De Nathalie Borgers. 1 h 30. Sortie: 19/05.
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De Nathalie Borgers. 1 h 30. Sortie: 19/05. Au Niger, chez les nomades Toubous, le prix du sang (compensant la perte d'une vie) pour un homme est de 100 chameaux. Pour une femme, il n'est que de 50... Une valeur réduite de moitié, pour des êtres que tradition et religion confinent dans un rôle subalterne. Pour être respectée, une femme doit avoir engendré un bébé mâle. La naissance d'une fille ne réjouit pas dans une culture où elle n'est vue que comme une propriété que quelqu'un viendra prendre tôt ou tard. Les gamines seront mariées de force, ou même carrément enlevées, puis enchaînées par leurs futurs maris, qui souvent les battront ensuite... Ce tableau sombre et révoltant d'une condition féminine soumise à tous les abus, ce sont les héroïnes du film de Nathalie Borgers qui le peignent, à coups de confidences lâchées de plus en plus ouvertement à mesure que se déroule leur voyage annuel entre femmes. Chez les Toubous, en effet, les épouses sont chargées d'aller récolter les dattes dans une oasis lointaine, de les vendre au marché puis de revenir avec l'argent et quelques biens achetés à la ville. En l'absence des hommes, entourées de chameaux, de chèvres et de quelques enfants, ces dames voient, chemin faisant, leur parole se délier. Au point que l'une ose se plaindre ouvertement d'un mari qu'elle aurait aimé pouvoir refuser, qu'une autre se met à rêver d'études (les filles ne vont pas à l'école, ou en sont retirées très vite), qu'une troisième va jusqu'à clamer fièrement son projet de ne pas revenir et d'emporter le revenu des dattes à la ville pour y ouvrir un commerce... Amina, Mariama, Domagali et leurs compagnes, la réalisatrice belge Nathalie Borgers est partie les suivre sur les 1500 kilomètres de désert où les mène leur voyage de 4 mois, sous une chaleur de plomb pouvant atteindre 50 degrés. Son film prend le parti d'éviter tout commentaire en voix "off", préférant filmer les conversations des protagonistes, souvent lors des repas, des périodes de repos. Une approche qui suscite parfois quelques raideurs, quand les mots captés au vol relaient de manière un peu trop évidente et organisée les informations et opinions que le film nécessite. Ce qui reste sans doute très souvent du domaine du non-dit se formule ici par endroits de façon explicite, au risque d'entamer le naturel des personnes filmées. Cette réserve étant faite, le travail de Borgers est de grande qualité, qui cadre à juste distance aussi bien les humains que les animaux, en les plaçant non moins remarquablement dans le contexte de paysages sahariens faisant naître de très belles images. Les étoffes colorées des femmes venant égayer l'uniformité du sable, des dunes, du long cheminement de la caravane. Vents de sable, Femmes de roc captive le regard et offre abondante matière à réflexion. Ce documentaire assurément féministe fait aussi, au passage, un utile pied de nez à tous ceux (et toutes celles) qui acceptent aujourd'hui, chez nous, un retour de la domination, sociale notamment, des hommes sur les femmes, au nom d'un relativisme culturel fleurant l'hypocrisie, la peur, et même chez certains une nostalgie machiste inavouée. l Retrouvez toute l'actualité cinéma commentée par Jean-François Pluijgers, chaque mercredi à 8 h 30, sur Musiq3.Louis Danvers