Un Belge sur trois estime que notre pays serait mieux géré si son pouvoir était concentré aux mains d'un seul dirigeant. Brandi par un sondage de la RTBF au début du mois dernier, ce constat à peine croyable résonne avec le manichéisme qu'une certaine branche du jeu vidéo cultive en mettant en scène des dictateurs, tour à tour sérieux ou parodiques. De la saga des Tropico à Democracy, la nature même des jeux de gestion -qui exige de contrôler tous les aspects d'une nation ou d'une civilisation- s'y prête à merveille. Les jeux d'action ne sont pas en reste lorsqu'il s'agit d'agiter un bad guy à combattre. Et Far Cry 6 cultive cet héritage, non sans un ce...

Un Belge sur trois estime que notre pays serait mieux géré si son pouvoir était concentré aux mains d'un seul dirigeant. Brandi par un sondage de la RTBF au début du mois dernier, ce constat à peine croyable résonne avec le manichéisme qu'une certaine branche du jeu vidéo cultive en mettant en scène des dictateurs, tour à tour sérieux ou parodiques. De la saga des Tropico à Democracy, la nature même des jeux de gestion -qui exige de contrôler tous les aspects d'une nation ou d'une civilisation- s'y prête à merveille. Les jeux d'action ne sont pas en reste lorsqu'il s'agit d'agiter un bad guy à combattre. Et Far Cry 6 cultive cet héritage, non sans un certain talent. Il y a sept ans, l'ancien dirigeant autoritaire du Panama Manuel Noriega poursuivait en justice -sans succès- Activision pour l'avoir directement dépeint dans Call of Duty: Black Ops II. Si elle enflamme une île de Yara ressemblant à Cuba, la révolution de Far Cry 6 évite toute référence à de vrais dirigeants. Le flegme glaçant de l'acteur Giancarlo Esposito y anime plutôt Anton Castillo. Peinant à transmettre son héritage à son fils, ce dictateur sanguinaire épaissit le récit en place. Tout comme la personnalité borderline du ou de la protagoniste incarné(e) par le joueur. D'une tirade lumineuse portant sur l'inutilité des révolutions à l'incendie volontaire d'un champ de tabac en écoutant Bella Ciao, on saute d'éclairs lucides en clichés révolutionnaires. Ce récit, pas déplaisant mais loin du talent de Far Cry 3, emballe une formule ludique éculée. Plateforme pétrolière, jardin zoologique, île privée chelou, urbanisation croulante façon La Havane... Au gamer de parcourir un monde ouvert tropical et côtier pour des missions de sabotage, assassinat et sauvetage. Marques de fabrique de Far Cry, les attaques de camps fortifiés adverses, entre infiltration et approche frontale, parsèment ce gameplay sans surprise. Pour réussir, il faudra au préalable observer de loin diverses unités (sniper, infirmiers...) et objets clefs (bouton d'alarme à désactiver, citernes explosives). En combats, Far Cry 6 offre une pléthore de subtilités offensives. Le jeu s'entoure de diverses munitions, d'armes bricolées très originales et d'animaux exotiques affaiblissant ou distrayant les adversaires. À l'exception des supremos, un sac à dos et lance-roquette capable de retourner les adversaires les uns contre les autres, cette panoplie ne change, hélas, pas vraiment la donne. Se contenter de canarder avec un sniper et un Uzi suffit pour progresser. Les couchers de soleil côtiers somptueux et un framerate à 60 images par seconde, preuves de la maestria visuelle du jeu, effacent toutefois cette redondance ludique. Les headshots difficiles à exécuter tout comme la très large panoplie de véhicules réjouissent. Chevaux, vieilles caisses US, avions, hors-bord, parachutes, tyroliennes, hélicoptères, jet-skis... Far Cry 6 renoue finalement avec son identité originelle, à savoir un trip vacancier multisport sous amphét' au Club Med. De quoi le hisser sans peine au rang de meilleur open world vu à la première personne sur console next-gen.