La scène contemporaine des pays du Sud, chichement aidée par les pouvoirs locaux, se nourrit de multiples collaborations internationales. Objectif: l'échange culturel, la formation artistique, la création commune. Chez nous, pas mal de théâtres et d'artistes s'engagent ainsi dans des ateliers créatifs (des "workshops") à Kinshasa, Dakar, Ouagadougou, et plus récemment au Cambodge, en Palestine, au Chili, au Maroc. Certains spectacles revienn...

La scène contemporaine des pays du Sud, chichement aidée par les pouvoirs locaux, se nourrit de multiples collaborations internationales. Objectif: l'échange culturel, la formation artistique, la création commune. Chez nous, pas mal de théâtres et d'artistes s'engagent ainsi dans des ateliers créatifs (des "workshops") à Kinshasa, Dakar, Ouagadougou, et plus récemment au Cambodge, en Palestine, au Chili, au Maroc. Certains spectacles reviennent parfois jusqu'ici. Dernier en date, Kuddul Tukki d'Armel Roussel, issu d'un workshop avec des comédiens sénégalais qui nous balancent avec leur gouaille leur point de vue sur le tourisme "exotique" et le pays des Blancs. Un succès épicé du récent XS Festival qui va du coup remettre la pièce à l'affiche. Ces ateliers deviennent de bons spectacles s'ils rencontrent l'exigence artistique et apportent d'autres jeux, d'autres histoires. Mais tous les workshops ne passent pas la rampe. Ainsi, le KVS présente actuellement Keffiyeh/Made in China signé du metteur en scène flamand Bart Danckaert. Sur scène, cinq Belges et cinq Palestiniens enchaînent des scènes significatives (achat d'un keffiyeh, passage d'un check point, etc.). Un spectacle laborieux qui frôle le mauvais théâtre amateur, déforçant le texte de la jeune Palestinienne, Dalia Taha, plus fort à la lecture. Avec Le Keffiyeh, le KVS dévoile un pan -artistiquement engagé mais esthétiquement décevant- de la collaboration qu'il a entamée en 2006 dans les Territoires occupés. Dans le genre, on préfère vous conseiller la reprise de A l'attente du livre d'or mis en scène par Johan Dehollander: trois ans d'atelier belgo-congolais pour une traversée politique déjantée de nos pays. Conclusion: les spectacles Nord-Sud, issus de workshops, doivent être menés par des artistes de haut vol. Ils sont alors souvent secouants. Au-delà de la solidarité internationale indispensable dans le champ de l'art et de la culture qui transforme les artistes de là-bas et d'ici, ces spectacles font surtout voyager le spectateur vers d'autres horizons, joués, racontés, dansés, en contrepoint de la géopolitique et des clichés... l KEFFIYEH/MADE IN CHINA, JUSQU'AU 31/06, A L'ATTENTE DU LIVRE D'OR, DU 25 AU 28/04. WWW.KVS.BE N.A.