Il y a des groupes comme ça qui ne savent pas rester en place. Des groupes qui ont besoin de bouger, de voir du monde pour ne pas se faner dans l'entre-soi. Tout collectif que soit à l'origine leur projet. Depuis ses débuts au milieu des années 2000 dans un squat punk de Londres, The Heliocentrics a prôné l'ouverture, métissé son jazz, travaillé son funk et réhabilité quelques légendes. Le band de Dalston a tour à tour mis ses talents au service de l'Éthiopien Mulatu Astatke, du saxophoniste nigérian pionnier de l'afrobeat Orlando Juli...

Il y a des groupes comme ça qui ne savent pas rester en place. Des groupes qui ont besoin de bouger, de voir du monde pour ne pas se faner dans l'entre-soi. Tout collectif que soit à l'origine leur projet. Depuis ses débuts au milieu des années 2000 dans un squat punk de Londres, The Heliocentrics a prôné l'ouverture, métissé son jazz, travaillé son funk et réhabilité quelques légendes. Le band de Dalston a tour à tour mis ses talents au service de l'Éthiopien Mulatu Astatke, du saxophoniste nigérian pionnier de l'afrobeat Orlando Julius, de l'électron libre Melvin Van Peebles et de l'avant-gardiste Lloyd Miller, jazzman californien spécialiste des musiques iraniennes. Il a aussi composé la musique de The Sunshine Makers, sorte de Breaking Bad documentaire racontant deux Américains producteurs de LSD, pionniers de la contre-culture psychotrope. Croisés aux côtés de DJ Shadow et de The Gaslamp Killer, les Anglais avaient invité sur leur dernier album, A World of Masks (2017), la jeune chanteuse slovaque Barbora Patkova. Elle est ici de quasiment tous les morceaux avec ce je ne sais quoi, sensuel, sulfureux, vénéneux, de Jennifer Charles dans la voix. Comme tous les disques de The Heliocentrics, Infinity of Now a été écrit, arrangé et produit par le bassiste Jake Ferguson et le batteur Malcolm Catto dans son Quatermass Studio. Premier album du collectif pour le label de Madlib, Infinity of Now sonne comme un album trip-hop. Un disque de jazz groovy et psychédélique. Il y a du Ennio Morricone et du Pierre Henry, du James Brown et du Sun Ra, du BadBadNotGood et du Fela Kuti, de l'Afrique et de l'Amérique latine dans ce disque en permanente ébullition. Ambiance de cinéma, library music, krautrock, touches électroniques et goût immodéré du voyage... The Heliocentrics fait tournoyer les étiquettes et cherche le soleil dans la noirceur de notre époque ( Light in the Dark). Derrière sa pochette à la fois vintage et cosmique, Infinity of Now cache huit morceaux aux titres revendicatifs ( 99% Revolution, People Wake Up!) et inquiet ( Hanging by a Thread). De longues pistes qui vrillent les tympans et embrassent la grande aventure. Habité d'une hallucinante maîtrise, ce disque est aussi d'une formidable richesse. S'y bousculent savamment des saxophones, un farfisa, un banjo indien, de la vielle à roue et à archet. Des sirènes aussi. Celles de l'alerte. Même si l'appel de The Heliocentrics est aussi irrésistible que le chant des créatures légendaires mi-femmes mi-poissons qui coulaient les marins. Ne reste plus qu'à vous noyer dans cette musique intrépide et sans oeillères qui suinte le renouveau jazz.