L'aspect business excepté, John Dwyer est un peu devenu au garage psychédélique ce que Jack White est au blues et au rock des origines. Artisan impénitent, inlassable bosseur, Dwyer, 37 ans (l'âge qu'aura White le 9 juillet), a imposé son style et incarne à lui seul cette vague de rockeurs hallucinés et hallucinants qui déferle sur la Californie.
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L'aspect business excepté, John Dwyer est un peu devenu au garage psychédélique ce que Jack White est au blues et au rock des origines. Artisan impénitent, inlassable bosseur, Dwyer, 37 ans (l'âge qu'aura White le 9 juillet), a imposé son style et incarne à lui seul cette vague de rockeurs hallucinés et hallucinants qui déferle sur la Californie. Cela fait quinze piges maintenant que le bonhomme traîne sa gratte et ses basques dans le milieu. Et des groupes, il en a une tripotée à son actif. Pink and Brown (genre Lightning Bolt), Landed, The Netmen, Yikes, Burmese, Dig that body up it's alive, Sword & Sandals (free jazz), Coachwhips, The Hospitals ou encore The Drums (ceux de San Francisco, pas les gentils New-Yorkais maniérés)... Le CV est incomplet. Et il faudrait probablement une calculatrice pour additionner le nombre d'albums que ce barjot qui a créé son propre label (Castleface) a dans son abondante discographie. L'Anglaise Brigid Dawson l'a rencontré il y a neuf ans maintenant. Brigid joue du clavier, du tambourin et assure quelques voix au sein de Thee Oh Sees. Le meilleur groupe garage punk du moment. " Le meilleur groupe du monde", s'enhardit même un imbibé au terme de leur (comme toujours) énergique et renversante prestation du Primavera. Avant, Brigid avait un groupe, Mix Tapes, avec Meric Long des Dodos. " On n'a jamais enregistré. Je travaillais avec lui dans un café. Le café où j'ai rencontré John, d'ailleurs. Je voyais John tous les jours depuis deux ans. Il me harcelait pour que j'assiste à un de ses concerts. M'abreuvait de ses flyers. J'ai craqué et été voir un gig illégal organisé à Frisco en face d'une gare. Il se produisait avec les Hospitals. C'était fantastique. Et super Do It Yourself. J'avais l'impression de retrouver mes quinze ans." Aux concerts de Thee Oh Sees, il ne faut ainsi pas s'étonner de voir des trentenaires en sueur se rentrer dans le lard comme de jeunes ados en pleine poussée d'acné. Mieux que le Botox et l'anti-rides, la bande à Dwyer est un remède au vieillissement du rockeur. Malgré ce que pourrait laisser sous-entendre son titre, le dernier Thee Oh Sees, Carrion Crawler/The Dream n'est pas un double EP. C'est un album, un vrai. Et l'un des meilleurs de l'an dernier. Flashy, fluo, sa pochette -une tête de mort verte avec un casque d'aviateur sur fond d'intestins roses- a été réalisée par le Belge Elzo Durt. Illustrateur et graphiste d'inspiration à la fois funèbre et psychédélique. " On l'a rencontré l'an dernier à l'occasion d'un concert des Magnetix où il vendait ses posters. C'était le jour de mon anniversaire. John m'en a acheté un et s'est payé celui qui allait devenir la pochette du disque." Quand on leur parle de leur cadence de sortie effrénée (il n'est pas rare qu'ils dégainent deux disques par an), Brigid s'excuse presque de ne pas encore avoir balancé d'album cette année. " Petey (Dammit, guitariste, ndlr ) affirme qu'on tourne dix mois sur douze. J'aurais dit six mais je n'ai jamais compté. On aime tellement faire de la musique. C'est notre vie. Comme on joue plus, on enregistre moins. John écrit cependant tout ce temps. Il vient de terminer un super disque. Je chante sur quelques morceaux et Mikal Cronin (un garçon à suivre de près) joue dessus lui aussi. Je pense qu'il sortira sous le nom de Thee Oh Sees ." Au-delà du revival garage, Thee Oh Sees incarne, avec Ty Segall et les plus pop The Fresh and Onlys, le retour en force de San Francisco. Un retour rock'n'roll, déglingué... " Ty, les Sic Alps, John et moi ne venons pas de Frisco, note Brigid. On a bougé là-bas pour des raisons différentes. Que ce soit l'océan, les groupes psychés sixties ou les tacos. Mais San Francisco est la ville des weirdos. On en est sans doute la nouvelle génération... " Une génération qui partage certaines similarités. " Dans notre manière d'enregistrer par exemple ou du moins dans l'esthétique sonore un peu crade. On sent que ça ne vient pas de grands studios professionnels." Les disques de Thee Oh Sees sont d'ailleurs généralement mis en boîte dans l'urgence. Warm Slime, par exemple, a été enregistré en un jour. " Beaucoup de jeunes passent leur vie sur un ordinateur. Peut-être que quand ils vont voir un concert, écoutent de la musique, ils cherchent quelque chose de viscéral, de sauvage. Je ne sais pas. Les gens veulent juste sortir et prendre du bon temps. Et c'est ce qu'on essaie de leur offrir." Selon elle, les Oh Sees ont commencé à vraiment percer avec The Master's Bedroom... (2008). " Tout s'est mis à aller un peu plus fort. Mike Shoun nous a rejoints et c'est un batteur phénoménal. Le groupe que j'ai intégré était calme, psychédélique, comme vous pouvez l'entendre sur les albums 5 et Sucks Blood . " C'est que beaucoup de trucs défilent dans le tour bus des Californiens. Généralement, presque toujours même, Dwyer est le DJ. " Il peut nous mettre du Sun Ra, du Can, du Pink Floyd. Les vieilles compiles Nuggets, les Troggs..." Ses chansons à lui parlent souvent de graines ou de planer. Pour gagner sa vie à côté de la musique, John a longtemps cultivé de l'herbe. Aujourd'hui, personne ne semble plus en mesure de la lui couper sous le pied. l WWW.THEEOHSEES.COM LE 20/06 AU KREUN (COURTRAI) ET LE 21/06 AU VK (BRUXELLES). TEXTE JULIEN BROQUET