien et rock Blonde on Blonde, daté de juin 1966. Face au morceau de Bob, qui reconnaît sa filiation blues avec Lightnin' Hopkins, Beck accélère le tempo et le durcit. Du coup, avec ses coups de reins à l'harmonica et son boogie névrotique, on s'immerge dans un british blues, borne des années 60 à la Stones, ou plutôt à la John Mayall. Soulignant les allers-retours électriques entre les deux côtés de l'Atlantique, passé et futur.Repris par nombre d'artistes afro-américains majeurs -de Stevie Wonder à Nina Simone- Dylan a aussi accroché l'oreille de la légende Ellington. En 1965, ce dernier orchestre une version, en instrumental, d'un des plus fameux titres de Bob. Moins que la seconde partie de la version arrangée en puissant big band cuivré, ce qui intrigue ici, c'est la première minute évoquant une partition interprétée par des jouets ou un synthé primitif. Écoutable sur YouTube.