À la mesure de la démesure qui a caractérisé le règne de Louis XIV et la création de son palais, la série qui en porte le nom, Versailles, n'a ménagé ni son budget (27 millions d'euros rien que pour la première saison) ni ses effets pour capter les foules et hypnotiser les critiques. Le Roi Soleil a des ennemis tapis dans l'ombre, les couloirs et les portes dé...

À la mesure de la démesure qui a caractérisé le règne de Louis XIV et la création de son palais, la série qui en porte le nom, Versailles, n'a ménagé ni son budget (27 millions d'euros rien que pour la première saison) ni ses effets pour capter les foules et hypnotiser les critiques. Le Roi Soleil a des ennemis tapis dans l'ombre, les couloirs et les portes dérobées, qui menacent une ascension qui n'a rien d'irrésistible. Saison après saison, les grandes affaires qui ont miné son règne, les complots, les guerres, les négociations entre puissances, le stupre, la mousse et le pampre, ainsi que la rivalité d'une partie de la noblesse qui résiste encore à la domestication, ont nourri une série qui a restitué à merveille l'ambiance du palais, les costumes, les enjeux. Du côté de la vérité historique, disons qu'elle est, avec Versailles, une notion très élastique. La volonté de donner du relief et une âme (fût-elle noire) à des personnages historiques, faisant apparaître des contradictions, une complexité, les a affublés paradoxalement de dialogues et de manières quelque peu anachroniques. Le casting remplit partiellement ces lacunes, tandis que la mise en scène et le rythme assurent un spectacle lustré, brillant, où le grandiose rivalise avec la pompe (dans son acceptation musicale et non péjorative). Dans un univers historique aussi balayé et assimilé que celui qui a vu naître l'aura de Louis XIV et de Versailles, jouer avec les codes de la modernité s'avère périlleux. Bonne surprise: chaque saison est accompagnée d'un making of (entre 18 et 32 minutes) qui montre bien que l'ambition de faire une série francophone calibrée pour l'international peut soulever des montagnes... Comme on érige un palais sur un marais infesté de moustiques.