Les cinéphiles l'ont apprécié dans Breaking The Waves, Insomnia et Dogville. Le grand public international le connaît surtout pour ses participations à Good Will Hunting, Pirates Of The Carribean et (aïe) Mamma Mia! Stellan Skarsgård aura 60 ans au mois de juin prochain, mais il est très loin de les faire. Et son sens aigu de la composition lui promet encore bien de beaux jours devant la caméra. D'autant que son nouveau film, A Somewhat Gentle Man, nous le montre au sommet de son art. Dans le film du réalisateur norvégien Hans Petter Moland, l'acteur suédois interprète un ex-détenu rêvant d'un nouveau départ dans la vie, mais que bien des obstacles vont vouloir retenir sur la voie de la ren...

Les cinéphiles l'ont apprécié dans Breaking The Waves, Insomnia et Dogville. Le grand public international le connaît surtout pour ses participations à Good Will Hunting, Pirates Of The Carribean et (aïe) Mamma Mia! Stellan Skarsgård aura 60 ans au mois de juin prochain, mais il est très loin de les faire. Et son sens aigu de la composition lui promet encore bien de beaux jours devant la caméra. D'autant que son nouveau film, A Somewhat Gentle Man, nous le montre au sommet de son art. Dans le film du réalisateur norvégien Hans Petter Moland, l'acteur suédois interprète un ex-détenu rêvant d'un nouveau départ dans la vie, mais que bien des obstacles vont vouloir retenir sur la voie de la renaissance... Un rôle en or pour un Skarsgard épousant idéalement le ton humoristique décalé, le mélange de rire et de noirceur, qui fait merveille dans un spectacle éminemment jouissif. " On devait avoir 2 millions de dollars de budget, à tout casser, se souvient-il, l'équipe était très réduite et il n'y avait bien sûr pas de caravane-loge comme vous en avez à Hollywood. On devait se changer à la sauvette, pour ne pas prendre froid quand la neige ou la pluie trempaient les vêtements. Bref, c'était la galère, mais quelle délicieuse galère, au milieu de gens exquis autant que motivés. Ce fut un tournage aux couleurs du plaisir!" De son personnage, Ulrik, le comédien explique que " ce n'est pas un méchant gars, il ne veut pas faire du mal aux gens. Le problème, c'est qu'il a une profession qui l'amène à leur en faire. Mais il a un bon fond, je crois." Interrogé sur le point de savoir s'il pourrait se qualifier lui-même de " somewhat gentle man", Stellan sourit et répond: " Je ne sais pas si je suis aussi "gentle" que mon personnage. Je ne suis en tout cas pas aussi naïf que lui peut l'être à certains moments. Ni aussi violent, car quand il s'y met, même forcé, il n'y va vraiment pas avec le dos de la cuiller... " " Quand j'ai fait lire le script à des connaissances, certains ne comprenaient pas que cela puisse être drôle, reprend Skarsgård. Ils ne voyaient que le tragique, et pas du tout le comique. Mais nous voulions faire un film où l'humour domine la noirceur. C'était un travail de précision. Il aurait suffi de ne pas adopter le ton juste pour que cela ne réussisse pas. Ou le rythme juste. La même scène, au mauvais rythme, peut faire désespérer au lieu de faire rire... " L'acteur suédois s'empresse d'ajouter: " C'est une comédie où le rire n'est pas dirigé contre les gens, où il ne les instrumentalise pas. Ces personnages sont moches, dégoûtants, misérables. Ils n'ont rien pour eux. Mais si vous arrivez à les aimer un peu, alors vous pouvez aimer l'humanité!" Stellan Skarsgård apprécie tout à la fois tourner de gros films hollywoodiens et de petites productions indépendantes " où vous ne sentez pas dans votre nuque le souffle des banquiers. Je fais un film commercial pour 2 ou 3 petits films. Le problème, c'est que ces derniers sont trop peu vus, car les machines à 100 millions de dollars écrasent le marché. " Des scénarios qu'il reçoit, le comédien estime que " 90 % sont de la merde". " Mais dans les 10 % de bon, il y en a encore trop pour qu'on puisse tous les produire, et encore moins les distribuer. Aux Etats-Unis, de moins en moins de salles sortent de petits films indépendants. C'est Reagan qui a tout foutu en l'air dans les années 80 en libérant les grosses compagnies des règles anti-trust. Avant, elles ne pouvaient pas tout à la fois produire, distribuer et exploiter des salles. Depuis, elles peuvent tout faire et il ne reste plus de place pour les autres. Un grand studio va dépenser 100 millions de dollars en publicité pour un film car il sait que si le public répond, les revenus des tickets seront pour lui... Dans ce contexte, il ne reste chaque année que 2 ou 3 films indépendants à pouvoir trouver une véritable audience, une forme de succès... " Mais notre homme ne veut pas conclure sur une note négative: " Je ne sais pas faire les choix les plus profitables, je n'ai pas de plan de carrière. J'ai seulement envie de m'amuser!" l RENCONTRE LOUIS DANVERS