Le monde du cinéma peine souvent à saisir l'essence du jeu vidéo. En salles, la médiocrité des Max Payne, Doom et autres Resident Evil en témoigne depuis quatre décennies. Réalisé par Edgar Wright (Hot Fuzz, Shaun of the Dead...), Scott Pilgrim vs. The World surgit comme une des exceptions à cette règle. Le film, bordélique, rend habilement hommage à l'idée de boss de fin de niveau en se structurant autour d'un chapelet d'adversaires à affronter. Game over, points d'expériences... Le long métrage de 2010 absorbe et régurgite donc avec talent mille et une idées de gameplay. Exactement comme l'eXistenZ de David Cronenberg. Incohérent, parfo...

Le monde du cinéma peine souvent à saisir l'essence du jeu vidéo. En salles, la médiocrité des Max Payne, Doom et autres Resident Evil en témoigne depuis quatre décennies. Réalisé par Edgar Wright (Hot Fuzz, Shaun of the Dead...), Scott Pilgrim vs. The World surgit comme une des exceptions à cette règle. Le film, bordélique, rend habilement hommage à l'idée de boss de fin de niveau en se structurant autour d'un chapelet d'adversaires à affronter. Game over, points d'expériences... Le long métrage de 2010 absorbe et régurgite donc avec talent mille et une idées de gameplay. Exactement comme l'eXistenZ de David Cronenberg. Incohérent, parfois de mauvais goût et surtout trop long, Scott Pilgrim a été démonté par la critique lors de sa sortie. Mais sa compréhension du médium ludique est restée culte chez les gamers. Si bien que sa récente apparition sur Netflix a, par ricochet, remis son adaptation ludique au goût du jour. La réédition de ce beat them all en version digitale chez Ubisoft et en édition physique chez Limited Run Games est en soi un petit événement. Car le jeu, qui n'a jamais connu de version boîte, n'était plus disponible en téléchargement depuis 2014. Ce phénomène baptisé delisted games toucherait 1.180 jeux (selon delistedgames.com), souvent pour des raisons d'expiration de licence. Marvel vs. Capcom 2, Doc Louis's Punch-Out!!, Outrun 2006: Coast 2 Coast, After Burner Climax... Une foule de bons titres sortis à la fin des années 2000 ne sont ainsi plus accessibles aux kids des années 2020. Pis, leurs anciens acquéreurs ne peuvent plus les retélécharger. Le download m'a tuer. Histoire d'un gars parti terrasser les ex d'une fille qu'il convoite, Scott Pilgrim revenait souvent dans les tops de ces delisted games. La Complete Edition d'Ubisoft le tire de l'oubli et fait amende honorable puisqu'elle porte de quatre à six le nombre de personnages jouables et propose un mode coopératif à quatre (au lieu de deux précédemment) face à l'écran. Dix ans après sa sortie, le beat them all rétro a visuellement très bien vieilli. Son pixel art assez gras s'inspire judicieusement de Street Gangs, baston cartoonesque injustement méconnue du développeur japonais Technos (Double Dragon). Univers rock oblige, Scott déploie en outre une bande originale catchy poussant à aller de l'avant. L'air de rien, elle passe ainsi progressivement d'un thème cheap tune à de vraies guitares électriques. Un effort musical digne de la série des Streets of Rage. Avec une poignée d'éléments RPG, Scott Pilgrim tient le crachoir ludique face aux récents Streets of Rage 4 et River City Girls. Au-delà des coups classiques, l'usage très étendu des objets à ramasser à terre réjouit. De quoi, par exemple projeter un ballon de basket vers un adversaire pour ensuite le reprendre en main et dribbler jusqu'au KO. Sans checkpoint, Scott Pilgrim terrassera toutefois les gamers moins expérimentés et esseulés. Ces derniers pourront cependant relever un autre défi: trouver un comparse pour y jouer à deux, dans un salon.