Il n'y pas si longtemps, je me suis rendu compte que si je devais sortir de ma caboche quelque chose d'un peu difficile, d'un peu tortueux, il valait mieux que je boive d'abord une boisson énergisante réputée donner des ailes. Une (grosse) cannette de cette marque-là et pas d'une autre. Jamais. Même pas de café à la place, et encore moins de l'alcool. Je peux terminer tranquillement une énième réécriture de texte en sirotant du café, du vin rouge et même du whisky, mais pour sortir un premier jet de mon ciboulot, il me faut la potion magique autrichienne. Pas tout le temps, pas impérativement. Mais de plus en plus souvent. Quand je bois ça, c'est comme pour Bradley Cooper dans Limitless: tout ce qui est confus devient très clair, des petits ponts se créent entre des idées à priori incollables, des blagues jaillissent, bref, ça fulgure grave. La procrastination disparaît dans une petite fumée comme un vampire au soleil et je perds ensuite toute notion de temps; parti comme une flèche, au finish. Les doigts dans le nez, je passe de 6 à 8 heures ce même nez sur l'écran, à jongler avec les mots et à ricaner comme Jack Nicholson en plein trip. Puis, bien plus tard, je commence à lâcher des rots au parfum bubblegum et à avoir mal au crâne. C'est signe que le sortilège commence à faiblir.
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