Terrain idéal de fantasmes de cinéma, Los Angeles offre son cadre trouble et étincelant à Under the Silver Lake, troisième long métrage de David Robert Mitchell ( The Myth of the American Sleepover, It Follows). Soit l'histoire de Sam (Andrew Garfield, parfait), la trentaine désoeuvrée pavée de rêves un peu flous, lui qui passe le plus clair de so...

Terrain idéal de fantasmes de cinéma, Los Angeles offre son cadre trouble et étincelant à Under the Silver Lake, troisième long métrage de David Robert Mitchell ( The Myth of the American Sleepover, It Follows). Soit l'histoire de Sam (Andrew Garfield, parfait), la trentaine désoeuvrée pavée de rêves un peu flous, lui qui passe le plus clair de son temps à mater ses voisines d'une résidence de Silver Lake dont il est en passe de se faire expulser. Et que la disparition de l'une d'elles, l'énigmatique Sarah (Riley Keough), à peine entrée dans son périmètre de vision, va entraîner, tout à sa confusion, dans une enquête brumeuse et obsessionnelle, plongeant dans les méandres de la Cité des Anges en même temps que dans les replis de la pop culture, au coeur d'un rébus dont la solution ne cesserait de se dérober... Cinéaste virtuose doublé d'un cinéphile averti, Mitchell revisite avec bonheur la figure du polar angelino, pour s'inscrire du côté de The Long Goodbye de Robert Altman, non sans dévider un chapelet de références cinématographiques - Rear Window d'Hitchcock, et Mulholland Drive de Lynch, pour les plus manifestes- et autres, et signer une oeuvre ébouriffante, tenant tout à la fois du portrait inspiré de la ville et du précipité générationnel. Soit le cadre foisonnant d'un film noir labyrinthique, dont le mystère semble s'épaissir au gré d'une perspective gigogne où le spectateur a tout loisir de se projeter, comme pour mieux s'égarer dans son propre paysage mental. Sous des dehors soyeux, il y a là une expérience de cinéma assurément peu banale, et un film tout simplement magistral. À voir et à revoir.