"Nacimiento Road"

" J'avais reçu une série de 300 vinyles il y a cinq-six ans suite à un héritage et j'ai donc commencé à écouter plein de choses que je ne connaissais pas. J'ai découvert Nick Drake et suis tombé amoureux de l'ambiance nostalgique de ces disques-là comme de la couleur très particulière et la simplicité des arrangements. Et puis j'ai écouté les disques de Neil Young dont Harvest, qui a inspiré le nom du groupe, et aussi des folkeux actuels comme Bon Iver ou Sam Amidon." Dans la vie "normale" , Guillaume Vierset multiplie les collaborations jazz, dirige sa propre formation LG Jazz Collective, et accompagne aussi à la six cordes les nombreux concerts complets de Typh Barrow. Avant l'embardée, celle de l'héritage discographique. Accompagnée d'une virée sur le terrain: un mois dans l'Ouest ricain avec toute la mythologie routière déliant son ruban bitumé, du spectaculaire Big Sur léchant au plus près le Pacifique, à la route donnant son titre au disque. Cette Nacimiento Road en principe réservée à l'armée, d'où les paysages californiens prennent encore du grade. Gorgé de grands espaces, Guillaume ne se soucie pas qu'ils aient été mille fois évoqués et les amène dans son terreau jazz avec le sentiment d'élargir le scope. Un peu comme si sa musique, jusqu'ici écoutable en 16 mm, choisissait le pari de l'IMAX.

Brûler les feux rouges

La notion d'espace élargi n'est pas une simple vue de l'esprit. Sur un thème cinématographique que n'aurait pas renié Ennio Morricone, l'album inaugure le panorama avec Nacimiento. Premier de onze instrumentaux qui draine des échos de monumentalité, la guitare faisant ricochet sur des canyons imaginaires où l'on note la section rythmique de Yannick et Yves Peeters, le violoncelle de Marine Horbaczewski et le sax soprano de Mathieu Robert. Équipée sauvage très contrôlée où les sonorités boisées s'accordent du cuivre et des cordes amies. Musique des convivialités assumées qui ne pourraient être qu'autant d'aimables décors aux guitares réjouies ( Big Sur) s'il n'y avait justement la tentation d'excès de vitesse. My Old Country, qui ne dépareillerait pas un bon JJ Cale, expose tout le plaisir de brûler en douce les feux rouges, prétendant qu'on regardait le paysage. Résultat: on passe plusieurs carrefours, ceux du folk, du jazz et même du rock parfaitement arrangés, pour admirer le désert servi par le violoncelle ( Arizona Trip) ou alors revenir à la base via ce sax qui pleure en grâce ( Desolate). Sans que l'idée de formule toute faite ne pirate ce qu'il faut bien appeler un sentiment de liberté assumée. En live, Harvest Group promet d'arroser tout cela d'un grand cru d'impro: à tester d'autant plus.

Harvest Group

Distribué par Igloo Records. En concert le 05/06 à l'Espace Senghor (Etterbeek), le 06/06 à Silly, le 07/06 au Reflektor (Liège) et le 05/07 au Gent Jazz Festival.

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