En 1971, fuyant la Grande-Bretagne pour des raisons essentiellement fiscales, les Stones s'installent sur la Côte d'Azur. Et enregistrent un paquet de titres dans la vaste villa Nellcôte de seize chambres, louée par Keith Richards, surplombant la mer à Villefranche-sur-Mer. Cela donnera l'essentiel double album Exile On Main Street.
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En 1971, fuyant la Grande-Bretagne pour des raisons essentiellement fiscales, les Stones s'installent sur la Côte d'Azur. Et enregistrent un paquet de titres dans la vaste villa Nellcôte de seize chambres, louée par Keith Richards, surplombant la mer à Villefranche-sur-Mer. Cela donnera l'essentiel double album Exile On Main Street. Du printemps à l'été défilent les sessions dans les caves comme les dealers au rez-de- chaussée. Repéré par son pedigree junkie, il ne faut pas très longtemps pour que le guitariste en chef des Stones soit visé par la police nationale et qu'il quitte la France à la fin de l'été 1971. S'ensuit une condamnation pour trafic de cannabis par une juridiction niçoise, une amende et, surtout, l'interdiction de remettre les pieds dans l'Hexagone pendant deux années. Quand il s'agit de mener une tournée européenne dans la foulée de leur album Goats Head Soup principalement enregistré en Jamaïque - et publié le 31 août 1973 - les Stones ont l'idée de faire venir les fans français pour un concert à Forest National, le 17 octobre. Via un train spécial affrété par RTL. Deux jours après un passage au Sportpaleis anversois, la bande à Mick donne donc une double prestation bruxelloise: l'une pour les Frenchies, l'autre pour les Belges. Les deux sont enregistrées par un studio mobile top game. Initialement, le résultat - juteux, on y vient - doit sortir dans la foulée de la tournée, mais pour le genre de raisons incertaines propres au business rock, cela ne se fera pas. Le bien nommé Brussels Affair paraît à plusieurs reprises dans des formats et publications plutôt underground et digitales des années 2000-2010, devenant aussi un bootleg (un disque "pirate") classique. Gagnant au sein de l'actuelle réédition XXL de Goats Head Soup (1) - 110 euros, quand même - son grade de live stonissime. "Et mainwtenant, Keith vaw chanter pour vô, Happy": on est au troisième morceau des concerts du 17 octobre 1973 et Mick Jagger, dans son fwançais boîteux, lance son double démoniaque aux vocalises d'un morceau déjà star du répertoire stonien. Richards le chante comme un disque à la mauvaise vitesse, patineur hypnotisé par la glace mais qui, au final, ne chute pas. C'est l'un des quinze titres bouclés lors des deux prestations forestoises, constituant peut-être le meilleur album live jamais gravé par les Stones. Le coffret vaut pour les deux autres CD, le Goats Head Soup remastérisé plus des raretés/mixs alternatifs ainsi qu'un chic Blu-ray, un formidable album de photos et deux textes pensés de Ian McCann et Nick Kent. Mais c'est bien le live bruxellois qui fait la différence: accompagnés de Billy Preston et de deux cuivres, les Stones sont au sommet de leur blanco-négritude funky-blues. Les titres déroulent sans ambage - avec Mick en fwançais entre les prises - dont une écarlate version de douze minutes quarante-neuf secondes de Midnight Rambler. Sommet magnétique de cette exceptionnelle soirée - incluant Tumbling Dice, You Can't Always Get What You Want, Gimme Shelter - qui, au passage, montre le talent supérieur de Mick Taylor. De loin le meilleur guitariste soliste jamais incorporé aux Stones.