Initiative bienvenue, la plateforme Mubi propose deux oeuvres de jeunesse de Denis Villeneuve, dont la magistrale adaptation de Dune restera comme l'un des grands moments de cinéma de l'année écoulée: le film collectif Cosmos, qui constituait en 1996 la première incursion du réalisateur dans la fiction, et Maelström, son deuxième long métrage, réalisé quatre ans plus tard. Tourné à l'initiative du producteur Roger Frappier, partenaire régulier de Denys Arcand, Cosmos réunissait, au mitan des années 90, une demi-douzaine de jeunes cinéastes québécois, au rang desquels Manon Briand, André Tu...

Initiative bienvenue, la plateforme Mubi propose deux oeuvres de jeunesse de Denis Villeneuve, dont la magistrale adaptation de Dune restera comme l'un des grands moments de cinéma de l'année écoulée: le film collectif Cosmos, qui constituait en 1996 la première incursion du réalisateur dans la fiction, et Maelström, son deuxième long métrage, réalisé quatre ans plus tard. Tourné à l'initiative du producteur Roger Frappier, partenaire régulier de Denys Arcand, Cosmos réunissait, au mitan des années 90, une demi-douzaine de jeunes cinéastes québécois, au rang desquels Manon Briand, André Turpin, futur chef-opérateur de Xavier Dolan, et Denis Villeneuve. Particularité du film: plutôt que de consister en six segments distincts, il les emmêlait, le noir et blanc et un chauffeur de taxi immigré sillonnant les rues de Montréal faisant le lien entre les différentes histoires. Intitulé Le Technétium, le segment réalisé par Villeneuve gravite autour d'un metteur en scène angoissé devant faire une interview pour une télévision indépendante où il sera plus question de sa coupe de cheveux que de son film (que la présentatrice n'a de toute façon pas vu). Un exercice léger et savoureux dont l'esthétique, certes datée, n'est pas sans évoquer celle de Blade Runner, dont le réalisateur signera le remake en 2017. Venant après le remarqué Un 32 août sur terre (le film remportera notamment le Bayard d'or au festival de Namur), Maelström témoigne du penchant de Denis Villeneuve pour une certaine étrangeté. Un poisson s'y fait le narrateur d'une curieuse histoire, celle de Bibiane (Marie-Josée Croze), héritière d'une chaîne de magasins de prêt-à-porter peinant à trouver un sens à son existence. Et qui, au plus fort de son désoeuvrement, va percuter un inconnu avec sa voiture, son existence basculant dans le chaos. Avec son poisson parlant, l'omniprésence de l'élément aquatique et les interventions de son philosophe du métro, Maelström est assurément un curieux objet de cinéma. Si le film peut paraître brumeux par endroits, le talent de son réalisateur n'en est pas moins manifeste, qui s'épanouira quelques années plus tard avec l'exceptionnel Incendies. On peut, en marge de ces (re)découvertes, apprécier sur le site lafabriqueculturelle.tv des capsules enregistrées où Denis Villeneuve revient sur ces oeuvres de jeunesse, évoquant " des films esquisses, où j'explorais, et qui étaient nés d'un désir de cinéma, et de se créer une identité de cinéaste" . Et d'expliquer notamment que c'est sur Maelström que, mécontent d'une scène, il décida d'en tourner une version expurgée de ses dialogues pour voir si elle fonctionnait. Une méthode qu'il garderait sur ses films à suivre, manière d'aller à la plus pure expression de la scène.