Moi, quand je vois Greta Thunberg, j'ai la nostalgie des Snuls. Je m'imagine celui qui lui ressemble le plus, Sergio Honorez, avec des couettes, l'imiter en beuglant des références de meubles Ikea. Je vois bien Stefan Liberski et Nicolas Fransolet jouer aux vieux politiciens réacs de l'Assemblée Nationale tandis que Fred Jannin et Laurence Bibot peinturlureraient un couple bobo qui ne veut plus prendre l'avion mais trouve que le train, ça dure longtemps, c'est populo, ça pue des pieds et qu'en plus, on n'y vend que des tartines à la viande reconditionnée sous plastique à 8 euros. Il y aurait aussi le mot d'excuse de Greta Thunberg pour ne plus aller à l'école: "Chère Madame Flygskam, veuillez excuser ma fille Greta de ne pas assister au cours de gymnastique demain matin mais elle vient encore de subir une grosse slaptitude après avoir lu que si on continue à boire du Spa-Citron et à manger du BleuBlancBelge, on va tous crever d'insolation les pieds dans l'eau en 2045".
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Moi, quand je vois Greta Thunberg, j'ai la nostalgie des Snuls. Je m'imagine celui qui lui ressemble le plus, Sergio Honorez, avec des couettes, l'imiter en beuglant des références de meubles Ikea. Je vois bien Stefan Liberski et Nicolas Fransolet jouer aux vieux politiciens réacs de l'Assemblée Nationale tandis que Fred Jannin et Laurence Bibot peinturlureraient un couple bobo qui ne veut plus prendre l'avion mais trouve que le train, ça dure longtemps, c'est populo, ça pue des pieds et qu'en plus, on n'y vend que des tartines à la viande reconditionnée sous plastique à 8 euros. Il y aurait aussi le mot d'excuse de Greta Thunberg pour ne plus aller à l'école: "Chère Madame Flygskam, veuillez excuser ma fille Greta de ne pas assister au cours de gymnastique demain matin mais elle vient encore de subir une grosse slaptitude après avoir lu que si on continue à boire du Spa-Citron et à manger du BleuBlancBelge, on va tous crever d'insolation les pieds dans l'eau en 2045". Je ne vois que les Snuls, et plus particulièrement Tich Van Ondermuizenwinkelaar, pour encore oser relever que continuer une grève scolaire durant les grandes vacances, c'est comme de boycotter le Tour de France en février. "Pour le climat, je ne vais pas à l'école même quand l'école est fermée. Mais ouéééé! Mais noooon!" Quoi, j'exagère? Quoi, Greta gnagna? Hé ho, calmosse. On se détend. Je n'ai jamais dit qu'il fallait absolument sauter à pieds joints sur Greta. Je n'ai jamais dit que Michel Onfray avait raison de la comparer à un cyborg, ni que je trouve rigolos ces politiciens sur Twitter qui veulent lui filer des claques. C'est du cirque ça, de l'agitation. Pas de l'humour. Or, moi ici, je défends l'humour. Ouais, okay, les Snuls, c'était il y a 30 ans et ça vire assez relou en vieillissant. Et alors? Moi, ça me fait toujours rire mais on s'en fout des vannes. C'est secondaire. Ce qui est important ici, c'est le principe. Pouvoir y aller à fond, sans épargner personne, sans la moindre restriction, sans le moindre tabou. Pouvoir se foutre de la fraise à Greta parce que c'est rigolo de le faire même quand on est entièrement d'accord avec elle. En rire sans pour autant se positionner du côté des climatosceptiques, donc. En rire sans même tenir compte de la question climatique puisque l'idée n'est pas de soutenir ou de contester, l'idée est de se poiler. Bon. Faut tout de même bien avouer qu'il y a matière, hein... T'as une gosse, totalement inconnue il y a un an, on la transforme en outil de relations publiques d'abord, en véritable Sainte ensuite. That escalated quickly. Après, t'as surtout ce storytelling en mode "allez, on ose" qui tente de nous vendre l'idée que son autisme en ferait un être "à part", capable d'emmagasiner davantage de connaissances qu'un cerveau normal. Autrement dit, on nous refait le coup de Klaatu, l'alien omniscient du Jour où la Terre s'arrêta -"I come in peace. Take me to your leaders". Ça ne signifie nullement que Greta Thunberg n'est pas courageuse, peut-être même exemplaire, voire carrément utile mais... ET ALORS? Au nom de quoi ne pourrait-on pas en rire, ne pas s'en moquer? En matière de foutage de poire, l'idéal, c'est tout de même qu'il n'existe aucune dérogation. Tous égaux devant la mort, tous égaux devant la déconnade. Personne sur Terre n'est sacré. Seul le droit à la moquerie l'est. Ou devrait l'être. Parce qu'évidemment Twitter n'est pas d'accord avec ça. Rire d'une enfant? Oppression! Rire d'une gamine? Sexisme! Rire des jeunes qui entendent sauver le monde? Gâtisme de vieux privilégiés! Se moquer de quelqu'un qui n'est ni Donald Trump, ni David Clarinval? Trahison! Nazisme! Seulement voilà, c'est quoi, Twitter? Un forum démocratique? Un tribunal permanent? Le goutte-à-goutte de dopamine de milliers de junkies? Le principal théâtre des opérations de la guerre culturelle en cours? Un peu de tout ça à la fois, sauf que tout ça, ce n'est que la chantilly, pas le gâteau. Alors, c'est vrai que la droite réactionnaire et les justiciers progressistes s'y engueulent à longueur de journée. C'est vrai qu'on a d'un côté ceux qui défendent la liberté d'expression surtout pour garder le droit d'étaler des stupidités sur les musulmanes en burkini et de l'autre les évangélistes de gauche qui se battent pour un monde meilleur à côté duquel le Meilleur des Mondes ressemblerait à quelque chose d'enviable. Mais là aussi, ce n'est que du cirque, de l'agitation.Le gâteau, le gros de Twitter, c'est autre chose et j'ai bien envie d'être un peu parano pour le coup. Il y avait cette série anglaise un peu ratée, Utopia. Le détail que j'aimais beaucoup là-dedans, c'est que les méchants y étaient vraiment crapuleux mais qu'ils avaient malgré tout des motifs nobles. Leur idée était de sauver le monde en tuant des millions de personnes et le truc bien vicieux, c'est que les scénaristes sous-entendaient assez clairement qu'en les en empêchant, les héros de la série freinaient en fait l'évolution de l'humanité. Et donc, moi, il m'arrive de me dire que les gens derrière Twitter sont comme les méchants d'Utopia. Aux vrais maîtres du monde, Facebook et Google vendent du data mais chez Twitter, ils ont quoi en stock? Une expérience de sciences sociales en temps réel. Et donc, ils vendent de l'ingénierie sociale. Or la chantilly, la psychologie des foules, les effets de meutes, le cloaque comportemental, la propagation des rumeurs, tout ça, on connaît. C'est vieux, donc pas rentable.En revanche, il y a un truc qu'on ne sait pas vraiment, c'est comment peut naître une doctrine totalitaire inédite, là, maintenant, aux débuts du XXIe siècle. Ne me parle pas de Donald Trump, de Boris Johnson ou même des Hongrois et des Italiens. Tous ces politiciens sont des jeanfoutres qui naviguent à vue, des opportunistes qui ont bien des tendances autoritaires mais pas de vraie idéologie derrière, ou alors elle est faiblarde et polarisante. Ce n'est pas avec des "Make America Great Again" et des "Brexit means Brexit" que l'on unifie des territoires dans un délire collectif comme ont pu le faire les nazis et les soviets. Et donc, LA question pour le moment sans réponse, c'est: en Occident, après Hitler, après Staline, après la Shoah et après 75 ans de paix relative dans un environnement capitaliste plutôt libéral et technologiquement avancé, comment construit-on une idéologie totalitaire? Eh bien, moi, je pense qu'on a besoin de Twitter pour ça et que donc, c'est probablement là que mijote en ce moment même le corpus dogmatique du prochain tyran (F/M/X) qui fera souffrir et anéantira des millions de personnes. Ce n'est pas encore au point. C'est encore très confus, fort brouillon. Peut-être même que ça commence comme un sketch: quelqu'un avance que l'humour doit toujours être dirigé contre les puissants, quelqu'un d'autre renchérit que rire de la gourde rouge à Greta, c'est verboten. Des petits clubs se forment où pratiquer l'indignation récréative. Ils gagnent quelques combats: faire virer des gens de leurs boulots pour des blagues aussi douteuses qu'inoffensives, transformer la beaufitude en délit, parvenir à faire considérer des produits culturels comme du matériel contagieux... De moins en moins au second degré, viandards et automobilistes sont désignés comme des dangers pour la survie de l'espèce, des freins à l'évolution humaine. Toutes ces petites opinions extrémistes mais anecdotiques se propagent, s'amalgament et finissent par inspirer des programmes politiques et des lois. Et paf, un jour, tu te retrouves fusillé ou pendu parce que dix ans plus tôt, t'as écrit que Greta Thunberg te faisait penser à Sergio Honorez avec des couettes. Science-fiction parano? J'espère bien. Mais qui peut être sûr que ça n'arrivera pas? Qui peut être sûr que la mission de Twitter n'est justement pas de mener à l'avènement d'une idéologie totalitaire inédite, pensée et likée par le plus grand nombre et servant surtout d'alibi à gazer des millions de gens, au nom de la survie de l'espèce? Ouais, t'as raison. Ça aussi, ça fait penser aux Snuls: "EST-CE QUE J'AI BIEN DIT "GÉNOCIDE"?" Jean-José Pigeolet, mon maître à penser. Pour toujours. (Fin)