Francis Bacon/Antoine d'Agata: c'est à peine si on osait en rêver tant le parallèle s'impose depuis longtemps. Un ouvrage opère enfin ce rapprochement viscéral sous la forme lumineuse d'un duo de cahiers soudés. Vingt-sept photographies d'Antoine d'Agata (1961) juxtaposées avec presque autant de tableaux de Francis Bacon (1909-1992). Bien plus qu'une évidence, il y a dans cette convergence un véritable manifeste artistique, celui qu...

Francis Bacon/Antoine d'Agata: c'est à peine si on osait en rêver tant le parallèle s'impose depuis longtemps. Un ouvrage opère enfin ce rapprochement viscéral sous la forme lumineuse d'un duo de cahiers soudés. Vingt-sept photographies d'Antoine d'Agata (1961) juxtaposées avec presque autant de tableaux de Francis Bacon (1909-1992). Bien plus qu'une évidence, il y a dans cette convergence un véritable manifeste artistique, celui qui veut qu'en matière de création il n'y ait ni progrès ni régressions mais... des sillons concentriques. Le Marseillais, membre de l'agence Magnum, et le Dublinois creusent les mêmes, eux qui ont en commun d'être des figures tragiques païennes. Leurs oeuvres respectives sont placées sous le signe de l'intensité, du chaos, du renversement de la logique du rendement, voire de la célébration de la destruction. En 1989, au sortir d'une période de vie sans filet marquée par l'intoxication, Antoine d'Agata, qui à l'époque n'a pas encore glissé son oeil dans un viseur, croise le travail de Bacon au MoMA. " Ce fut un choc dont je ne suis toujours pas remis", avoue-t-il. Avec sa façon de mettre l'intérieur à l'extérieur, le peintre ne pouvait qu'accrocher le regard de celui dont une partie de la formation s'est effectuée parmi la viande froide des abattoirs de Saint-Louis. Il n'en a pas fallu plus pour que le génie britannique figure dans le panthéon de d'Agata aux côtés de Céline, Artaud ou Bataille. L'un et l'autre éprouvent le besoin de fuir le confort, de se mettre volontairement en péril pour aller au-devant de la violence du monde et de la boire jusqu'à la lie (voire de la vivre dans son propre corps dans le cas de d'Agata). Ce programme existentiel n'est pas seulement une note d'intention stérile, il est gravé à même la substance d'images qui partagent un tremblé caractéristique et des chairs meurtries abandonnées au sexe et à la drogue. Au fil d'une centaine de pages Francis Bacon/Antoine d'Agata laisse éclater un récit visuel clair-obscur imprégné par le malheur originel de la condition humaine.