Xavier Lauwers est discret, timide et silencieux. Il n'en fait pas des tonnes. Sa lumière non plus. Sa griffe serait plutôt celle du "minimal art". Un carré blanc sur fond noir isole un personnage, la mise en abîme d'un carré bleu-sombre enferme le monde d'un autre, un couloir de lumière clair-obscur accueille un personnage perdu ou échappé. Du grand art, très demandé dans le milieu. On le rencontre en répétition, à la Balsamine, où Raphaëlle Blancherie crée N£uds. Une pièce multimédia sur la complexité humaine où un personnage (pour 2 comédiennes) a l'impression "d'exister brusquement dans plusieurs...

Xavier Lauwers est discret, timide et silencieux. Il n'en fait pas des tonnes. Sa lumière non plus. Sa griffe serait plutôt celle du "minimal art". Un carré blanc sur fond noir isole un personnage, la mise en abîme d'un carré bleu-sombre enferme le monde d'un autre, un couloir de lumière clair-obscur accueille un personnage perdu ou échappé. Du grand art, très demandé dans le milieu. On le rencontre en répétition, à la Balsamine, où Raphaëlle Blancherie crée N£uds. Une pièce multimédia sur la complexité humaine où un personnage (pour 2 comédiennes) a l'impression "d'exister brusquement dans plusieurs dimensions simultanées". Elles jouent, il cherche les lumières. Un éclairage latéral, chaud, focalise 2 paires de jambes féminines qui vont et viennent. Le reste du corps est opaque, derrière un film plastique. Telle une caméra, sa découpe lumineuse souligne l'atmosphère et embrasse le propos. Et pourtant, Xavier Lauwers, la petite cinquantaine, est un autodidacte. Après ses humanités techniques, il suit un pote à l'Auditorium 44. "J'ai commencé en mélangeant 2 sources lumineuses. J'essayais des trucs, on s'amusait. Parfois, c'était juste un pleins feux sur des spectacles monstrueusement moches. Au Poche, j'ai appris le souci du bon réglage entre plusieurs sources de lumière, avec des éclairagistes londoniens super "pro"." Toujours fidèle au Poche, il est aussi, depuis 25 ans, directeur technique du Théâtre 140. En parallèle, il s'engage souvent par affinités sélectives, notamment avec la chorégraphe Michèle Noiret, une fidélité de plus de 20 ans! En mars, le hitchcockien Minutes opportunes revient au National: une danse de fuites et de suspense, style polar. "On a travaillé sur du blanc, puis on a ajouté des lignes lumineuses qui permettent au décor de changer de vision. Plus que le théâtre, la danse permet de jouer avec ton imagination. Mais la lumière reste un défi, elle dépend de la scène. Avec Le Roi Lear mis en scène par Lorent Wanson, ce n'était pas évident: tout le décor était déjà en rouge!" Avec tous les spectacles qu'il enchaîne, on voudrait pouvoir pointer chez lui des tics de lumières, des pannes d'imagination, des éclairages banals et fades. On ne trouve pas. "Il n'est pas dans le discours. C'est un peintre de la lumière, dit de lui Michèle Noiret. Il est extrêmement humble alors qu'on vient le chercher de partout." Xavier Lauwers a très peu de temps pour lui. Il se reconnaît une passion pour la radio et la mer. " La radio, style Daniel Mermet de France-Inter, c'est le plus beau média, la voix sans lumière, justement. Tu peux imaginer ce que tu veux. Une voix, un endroit, une impression. La mer, c'est regarder l'océan sans rien faire. L'espace, les ciels qui bougent. La lumière naturelle est magnifique. Elle inspire. Celle de midi efface les ombres alors que, dans la lumière rasante du matin et du soir, les ombres peuvent être très longues et créer du volume..." Poète de la lumière dont on craignait l'économie de mots, Lauwers a la générosité instinctive des hommes intègres... NîUDS DU 29/02 AU 10/03 (WWW.BALSAMINE.BE), MINUTES OPPORTUNES DU 27 AU 31/03 (WWW.THEATRENATIONAL.BE), LE ROI LEAR À MONS DU 28/02 AU 04/03 (WWW.LEMANEGE.COM). NURTEN AKA