DE QUENTIN DUPIEUX. AVEC JACK PLOTNICK, ERIC JUDOR, WILLIAM FICHTNER. 1 H 34. DIST: TWIN PICS.
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DE QUENTIN DUPIEUX. AVEC JACK PLOTNICK, ERIC JUDOR, WILLIAM FICHTNER. 1 H 34. DIST: TWIN PICS. Qui ne se souvient de ce fameux épisode de Seinfeld où Jerry et George se retrouvent dans les studios d'une grande chaîne de télévision à pitcher leur projet de série: "A show about nothing. " Et si c'était là l'ambition même de Quentin Dupieux, alias Mr. Oizo: réaliser un film sur le vide, le néant, le rien? Improbable? Faut voir... A moins qu'il ne s'agisse plutôt, à la manière de la profession de foi énoncée au début de Rubber, le précédent ovni du sieur Dupieux, de convoquer cette puissante figure de style présidant aux choses de la vie: le non-sens. Toujours est-il que l'intrigue (?) de Wrong tient en une phrase: Dolph (Jack Plotnick, formidable pierrot lunaire) se réveille à 7 h 60 du matin, son chien a disparu. Et cet argument volontairement famélique de permettre à Dupieux de travailler son éternelle obsession: retourner le réel, le mettre sur sa tête. Puis, comme après avoir tiré la languette du Flanby, observer patiemment ce qu'il en tombe. Dans un film où tout, littéralement, est possible -les morts reviennent à la vie, un palmier se transforme en sapin, les merdes de chien ont des souvenirs, il pleut dans un bureau... Traquant l'étrangeté tapie dans les moindres recoins du quotidien avec un sens de l'image et du dialogue proprement soufflant, Dupieux passe ainsi du potache au mystique en se contrefoutant des codes établis par le bon goût cinéphile. Pour un nouveau bijou nonsensique truffé de personnages siphonnés, de trouvailles visuelles et de séquences déjà cultes. Sous le délire hype, décalé, pointe pourtant une vraie inquiétude, comme en écho à la dépression ordinaire. A tel point que l'on finit par se demander si les bulles de savon que Dupieux semble s'amuser à crever une à une ne sont pas plutôt des abcès: manifeste existentiel drôle et épuré, Wrong est aussi un film sur l'aliénation et le retour, bouleversant, du désir. Une certitude: avec Wrong, moins rigolard que Steak, moins décousu que Rubber, ce drôle d'Oizo signe haut la main son meilleur film à ce jour. Insolite, malin, racé, dingue. Et pose les nouveaux jalons de ce qu'il convient désormais d'appeler une oeuvre, unique et singulière. De quoi faire de cette sortie DVD une belle séance de rattrapage pour l'une des perles de 2012 les plus injustement snobées par la critique, ovni incompris en prise directe sur un monde à envisager, aujourd'hui plus que jamais, à travers la profonde aporie de sens qui le sous-tend. En bonus, une improbable lecture du scénario par les acteurs, accents ridicules compris, vient non sans radicalité enfoncer le clou d'un grand film absurde dont l'intensité toute cinématographique échappe toujours un peu plus aux vaines tentatives d'argumentation logique. Very good trip. NICOLAS CLÉMENT