Benjamin Schoos reçoit dans les bureaux bruxellois de son label Freaksville, près de la gare du Midi. À l'agenda du patron, ce jour-là:
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Benjamin Schoos reçoit dans les bureaux bruxellois de son label Freaksville, près de la gare du Midi. À l'agenda du patron, ce jour-là: - Référencement des sorties digitales du vendredi -une dizaine en tout. - Préparer un mailing pour annoncer ces mêmes sorties. - Enregistrement d'un podcast pour Radio Rectangle, la webradio du label. - Rendez-vous avec la presse (c'est nous). - Rendez-vous pour des musiques de pub et de film. - Livraison de CD. "Ah oui, dans le train, j'ai aussi dû répondre à une demande de dernière minute: dégoter un studio au débotté pour une bande originale." Une dizaine de coups de fil plus tard, passés entre Liège-Guillemins et Bruxelles Nord, et Benjamin Schoos a déniché le bon endroit. Bientôt, l'homme sera également sur la scène du Botanique, à Bruxelles. Le 1er avril, il y fêtera ses 20 ans de carrière. Deux décennies d'une trajectoire qui n'a pas toujours été très claire, fonctionnant à l'instinct et à la digression. Sur disque, elle démarre par exemple en 1998 avec un premier album lo-fi psychédélico-bricolo: Cum At the Liquid Fancy Fair est composé d'une quinzaine de titres, dont la plupart n'atteignent pas les trois minutes. Benjamin Schoos se fait alors appeler Miam Monster Miam et chante en anglais, signé sur un jeune label liégeois, Soundstation. "À l'époque, je bossais déjà comme bénévole dans la salle de la Soundstation, à l'Escalier, la Zone... Je voyais passer des groupes comme Grandaddy, Cat Power ou même Dominique A. J'avais envie de faire partie de tout ça."Fils d'un docteur en biochimie génétique et d'une prof de maths, Benjamin Schoos est né du côté de Seraing (il y habite toujours), en décembre 1977. Soit l'année de la consécration du punk, et, dans la foulée, de ses premières désillusions. Dans l'ADN musical de Miam Monster Miam, on en retrouvera des traces, notamment dans cette manière de revendiquer farouchement son indépendance et d'en même temps ne jamais prendre tout ça trop au sérieux. Quitte à laisser parfois perplexe. En 2000, le disque Hey Tank enquille 19 titres en 30 minutes. "Syd Barrett meets René Magritte", écrit alors un journaliste, passablement décontenancé...En 2003, avec Forgotten Ladies, le clown DIY prend un pli folk plus crépusculaire. Il enchaîne avec un nouveau tournant: sur Soleil Noir, le chanteur passe désormais au français. Entre-temps, il a fait la rencontre de Jacques Duvall, parolier orfèvre pour Chamfort, Lio, etc., qui souhaite alors adapter l'une de ses chansons pour Birkin. L'association va perdurer. Quand Benjamin Schoos lance le label Freaksville, en 2006, l'une des premières références sera Hantises, disque de rock garage déviant, signé Phantom featuring Jacques Duvall... C'est aussi à ce moment-là qu'il intègre l'équipe radio du Jeu des dictionnaires, sur la RTBF. Il y apprend à travailler dans l'urgence et à fonctionner en groupe. De cette période, toutefois, il "ne se souvient de rien", se rend-il compte aujourd'hui. Dans la foulée, il passe aussi par la case Eurovision, composant la chanson Copycat pour Patrick Ouchène. Avec un seul point, le titre ne dépasse pas le cap des demi-finales... Au moins, l'exercice a eu le mérite d'un peu éclaircir la route désormais empruntée par Benjamin Schoos. Un itinéraire bis qui, tout en laissant tomber un certain snobisme indie, trouve dans la chanson et la pop moins un format qu'une matière à distorsion et à rêver de travers. "C'est le contraste qui m'intéresse." Prolixe, l'intéressé multiplie les projets et groupes parallèles (The Loved Drones, Phantom, UFO Goes UFA), repêche des idoles oubliées (Marie-France, Lio, Jean-Jacques Perrey, etc.), et louvoie entre chanson gainsbourgienne, pop bubblegum, sortie de route psychédélique et rock garage de série Z. Avec les années 2000, il crée encore une webradio (Rectangle), et s'adapte à la nouvelle donne numérique. Autour de lui, les têtes ne changent pas: Pascal Schyns et Marc Wathieu (Les Tricheurs, Marc Morgan), ses associés au sein du label; Duvall ou encore le pianiste Christophe Cerri... L'enseigne Freaksville, par contre, évoluera petit à petit. "On est passé du label indé du début à une société d'édition, de diffusion, de production, de distribution, etc. On est davantage dans un rapport d'entrepreneur culturel." Qui l'eut cru? Le temps des morceaux chipotés sur un enregistreur 4-pistes, en solitaire, semble bien loin... "Franchement, je déteste toute la doxa libérale et entrepreneuriale. Ça me casse les pieds. Mais force est de constater que la musique baigne dans un vrai marasme capitalistique, au niveau du digital en tout cas. La seule réponse est d'armer les artistes vers une meilleure compréhension de ce monde-là, pour qu'ils puissent s'y retrouver un minimum."Il ne faudrait toutefois pas s'y méprendre. "The hardest working man in Wallifornia", comme on a pris l'habitude de le surnommer, a beau multiplier les casquettes, celle de musicien reste au centre de ses préoccupations. Profession chanteur, comme le rappelle le titre de la compilation sortie récemment. "Je me suis posé la question des 20 ans, s'il fallait marquer le coup ou pas. Au final, je me suis dit que l'anniversaire était peut-être l'occasion de rappeler que le fil rouge reste malgré tout la chanson. J'ai pu faire chroniqueur, producteur, distributeur. Mais tout au long de ces 20 ans, ce qui perdure, c'est encore la chanson."