La Game Boy Camera constitue un jalon dans l'Histoire du jeu vidéo. S'insérant à l'arrière de la première console portable de Nintendo, l'accessoire sorti en 1998 fédère aujourd'hui encore une large communauté d'artistes photographes et de bricoleurs. Argument avancé? Son ultra-basse résolution (128 x 112 pixels!) livre des photos noir et blanc dont le sens ne se révèle qu'après une minutieuse observation. Cette dernière exigence habite également Critters for Sale. Entre magie noire, voyage temporel et immortalité, ce jeu d'aventure lo-fi se vit comme une oeuvre lynchéenne gorgée d'absurdité noire. N'ayant p...

La Game Boy Camera constitue un jalon dans l'Histoire du jeu vidéo. S'insérant à l'arrière de la première console portable de Nintendo, l'accessoire sorti en 1998 fédère aujourd'hui encore une large communauté d'artistes photographes et de bricoleurs. Argument avancé? Son ultra-basse résolution (128 x 112 pixels!) livre des photos noir et blanc dont le sens ne se révèle qu'après une minutieuse observation. Cette dernière exigence habite également Critters for Sale. Entre magie noire, voyage temporel et immortalité, ce jeu d'aventure lo-fi se vit comme une oeuvre lynchéenne gorgée d'absurdité noire. N'ayant pas vraiment d'équivalent dans le monde des point & click, il cultive juste un air de famille avec les deux épisodes de l'obscur Dog of Dracula de la Team Batsu. Comme dans le néo-Tokyo de ce dernier, le jeu de Sonoshee se rythme de situations, de rencontres et de dialogues souvent abscons et drolatiques. Un exemple? Un de ses cinq chapitres (jouables indépendamment) amène le gamer aux portes du "Palais de la Réincarnation". Après avoir traversé une piscine, place à un couloir d'hôtel où des nuages défilant à toute vitesse remplacent le plafond. Quatre portes se présentent au joueur. La première s'ouvre sur le sentier d'une forêt vierge où trône une cabine téléphonique. Passé ce chemin, un chat noir fait le gros dos au pied d'une cascade et précise qu'il vient de voir un clown maquillé filer sous la canopée... Traversé de dialogues à choix multiples, le jeu donne souvent l'impression au gamer qui tente de le décrire de raconter un rêve éveillé. Ce point & click, dont les chapitres finissent par dévoiler un lien commun avec un serviteur de Satan (évidemment), balance un gameplay dépouillé. Ses énigmes reposent sur des numéros de téléphone à composer ou des mots de passe à encoder, dévoilés au détour d'une discussion. Mention spéciale pour cette séquence de notes à jouer sur un piano-chat qui finit par décoller d'une autoroute pour dévoiler un vortex au sol. Exigeant de bien observer ses décors pour trouver des éléments ou des personnages cliquables, Critters for Sale déballe un quintet de petites histoires folles. On y incarne notamment un nomade du désert en quête d'un trésor mystique dans une grotte en l'an 971. Mais aussi un adolescent marocain assistant en 1991 à une cérémonie gnawa. Fin esthète musical, Sonoshee a bien travaillé sa bande originale reprenant le rock ambient et psychédélique des Taïwanais de Mong Tong. Piochant également dans le breakcore de VRTLHVN, le créateur convoque aussi Michael Jackson et MC Ride (le leader de Death Grips) dans sa galerie de protagonistes. Le second apparaît dix siècles avant sa naissance tandis que le Roi de la Pop nous envoie des SMS, 24 ans après sa mort. Inutile de se creuser la tête. Critters for Sale donne parfois l'impression de faire sens pour finalement se moquer du joueur. Sans doute un de ses plus grand talents.