Annoncé à Cannes en mai dernier, Tre piani, le nouveau film de Nanni Moretti, se fera, par la force des choses, désirer quelques mois encore. D'ici là, on peut se replonger avec bonheur dans deux comédies tournées par le réalisateur transalpin au mitan des années 80, judicieusement réunies dans un coffret sous l'intitulé Viva Nanni!. Avec Bianca, son quatrième long métrage, Moretti poursuivait dans la veine de l'autoportrait, sillon creusé depuis Je suis un autarcique, le film qui le révéla en 1976. Le cinéaste y campe Michele Apicella, son alter ego de fiction récurrent, prof de maths débarquant da...

Annoncé à Cannes en mai dernier, Tre piani, le nouveau film de Nanni Moretti, se fera, par la force des choses, désirer quelques mois encore. D'ici là, on peut se replonger avec bonheur dans deux comédies tournées par le réalisateur transalpin au mitan des années 80, judicieusement réunies dans un coffret sous l'intitulé Viva Nanni!. Avec Bianca, son quatrième long métrage, Moretti poursuivait dans la veine de l'autoportrait, sillon creusé depuis Je suis un autarcique, le film qui le révéla en 1976. Le cinéaste y campe Michele Apicella, son alter ego de fiction récurrent, prof de maths débarquant dans un établissement pilote, le lycée Marilyn Monroe. Un individu volontiers narcissique, voyeur patenté, doublé d'un indécrottable donneur de leçons en vertu d'une éthique exigeante et de sa foi dans la fidélité absolue. Certitudes qui vont toutefois être mises à l'épreuve de sa rencontre avec Bianca (Laura Morante), cette femme idéale qu'il n'a cessé de chercher, mais qui aura également le don de le confronter à ses contradictions. Citant aussi bien le Hitchcock de Fenêtre sur cour que Jerry Lewis pour ses envolées burlesques, Moretti signe une comédie grinçante que son personnage central, obsessionnel jusqu'à la folie, entraîne en terrain aussi savoureux que dérangeant. Dérive que le réalisateur filme sur un tempo allègre, non sans donner à l'ensemble les contours d'un polar désinvolte. Réalisé l'année suivante, La messe est finie allait asseoir définitivement la réputation internationale de Moretti, le film remportant le Prix Spécial du jury à la Berlinale en 1986. Le cinéaste y incarne don Giulio, un jeune prêtre fort à cheval sur les principes -" Je vous demande trois choses, dit-il au couple qu'il vient d'unir par le sacrement du mariage: la fidélité réciproque, l'éducation de vos enfants et, troisièmement... la fidélité réciproque." Mais qui, nommé dans une paroisse désertée de la banlieue de Rome, va rapidement devoir déchanter, son exigence morale ne trouvant que peu d'écho chez ceux qui l'entourent, famille comprise. Un sujet grave que Moretti traite avec allant et ironie, le film annonçant par ailleurs les chefs-d'oeuvre à venir: son personnage névrosé bientôt en proie à une profonde crise de foi préfigure le Michel Piccoli de Habemus papam, tandis que les relations du prêtre à sa mère résonneront dans Mia madre. Du reste, s'il est porté par l'humour singulier du cinéaste, La messe est finie dispense également une émotion délicate, à laquelle la chanson populaire - Ritornerai, de Bruno Lauzi, pour le coup-, une des marottes de l'auteur, confère un tour mélancolique dans un final touché par la grâce. En bonus, l'analyse des deux films par le critique Thierry Jousse et le volet de Cinéma de notre temps consacré à Moretti.