Formé il y a 20 ans, The National s'est permis ce que pratiquement aucune autre formation de sa "génération" n'a osé tenter: grandir patiemment, lentement, à coup de disques de plus en plus assurés. Emmené par une double fratrie (Dessner & Devendorf) et un chanteur charismatique (Matt Berninger), le groupe américain a par exemple attendu Boxer, son quatrième album paru en 2007, pour véritablement décoller. Alors soutien déclaré d'un jeune sénateur démocrate métisse de Chicago, il deviendra un peu le groupe indie-rock emblématique des années Obama: intègre et loyal, cérébral et chaleureux.
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Formé il y a 20 ans, The National s'est permis ce que pratiquement aucune autre formation de sa "génération" n'a osé tenter: grandir patiemment, lentement, à coup de disques de plus en plus assurés. Emmené par une double fratrie (Dessner & Devendorf) et un chanteur charismatique (Matt Berninger), le groupe américain a par exemple attendu Boxer, son quatrième album paru en 2007, pour véritablement décoller. Alors soutien déclaré d'un jeune sénateur démocrate métisse de Chicago, il deviendra un peu le groupe indie-rock emblématique des années Obama: intègre et loyal, cérébral et chaleureux. Dans la foulée de Boxer, The National assurera également les premières parties de REM, lors de son ultime tournée mondiale. Du parcours de ses aînés, The National aura certainement retenu l'honnêteté. Mais aussi une capacité à évoluer sans forcément chercher la rupture. C'était du moins le cas jusqu'à I Am Easy to Find. Non pas que l'album en question soit un virage radical (comme a pu l'être le tournant électronique de Kid A pour les fans de Radiohead). Mais il permet à The National de trouver une nouvelle dynamique, là où il aurait pu se retrouver piégé par sa propre cohésion. L'explication tient en grande partie à l'origine du projet. À l'automne 2017, le réalisateur (et homonyme du bassiste de... REM) Mike Mills (Beginners, 20th Century Women...) envoie un e-mail à Matt Berninger: il veut proposer au groupe de travailler ensemble sur "quelque chose". Plus précisément? Mills n'en a encore aucune idée... De cette page blanche naîtront I Am Easy to Find, un moyen métrage de 24 minutes, et I Am Easy to Find, le huitième et plus long album du The National (pour la première fois, il dépasse l'heure). Étant entendu que l'un n'est pas la BO de l'autre, mais plutôt son extension. Même s'il a expliqué lui-même n'y "rien connaître en musique", Mike Mills est ainsi crédité comme (co-)producteur du disque. Fan du groupe, il a réussi manifestement à le bousculer. Car la première qualité de ce nouvel album est bien de s'offrir de nouvelles libertés. En ouverture, You Had Your Soul with You est un bon exemple. A priori typique de The National, le morceau est "court-circuité" aux deux tiers par la voix de Gail Ann Dorsey, bassiste-chanteuse fétiche de Bowie. Elle est la première invitée d'un casting entièrement féminin, dont font également partie, entre autres, Mina Tindle ou Sharon Van Etten, amies fidèles du groupe. Ces différentes voix féminines apportent ainsi de nouvelles nuances au songwriting ténébreux de The National ( ThePull of You, avec Lisa Hannigan). Marqué par le jeu, toujours plus inventif, de Bryan Devendorf à la batterie, I Am Easy to Find apparaît également plus optimiste. À la colère rentrée de Sleep Well Beast, sorti dans la foulée de l'élection de Trump, succède ici l'élan collectif -la chorale du Brooklyn Youth Choir, notamment sur le morceau Her Father in the Pool. Le groupe n'a pas abandonné une certaine noirceur. Mais même quand Berninger chante le chaos - "Time has come now to stop being human / Time to find a new creature to be" ( Not in Kansas)-, il parvient à le faire sonner comme une promesse de renaissance.