Hantée par l'impossibilité d'une survie de l'humanité, Anna, nouvelle série dystopique signée Niccolò Ammaniti, repose sur la puissance poétique du rituel, des formes, des rythmes, des sons et des images pour conter les conséquences d'un effondrement dont seuls les enfants sont épargnés. Parmi eux, Anna, jeune adolescente qui ère dans une Sicile ravagée par un virus, "La Rouge", mortel uniquement pour les adultes, assurant la protection de son jeune frère.
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Hantée par l'impossibilité d'une survie de l'humanité, Anna, nouvelle série dystopique signée Niccolò Ammaniti, repose sur la puissance poétique du rituel, des formes, des rythmes, des sons et des images pour conter les conséquences d'un effondrement dont seuls les enfants sont épargnés. Parmi eux, Anna, jeune adolescente qui ère dans une Sicile ravagée par un virus, "La Rouge", mortel uniquement pour les adultes, assurant la protection de son jeune frère. D'emblée, le récit se place au centre d'une troublante coïncidence: le roman éponyme d'Ammaniti, publié en 2016, place ses événements en 2020, année d'un tournage qui s'est déroulé au moment même où le Covid frappait l'Italie. Chaque épisode narre dans de troublants flash-back la progression d'un virus qui porte les caractéristiques similaires à celles du coronavirus. Y compris dans les doutes cultivés par une frange de la population qui croit en un immense complot. Parmi eux, le père divorcé d'Anna. La mère de la jeune fille la prend sous sa garde pour l'emmener loin de l'épicentre de la contamination, auprès de son nouveau compagnon et de son fils Astor. Quelques années plus tard, seule la fratrie recomposée a survécu, au milieu d'autres enfants vivant en grappes plus ou moins organisées, régulièrement harcelés par une horde juvénile hyperviolente et adoratrice d'une mystérieuse créature. À l'orée du fantastique, du surnaturel, de l'étrange, Anna liquide les derniers espoirs d'un monde d'avant -ou d'après- qui aurait pu signer un retour à l'essentiel. L'instinct grégaire des adultes, leur convoitise et leur égotisme ont consumé, ruiné un monde rendu pour de bon à la nature et légué ce schéma destructeur aux enfants. Jusqu'à ce que, eux aussi, une fois l'adolescence dépassée, soient emportés par le virus. Mais quelques notes d'espoirs subsistent -dans la tendresse qui unit Anna et Astor, dans le récit oral du grand effondrement qu'elle transmet à son frère comme une comptine du soir, usant d'images magiques pour lui apprendre les pièges à éviter. Quand il se fait enlever par la horde, Anna entame un long périple à la recherche de son frère, scandé par des rencontres qui feront autant d'étranges chapelets de solidarités, de cruautés et de trahisons. Portée par la jeune Giulia Dragotto dans le rôle principal, Anna est une somptueuse réussite, portée par une bande-son enlevée et une mise en scène d'une rare précision. Elle confirme la dynamique vertueuse d'Arte, qui mise sur un devenir incontournable de la fiction européenne, pour positionner sa plateforme en pierre de touche de la production et de la diffusion de séries de qualité en provenance du continent.