Édité et développé par Jujubee. Sur PC, PlayStation 4 et Xbox One.
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De Nuit Debout au drame de l'immigration en Méditerranée, le jeu vidéo flirte désormais avec la politique. Kursk soulève un débat houleux en Russie. Cet hybride entre jeu vidéo et documentaire suppose en effet qu'un espion s'est infiltré à bord du sous-marin disparu le 12 août 2000, avec 118 membres d'équipage. Ce huis clos pour adultes sera orchestré tout en retenue selon ses développeurs. Un témoignage à prendre avec précaution, proche de Papers, Please. Les westerns cinématographiques sont rares derrière les manettes. Au-delà de Call of Juarez, seul Red Dead Redemption occupait ainsi ce terrain, il y a huit ans. La suite de ce monde ouvert des créateurs de GTA se hisse donc comme une précieuse chevauchée. Prequel planté en 1899, ce périple entre montagnes, villages d'éleveurs, prairies, bayous et villes modernes enfilera les bottes d'Arthur Morgan. Le héros, tiraillé entre ses idéaux et sa loyauté, oscillera entre le bien et le mal. Tisser des liens avec son cheval (pour de meilleures performances), interpeller un cavalier qui passe, provoquer un duel, intimider des témoins, partir à la chasse, planter son camp... Difficile de résister à l'appel de l'Ouest. Brian Pasternack avait décroché le (premier) job de ses rêves à la Sintracorp. Pas de bol: ses collègues ignorent le but de leur travail. Pis, une photocopieuse saigne et finit par se balader sur quatre mains géantes. Sous-qualifié et totalement paumé, le jeune employé perd lentement pied dans Yuppie Psycho. Claudiquant entre aventure graphique, survie, exploration et infiltration, ce deuxième jeu de Francisco Calvelo illustre la violence des échanges en entreprise. La mégacorporation imaginée par ce créateur espagnol tremble sous la vengeance d'une sorcière qui en avait garanti le succès. Habillé d'un pixel artdoué façon 16 bits, ce "First Job Survival Horror" claque des dents entre Silent Hill, Zelda et Deadly Premonition. Le titre aux vibes 90's devrait réserver son lot de surprises et de mises en scène folles. Fan de Lynch et de Cronenberg, Francisco Calvelo brillait en effet l'an dernier avec le méconnu The Count Lucanor, RPG atypique entre conte germanique, références hispaniques et animegothique. L'open space m'a tuer! Le job de tueur à gages exige une sérieuse dose de créativité, notamment pour approcher une cible. Déguisé en mannequin lors d'un défilé de mode ou en mascotte de flamant rose dans les paddocks d'une course, l'Agent 47 déborde encore d'imagination sur cette suite. L'assassin chauve y traversera six immenses chapitres, comme autant de puzzles aux milliers de combinaisons. Le jeu d'infiltration qui zappe le format épisodique se pare enfin d'un nouveau mode Sniper Assassin, jouable en coop avec un ami en ligne. Exigeant une connexion Web permanente, Fallout 76 traîne la saga post-apocalyptique culte sur des terres exclusivement online. Son monde persistant ne sera pas traversé de personnages non-joueurs comme des marchands. À la communauté de peupler les lieux! Ambitieux, le jeu de rôle nucléaire explosera sur des deathmatchs de 12 contre 12, au fil de joutes empruntant l'idée du VATSdu troisième épisode. Le tout pour permettre au joueur de choisir la partie du corps de l'adversaire à viser, mais sans les ralentis propres à ce gimmick. Capsule temporelle de 1991, ToeJam & Earl mixait hip-hop et extraterrestres lors de sa sortie sur Megadrive. L'improbable périple entre plateforme, aventure et puzzle game n'a pas rencontré le succès mérité. Mais il est entretemps devenu culte. Dépoussiéré par ses créateurs, ToeJam & Earl: Back in the Groove renvoie ses étranges créatures retrouver toutes les pièces du Rapmaster Rocketship (leur vaisseau) sur Terre. Un voyage sidéral en mode coopératif (quatre joueurs en ligne ou sur canapé) que George Clinton ne refuserait pas. Des exceptions comme Life is Strange (dont la suite est attendue ce 27 septembre) existent. Mais le thème du passage à l'âge adulte n'est que très rarement abordé derrière les manettes. Suivant les pas d'un garçon et d'une fille explorant des îlots abritant les souvenirs communs de leur amitié, The Gardens Between s'annonce donc comme un précieux voyage. Le duo y contrôle le temps pour rembobiner l'action à l'infini et par exemple scier une planche bloquant un passage. Jonché d'objets éparpillés, symboliques des moments forts de leur vie, le jeu d'exploration mâtiné d'énigmes change constamment d'échelle à la manière d'Alice au Pays des Merveilles. Mieux, ses décors tournent sans cesse à 360 degrés. Rompu aux free to play de consommation courante sur smartphones, The Voxel Agents signe par contre un virage à 180 degrés. Spécialisé dans la conception de casse-têtes en bois et en métal, les Japonais de The Gift Ten Industry s'emparent de la Switch pour tracer un trait entre numérique et analogique. Madorica se déballe ainsi comme un escape the roomoù quatre joueurs (maximum) s'échappent d'une maison diabolique à l'aide de la console, d'un (vrai) plan imprimé et d'un stylo. Le titre collaboratif n'utilisera pas de réalité augmentée. Une approche louable donc, hors des sentiers battus. Le jeu vidéo rêve parfois d'artisanat. Suivant la voie des créatures en plasticine de The Neverhood (1996) et du plus récent The Dream Machine, Trüberbrook plonge en stop motion dans l'Allemagne rurale de la fin des années 60. Ce point & click invoquant l'esthétique de Wes Anderson suivra un jeune physicien américain plongé dans une intrigue de fin du monde entre Twin Peaks et X-Files. En attendant Harold Halibut l'an prochain, ce voyage prometteur prouve que le fait main a aussi sa place derrière les joysticks.